SANTE-ZAMBIE: Est-il sage de libérer des prisonniers séropositifs?

LUSAKA, 26 oct (IPS) – La question de la libération des prisonniers très malades du SIDA, suscite un débat qui confirme que la pandémie du VIH s'est révélée comme une force qui crée des divisions dans plusieurs pays africains, en particulier en Zambie.

Comme IPS l'a rapporté le mois dernier, la question de savoir s'il faut rendre obligatoires les tests de dépistage du VIH a provoqué des débats houleux dans le pays. Selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), la Zambie a actuellement un taux de prévalence de VIH de 19 pour cent.

Toutefois, une autre controverse est en cours également sur la sagesse de libérer des prisonniers à des stades avancés du SIDA.

Depuis la fin de 2001, plus de 300 détenus malades ont été libérés par le président zambien Levy Mwanawasa pour raisons de convenance personnelle.

Le régisseur des prisons, Jethro Mumbuwa, dit que les prisons de la Zambie manquent simplement de ressources pour s'occuper des condamnés qui sont gravement malades.

"Les prisons disposent de dotations insuffisantes aussi bien financièrement (qu'en termes de) ressources humaines. En outre, nous pensons que lorsque les gens sont en phase terminale, il vaut mieux pour eux de passer leurs derniers jours avec leurs familles", a-t-il indiqué.

Bon nombre d'anciens prisonniers ayant écopé de condamnations à perpétuité pour des infractions graves, on aurait pu s'attendre à ce que les protestations viennent des victimes de leurs crimes.

Mais chose étonnante, une partie de l'opposition la plus farouche à ces libérations est venue des familles des prisonniers.

"Pourquoi, pourquoi me donner ce squelette?", demande la femme de l'ex-prisonnier séropositif, Samson Nkumba (pas de son vrai nom).

"Ils (le gouvernement) doivent le garder, parce que je ne peux pas faire ce qu'ils n'ont pas pu. Je n'ai pas les moyens d'acheter les ARV (médicaments anti-rétroviraux). C'est traumatisant pour les enfants de voir leur père dans cet état", ajoute-t-elle.

Ces mots sont repris par Clément Mfuzi, président du Réseau des personnes vivant avec le VIH/SIDA en Zambie (NZP+). "Les Zambiens sont pauvres. (Si) vous mettez en prison le soutien de famille, où espérez-vous que les familles trouvent l'argent pour s'occuper d'un parent malade?", demande-t-il.

Un cas où la libération a si bien marché était celui de Jack Chiti, qui a été emprisonné pour avoir tenté de renverser l'ancien président Frederick Chiluba en octobre 1997. Les parents de Chiti ont adressé une pétition pour demander sa libération, et il est mort plus tard sous les soins de sa famille.

NZP+ croit que le gouvernement est en train d'entretenir davantage la honte entourant les personnes séropositives en se désintéressant des prisonniers souffrant de maladies liées au SIDA.

Alors que les autorités pénitentiaires affirment que les détenus sont conseillés sur leur état avant d'être libérés, le NZP+ se demande également si ce processus est approprié – et si les familles des condamnés sont convenablement informées sur la manière de s'occuper d'eux.

"Vous ne devez pas simplement laisser des personnes vivant avec le VIH à un public qui ne se doute de rien. Qu'adviendra-t-il si les condamnés eux-mêmes refusent d'admettre (leur statut séropositif) et continuent d'avoir des relations non protégées avec leurs épouses?", demande Mfuzi.

La prison endurcit souvent les condamnés plutôt que des les réhabiliter, ajoute-t-il. Ceci pourrait encourager un comportement irresponsable de la part des anciens détenus – ce qui rend encore plus urgente la nécessité de conseils en prison et à la maison.

Nkumba affirme : "Ils nous ont retirés de la société parce qu'ils ont dit que nous étions un danger pour le public. Ils nous renvoient maintenant à la même société lorsque nous sommes beaucoup plus dangereux qu'auparavant".

"Ni moi ni ma famille n'avons été conseillés, et je n'avais jamais appris que l'un de mes collègues, qui était dans la même situation, a été conseillé. "On nous a juste dit que nous étions libérés – et c'est tout", ajoute-t-il.

Actuellement, les tribunaux zambiens ne prennent pas en compte le statut séropositif lorsqu'ils condamnent des criminels. Il n'y a aucun service bénévole de conseils et de dépistage dans les prisons, et les tests de dépistage du VIH sont seulement faits lorsqu'un condamné tombe malade de façon répétée.

Pourtant, la poussière, le surpeuplement et la mauvaise alimentation, qui prévalent dans plusieurs prisons, font pratiquement en sorte que des prisonniers séropositifs menacés de développer des maladies liées au SIDA le fassent. Des relations sexuelles non protégées entre des détenus de sexe masculin favorisent également la propagation du VIH.

"Les condamnés ne peuvent pas être forcés ou contraints à faire le test de dépistage du VIH à cause de la question de droits de l'Homme. Mais, je pense qu'un moment viendra où cela sera une nécessité parce que le VIH est en train de se développer dans les prisons", déclare Leslie Phiri, une avocate basée dans la capitale – Lusaka.

La Commission permanente des droits de l'Homme de la Zambie soutient toutefois qu'aucun prisonnier ne devrait être contraint de subir le test de dépistage du VIH.

Elle recommande plutôt que les prisons soient réformées pour s'assurer que les détenus séropositifs reçoivent le traitement nécessaire pour les maintenir en vie.

Ailleurs dans la région, des autorités sont également confrontées aux effets du VIH sur les prisons.

Selon une étude de 2003, menée par l'Institut pour les études sur la sécurité, basé à Pretoria, les politiques en matière de VIH, que le département des services pénitentiaires a introduites, sont "excellentes" à certains égards.

L'étude note, toutefois, que la distribution des condoms dans les prisons – quelque chose conseillé par l'ONUSIDA et l'Organisation mondiale de la santé – "serait considérablement améliorée si elle devait inclure la fourniture discrète des préservatifs dans des endroits ordinaires plutôt que d'exiger des prisonniers qu'ils en demandent directement à un membre du personnel soignant".

L'étude, intitulée 'VIH/SIDA dans les prisons : Problèmes, politiques, et possibilités', poursuit en disant que "la fourniture de lubrifiants à base d'eau d'une façon aussi accessible" aiderait à réduire la rupture de condom et des lésions au rectum pendant la pratique du coït anal. Les ruptures de préservatifs et les lésions rectales facilitent la transmission du VIH.

Le Malawi, avec son programme 'Banja la Mtsogolo' (Famille du futur), cherche à éduquer plus de 5.000 prisonniers sur le VIH dans 21 prisons.

L'initiative intègre également le traitement pour des prisonniers qui souffrent d'infections sexuellement transmissibles.

Selon l'ONUSIDA, la prévalence du VIH au Malawi est de 15 pour cent.