NOUAKCHOTT, 1 mars (IPS) – Dans le bidonville en bois d'Elmina à la périphérie de la capitale mauritanienne, Nouakchott, des éducateurs sur le SIDA ne laissent pas le conservatisme religieux ou culturel se mettre sur leur chemin.
Un modèle de pénis en bois encastré dans un condom est utilisé pour instruire les populations sur les dangers des rapports sexuels non protégés peut-être un spectacle quelque peu inattendu dans un pays qui est presque entièrement musulman, et où des discussions franches sur les relations sexuelles avaient tendance à être taboues.
"Tout au long de cette œuvre de sensibilisation, nous emportons avec nous le modèle de pénis, et après la démonstration nous distribuons les condoms que nous avons", déclare Aichetou Gueye, présidente de l'Union des coopératives sur le développement économique, un groupe qui informe les populations sur la pandémie.
Des pairs éducateurs sont utilisés pour s'assurer que ceux à qui on s'adresse sentent une certaine affinité avec leurs instructeurs, ce qui fait sans doute que l'information est communiquée d'une manière plus effective.
"Si nous trouvons une maison avec de vieilles femmes, nous prenons une vieille femme pour diriger la causerie.
Si c'est une maison avec de jeunes filles, nous utilisons une jeune personne pour faire la formation", a dit Gueye à IPS. Les condoms distribués à ceux qui suivent les enseignements sont offerts par des organisations non gouvernementales (ONG).
Mais, ce ne sont pas seulement les femmes qui doivent être mises en présence du pénis en bois.
"Nous ciblons également les hommes, parce que le VIH/SIDA affecte aussi bien les femmes que les femmes. Nous leur disons qu'il est préférable d'utiliser un condom pour la protection (puisque) nous savons tous que cela marche", note Gueye. En outre, les éducateurs donnent l'information sur la manière de s'occuper des personnes souffrant de maladies liées au SIDA.
La prévalence en Mauritanie est faible – moins de un pour cent, selon des statistiques gouvernementales.
Toutefois, des activistes comme Gueye croient que des efforts de sensibilisation concertés sur le SIDA sont encore nécessaires – en particulier parce qu'une honte s'attache au syndrome dans ce pays du nord-ouest de l'Afrique. Ceci peut être constaté dans les petits nombres de personnes qui utilisent le service gratuit dans des centres de dépistage du VIH et de conseils.
"Les gens ont peur de visiter ces centres…Ils ont déjà formé une opinion à ce sujet puisqu'ils craignent d'être évités par la communauté au cas où ils se révéleraient infectés", affirme Gueye, ajoutant que ceci a poussé les femmes à se faire plus entendre sur les dangers du SIDA.
"Les femmes ont pris les devants parce que nous savons que partout, ce sont elles qui sont le plus affectées par la maladie", note-t-elle. Les femmes constituent environ 51 pour cent de la population de la Mauritanie, forte de 2,5 millions d'habitants.
Le gouvernement, reconnaissant également la stigmatisation du VIH, dit qu'il a impliqué des leaders religieux dans la bataille pour amener les gens à parler ouvertement du SIDA.
"Nous sommes entrés en contact avec des Imams (leaders religieux) pour aider à sensibiliser les populations locales sur tous les aspects de la maladie, y compris l'impact négatif de la honte", a dit à IPS, Koita Bamarian, directeur général du département des droits de l'Homme.
"Nous avons également créé une commission qui est basée au sein du ministère de la Santé pour intensifier la lutte contre le VIH/SIDA.
L'équipe fait ce travail en consultation avec des organisations non gouvernementales locales et internationales opérant dans le pays".
Pour ceux qui découvrent qu'ils ont contracté le VIH, il y a de l'espoir sous la forme du traitement anti-rétroviral (ARV). Le gouvernement dit qu'avec l'aide des ONG, des centres de santé publics à travers le pays ont été ravitaillés en médicaments anti-SIDA prolongeant la vie.
"Nous voulons que les malades bénéficient de cela, conformément à l'initiative '3 par 5", souligne Bamarian. Ce programme, lancé en 2003 par l'Organisation mondiale de la santé, vise à fournir gratuitement à trois millions de malades du SIDA dans le monde en développement, la thérapie ARV d'ici à la fin de 2005.
Le degré auquel les pratiques traditionnelles favorisent la propagation du VIH fait également l'objet d'une attention particulière en Mauritanie – notamment la pratique de la mutilation génitale de la femme.
Ceci implique la suppression de tout ou partie des organes génitaux de la femme – notamment le clitoris, les petites lèvres et les grandes lèvres, qui sont des plis de peau entourant les ouvertures de l'urètre et du vagin.
Des instruments rudimentaires non stérilisés sont parfois utilisés pour effectuer l'opération sur diverses filles et femmes – quelque chose qui peut amener la transmission du virus du SIDA d'une fille/femme à une autre.
Selon Aissata Kane, précédemment la première femme ministre du gouvernement en Mauritanie et actuellement présidente d'un groupe francophone d'associations de femmes, le pays détient l'un des plus forts taux de mutilation en Afrique.
Dans le groupe ethnique Soninké, par exemple, jusqu'à 98 pour cent de filles et de femmes seraient soumises à la mutilation génitale de la femme – également connue sous le nom d'excision. Parmi les Fulanis, le taux est estimé à 72 pour cent, alors que près de 30 pour cent des filles et femmes Wolof sont excisées.
"Nous n'avons jamais eu de lois contre cette pratique, mais à l'heure actuelle, nous voulons que le gouvernement y mette fin complètement", déclare Kane. "Ceci peut être fait à travers des politiques sévères et des lois s'attaquant à tous ceux qui sont impliqués dans la pratique".
"Plusieurs de ceux qui sont responsables des excisions dépendent toutefois de la pratique pour leur gagne-pain. Par conséquent, des efforts sont en cours pour trouver des activités génératrices de revenus pour ces personnes, comme la fabrication de tissus et la teinture.
Par ailleurs, des activistes essaient d'éduquer les parents sur le fait que l'observation de la tradition de l'excision peut coûter la vie à leurs filles.
D'autres normes et traditions se rattachant aux femmes requièrent également l'attention, indique Ishmael Noko, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale – un groupe œcuménique qui affirme représenter environ 66 millions de chrétiens.
Au cours des événements marquant, cette semaine, le trentième anniversaire des activités de la fédération en Mauritanie, Noko a mis en garde contre la tendance à désapprouver les femmes qui essaient d'exprimer leurs opinions sur la manière dont les relations sexuelles devraient se faire.
D'un bout à l'autre de l'Afrique, des femmes, qui soupçonnent que leurs partenaires peuvent être séropositifs, sont encore obligées d'avoir des relations sexuelles sans un condom. Les hommes disent souvent que l'utilisation du préservatif diminue leur plaisir durant les rapports, ou engagent une controverse avec leurs partenaires sur le manque de confiance que sous-entend la demande d'utilisation d'un préservatif.
"Permettre aux femmes d'avoir leur mot à dire sur les questions sexuelles favorisera un environnement différent où on peut éviter une maladie imposée à quelqu'un", a indiqué Noko à IPS, à Nouakchott. "Si nous ne faisons pas cela, alors nous nous sapons nous-mêmes et nous pouvons dire adieu à la victoire sur la guerre contre le VIH/SIDA".
Ces propos ont été repris par Maye mint Haidy, présidente de l'Association nationale de soutien et de protection des femmes aux enfants en Mauritanie.
"Ce sont les hommes qui ont le dessus lorsqu'il s'agit de discuter de relations sexuelles. Si la femme ne peut pas parler de rapports sexuels, comment va-t-elle demander à son époux d'utiliser le condom?", a-t-elle demandé.

