NAIROBI, 21 juin (IPS) – L'introduction de l'éducation primaire gratuite au Kenya a été saluée dans le pays. Toutefois, il semble que les enfants handicapés ne sont pas en train de bénéficier du programme parce que le gouvernement n'a pas équipé les écoles pour répondre à leurs besoins.
"Lorsque le gouvernement a introduit l'EFP (école primaire gratuite), il n'a pas pris en compte le fait qu'il devait fournir des infrastructures spéciales dans ces écoles pour s'assurer que les enfants handicapés seraient également partie prenante du programme FPE", déclare Churchill Omondi, président du Centre de ressources de 'Handicaps sans frontières'..
Cette institution basée à Nairobi regroupe plus de 10 organisations impliquées dans le plaidoyer en faveur des droits des handicapés.
"A cause de cela, la majorité des enfants vivant avec des handicaps n'ont pas pu aller dans les écoles publiques spéciales. Ces enfants ont été marginalisés, et nous, en tant que handicapés, exprimons notre mécontentement face à la léthargie du gouvernement", a-t-il dit aux journalistes à l'Ecole primaire St Michael à Nairobi, au cours d'un événement commémorant la Journée de l'enfant africain. L'éducation primaire gratuite a été introduite au début de l'année dernière lorsque le gouvernement du président Mwai Kibaki est arrivé au pouvoir.
Selon Omondi, 500.000 seulement sur les quelque trois millions d'enfants handicapés au Kenya vont actuellement à l'école.
'Handicaps sans frontières' estime qu'il existe 15.000 institutions d'éducation spéciale pour les enfants handicapés au Kenya, dont seulement 5.000 appartiennent à l'Etat. Le coût de l'éducation d'un enfant dans une institution privée, qui s'occupe des besoins spécifiques, varie entre 192 et 641 dollars par trimestre – une dépense importante dans un pays où, selon le Rapport des Nations Unies sur le développement pour 2003, environ 23 pour cent des habitants vivent avec moins d'un dollar par jour. (Le rapport indique également que près de 59 pour cent vivent avec moins de deux dollars par jour).
'Handicaps sans frontières' ajoute également que les structures gouvernementales ne s'attaquent pas à tout l'éventail des besoins des handicapés.
"Nous demandons au gouvernement d'évaluer les conditions de ces écoles et d'allouer les fonds nécessaires en vue de les équiper s'il envisage sérieusement de donner l'éducation à toutes ses populations", a indiqué Omondi.
Toutefois, une source au ministère de l'Education a dit à IPS qu'une équipe avait été mise sur pied en octobre dernier pour étudier le coût financier de la satisfaction des besoins des enfants handicapés.
"Ceci est en soi une preuve d'engagement de la part du gouvernement. Nous essayons toujours de voir comment mettre en œuvre la recommandation de la commission", a ajouté la source.
L'équipe a proposé qu'environ 6,4 millions de dollars soient mis de côté pour la scolarisation des enfants handicapés. Toutefois, ceci est bien en deçà du chiffre de 25 millions de dollars recommandés par les groupes de défense des droits des handicapés.
Les activistes des droits des enfants font en outre remarquer qu'il reste encore beaucoup à faire pour s'assurer que tous les enfants kényans – même ceux sans handicap – reçoivent l'éducation primaire.
Même si 1,3 million d'autres enfants étaient inscrits dans les écoles primaires lorsque le programme d'éducation gratuite a commencé l'année dernière, quelque 1,5 million d'enfants restent en dehors du système, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF). Le Kenya compte présentement 17.600 écoles primaires publiques.
Pour régler ce problème, l'UNICEF a lancé une campagne pour accroître le nombre d'inscrits, et aider le Kenya à atteindre l'Objectif du millénaire pour le développement consistant à s'assurer que tous les enfants en âge d'aller à l'école primaire reçoivent l'éducation d'ici 2015. (Huit objectifs du millénaire pour le développement ont été convenus par les dirigeants du monde au sommet du millénaire des Nations Unies, à New York en 2000, en vue de rehausser les niveaux de vie dans le monde entier).
'La campagne allons à l'école' de l'UNICEF a commencé il y a trois mois dans la capitale, Nairobi, dans la zone côtière de Kwale – et à Garissa, dans le nord-est du Kenya. Le projet compte sur les écoliers pour identifier les enfants qui ne vont pas à l'école.
S'exprimant au cours de l'événement commémorant la Journée de l'enfant africain, mercredi dernier (16 juin), le représentant local de l'UNICEf, Heimo Laakkonen, a déclaré qu'un travail remarquable avait été fait à cet égard par les écoliers 'âgés de 10 à 15 ans dans plus de 580 écoles à Nairobi, Kwale et Garissa".
Des statistiques publiées à cette date montrent que les élèves ont identifié 5.000, 8.000 et 1.800 enfants qui ne vont pas à l'école à Nairobi, Kwale et Garissa respectivement.
Selon l'UNICEF, les enfants sont pour la plupart gardés hors de l'école pour les faire travailler comme domestiques. L'agence onusienne a demandé au gouvernement de voter des lois qui exigent que les parents envoient leurs enfants à l'école, soulignant que les exigences de la maison et de l'école ne doivent pas s'exclure.
"Oui, la loi est là, mais elle devrait être appliquée. Si les enfants doivent travailler, qu'ils le fassent sans que cela n'interfère avec leurs temps d'études. Que cela n'interfère également pas avec leur développement.
Ils ont besoin de temps pour jouer et être des enfants", a dit à IPS, Roger Pearson, chargé principal de programme à l'UNICEF.
La loi sur les enfants de 2001 énonce le droit de l'enfant à l'éducation au Kenya, et prescrit une amende de près de 650 dollars pour les parents et tuteurs qui ne respectent pas ce droit.
Toutefois, certains groupes croient que l'extrême pauvreté qui affecte plusieurs Kenyans exige que les autorités adoptent une vision plus nuancée des responsabilités parentales.
"Par exemple, une femme de la rue, qui n'a pas de nourriture, d'abri ni de vêtement à donner à son enfant, ne peut pas être incriminée. D'autres détails comme sa situation doivent être pris en compte", a indiqué à IPS, Tina Ojuka, coordonnatrice de la politique et du plaidoyer à l'Alliance kényane pour l'avancement des droits des enfants.

