FREETOWN, 8 juil (IPS) – Alors que des membres du Front révolutionnaire uni (RUF) passent en jugement cette semaine pour des atrocités commises durant la guerre civile du pays, le monde se souvient une fois encore des victimes du commerce des diamants de guerre et de sang dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
Mais, le gouvernement a-t-il réussi à sévir contre le commerce illégal des diamants qui a alimenté les combats? John Karimu, le commissaire général de la 'National Revenue Authority' (l'Administration nationale des recettes), croit que le gouvernement y est parvenu. Et, il attribue ceci en partie à l'introduction du Processus de certification de Kimberly à la suite de la guerre civile, qui a pris fin en janvier 2002.
Ce processus a été mis en place par des pays producteurs de diamant pour combler les lacunes ayant permis aux pierres illégalement exploitées, qui finançaient les guerres, d'être vendues sur le marché mondial. Le processus a reçu le nom de la ville minière de Kimberly, en Afrique du Sud, où des discussions sur le sujet ont démarré pour la première fois en 2000.
Conformément aux règlements de Kimberly, les diamants bruts doivent être accompagnés de certificats d'origine – et les acheteurs sont supposés rejeter les pierres qui n'ont pas les documents nécessaires. Le système envisage un processus où l'on peut remonter à l'origine des diamants, depuis les mines jusqu'aux points de vente.
Karimu estime qu'il y a eu une augmentation substantielle du nombre de diamants légalement exportés de la Sierra Leone. Il croit que des taxes moins élevées sur les exportations ont également contribué à cette tendance.
"La hausse spectaculaire des statistiques sur les exportations de diamant de la Sierra Leone est due à la réduction des tarifs de 15 pour cent à trois pour cent", relève-t-il.
Selon des chiffres officiels, des diamants d'une valeur d'environ 40 millions de dollars ont été exportés du pays au cours du premier trimestre de 2004. Ce chiffre devrait atteindre 100 millions de dollars d'ici à la fin de l'année, dépassant le total de l'année dernière, chiffré à 76 millions de dollars.
Mais Karimu a averti qu'il n'y avait pas lieu de dormir sur ses lauriers, puisque des rapports des services de renseignements indiquent que la contrebande représente toujours environ 40 pour cent des diamants quittant la Sierra Leone – malgré le processus de certification.
Bien que la surveillance au seul aéroport international du pays semble avoir été intensifiée, les contrebandiers continuent de passer par l'est, à travers les frontières poreuses de la Sierra Leone. Et, tandis que le gouvernement a recours aux agents de contrôle dans les mines pour traquer les contrebandiers et faire cesser leurs activités, plusieurs criminels continuent d'opérer sans la moindre résistance.
Certains contrôleurs ont très peu ou pas du tout d'expérience du commerce de diamant, et ont reçu une formation minimale.
"Ces surveillants de mines sont des partisans du parti au pouvoir, pauvres, qui doivent être rémunérés pour leur loyauté au parti", affirme Aiah Fomba, un jeune activiste de Kono, la province productrice de diamant, à l'est de Freetown.
"Nous voyons la contrebande de diamants se dérouler chaque jour. Les surveillants de mines sont pauvres et fauchés, et peuvent être corrompus – comme cela se passe souvent", ajoute Fomba, qui travaille pour le Mouvement des jeunes préoccupés de Kono.
Abdul Sanu, un porte-parole du ministère des Ressources minières à Freetown, a déclaré à IPS que les autorités faisaient du mieux qu'elles pouvaient dans des conditions peu favorables.
"Les surveillants font de leur mieux pour traquer les contrebandiers, et nous avons vu plusieurs avancées positives qu'ils ont faites. Je peux seulement dire qu'ils sont mal équipés et mal rémunérés – et sans stimulants, n'attendez pas qu'ils aient d'excellents résultats".
Les sentiments de Sanu ont été repris en écho par des surveillants de mines interrogés par IPS. L'un d'entre eux, qui a requis l'anonymat, a indiqué que le salaire de ce mois s'élevait à moins de 100 dollars.
"Nous recevons un salaire de misère pour traquer des contrebandiers de diamants d'une valeur de plusieurs millions de dollars. Nous n'avons même pas de véhicules et autre logistique. C'est une tâche si difficile", a-t-il observé.
Pour donner aux surveillants des motivations, le gouvernement a accepté de leur payer un pourcentage de la valeur des expéditions de diamant qu'ils empêchent de sortir clandestinement. Les autorités affirment qu'il y aurait également des plans pour accroître les salaires des surveillants, mais qu'elles ne révèleraient pas quand ces augmentations prendraient effet.
Alors que les surveillants attendent de meilleurs salaires, des rumeurs abondent selon lesquelles certains contrebandiers jouissent du soutien de puissantes autorités qui feront en sorte qu'ils n'aient pas à répondre de leurs activités.
Durant la guerre civile qui a fait rage dans les années 1990, les rebelles du RUF ont pris le contrôle des régions productrices de diamant dans l'est et le sud de la Sierra Leone. L'ancien président libérien Charles Taylor a été accusé d'avoir soutenu le RUF en échange de diamants qu'il exploitait illégalement.
Le tribunal pour crimes de guerre, qui juge actuellement des responsables du RUF, a également émis un acte d'accusation contre Taylor, alléguant qu'il porte la principale responsabilité pour les crimes de guerre commis en Sierra Leone. Le RUF est devenu tristement célèbre au cours de ces dix dernières années pour son empressement à amputer les membres des civils dans des zones qu'il contrôlait ou attaquait.
Le Nigeria, où Taylor est en exil, semble être peu enclin à l'extrader afin qu'il puisse passer en jugement. Toutefois, un tribunal nigérian a accepté, le mois dernier, de revoir le droit d'asile de Taylor dans le pays – ceci à la suite de la requête de deux Nigérians qui affirment avoir été torturés par des rebelles sierra léonais.
Le tribunal de Sierra Leone, chargé de connaître des crimes de guerre et établi à Freetown, emploie aussi bien des juristes nationaux qu'internationaux, et est financé par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne..
Le tribunal, qui a également le soutien des Nations Unies, a commencé les procès le mois dernier dans un palais de justice construit spécifiquement à cette intention.

