NAIROBI, 22 juin (IPS) – Une association d'églises, d'organisations de donateurs et d'autres groupes ont dévoilé un plan pour informer les communautés soudanaises des protocoles de paix qui ont été signés en vue de mettre fin à la longue guerre civile de leur pays.
Le projet a été développé par le Forum oecuménique du Soudan (SEF) pendant une rencontre de quatre jours qui s'est déroulée la semaine dernière à Limuru, non loin de la capitale kényane, Nairobi.
Dans un entretien avec IPS, le président du SEF, Kevin Dowling, a déclaré que le plan inclurait une traduction des protocoles élaborés durant le processus de paix soudanais, dans les langues parlées dans ce pays est-africain.
"Nous nous rendons compte que les populations du Soudan doivent s'approprier la paix. Il est alors important qu'elles soient informées de toutes les sections des accords", a-t-il dit. "Ceci facilitera l'éducation civique au sein des populations du Soudan après la signature d'un accord de paix définitif".
"Le plan prévoit qu'une équipe de dirigeants d'églises au Soudan étudient point par point les protocoles, identifiant les domaines critiques et les formulant en langage simple pour permettre aux populations d'avoir une compréhension aisée. "(On donnera) aux populations une chance de réagir par rapport au document", a noté Dowling, qui exerce également comme évêque catholique en Afrique du Sud.
Puisque des douzaines de différentes langues sont parlées par les 572 tribus du Soudan, ceci promet d'être une tâche impressionnante.
Mais, Dowling ne se laisse pas décourager, affirmant que les fonds nécessaires seront trouvés : "Nous nous sommes engagés à populariser les protocoles au sein des communautés et nous devrons faire tout ce que nous pouvons pour que les populations soient bien imprégnées de chaque section des accords de paix".
Paul Chol Deng, secrétaire général du Conseil des églises du Soudan, a dit aux journalistes à un point de presse jeudi (17 juin) que l'initiative du SEF était une tentative pour éviter que les accords de paix ne prennent le chemin de l'accord de 1972 visant à mettre fin au conflit au Soudan.
Le traité de 1972, négocié par la Conférence des églises de toute l'Afrique et le Conseil mondial des églises, n'a duré que 10 ans, quelque chose qui a été attribué au fait que les médiateurs n'ont pas mis en place des mécanismes pour superviser l'accord.
"Nous ne voulons pas que ce qui s'était passé en ce moment-là se répète.
Nous nous préparons à sauvegarder jalousement la paix imminente", a déclaré Deng.
Les pourparlers pour mettre fin au conflit de 21 ans entre les autorités islamiques à Khartoum et l'Armée populaire de libération du Soudan, dans le sud du pays, ont commencé au Kenya en 2002. A ce jour, elles ont conduit à la signature de six accords qui prévoient un gouvernement intérimaire d'unité nationale, le partage des revenus issus des ressources pétrolières – et l'intégration des troupes gouvernementales et rebelles en une seule armée, entre autres questions.
Le Sud-Soudan sera également autorisé à organiser un référendum six années après la signature d'un traité de paix final, pour savoir s'il veut se séparer ou non du reste du pays. Les trois derniers de ces protocoles ont été signés le 26 mai, et on a bon espoir qu'un accord final sera en place d'ici le mois prochain.
Mais, alors même que les représentants s'apprêtent à soumettre les protocoles de paix aux populations, des inquiétudes sont exprimées par rapport à l'engagement du gouvernement et des rebelles vis-à-vis des accords.
"Les protocoles ont été signés à la suite des pressions, notamment des Etats-Unis, qui disposent d'une loi pour traiter en conséquence avec toute partie responsable de l'échec des négociations conduisant à un accord de paix final", a indiqué, aux journalistes, Akolda Tier, un professeur de droit à l'Université de Khartoum, à la conférence de presse du SEF.
"Quand les choses se seront tassées, les parties seront tentées de retourner à la situation originale, qui est l'hostilité", a-t-il ajouté.
La Loi sur la paix au Soudan a été promulguée par le président George Bush en octobre 2002. S'il peut certifier que Khartoum n'est "pas engagé de bonne foi dans les négociations" pour mettre fin aux combats, Bush est autorisé par la loi à demander une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies visant à imposer au Soudan un embargo sur les armes. La loi permet également à Washington de refuser au gouvernement du Soudan des prêts auprès des institutions financières internationales, et de l'empêcher de recevoir des revenus pétroliers, entre autres sanctions. La Norvège et l'Italie ont également supervisé le processus de paix soudanais, qui est actuellement négocié par l'Autorité intergouvernementale sur le développement – une institution régionale. Plus de deux millions de personnes ont été tuées et cinq millions déplacées par le conflit au Sud-Soudan.
Un conflit séparé dans la région de l'ouest du Soudan, le Darfour, a également assombri le processus de paix soudanais. Ces derniers mois, Khartoum a été accusé, à maintes reprises, de soutenir des milices arabes qui sont en train de terroriser les membres de trois groupes ethniques noirs dans le Darfour. Des officiels soudanais rejettent les accusations.
Environ un million de personnes ont été déplacées dans la région, et 180.000 ont fui vers le Tchad voisin. La crise du Darfour a commencé l'année dernière, après que deux groupes rebelles dans la région ont mené des attaques pour protester contre les actions de ces milices – et la tendance présumée de Khartoum de ne pas prendre en compte les besoins de la région.

