JOHANNESBURG, 17 juin (IPS) – Une casquette étincelante, bleue claire, et un masque pour le nez et la bouche attendent les visiteurs à la porte principale.
Avant d'être autorisé à entrer dans l'immeuble, les visiteurs reçoivent également une paire de chaussettes en nylon pour recouvrir leurs chaussures : la tenue obligatoire pour visiter la seule société productrice de condoms en Afrique.
M.K. Vinod, un technicien qui se vante d'avoir 20 années d'expérience dans la production de condoms, a dit à IPS lundi qu'aucune autre société de condoms ne fabrique des préservatifs en Afrique. Elles les importent, les assemblent ou les emballent.
Mais, la fabrique de condoms 'Kohrs Medical Supplies' située à Boksburg, à environ une heure de voiture du centre commercial de Johannesburg, produit 30 millions de condoms par an. "A partir de l'année prochaine, nous commencerons par produire 300 millions l'an", affirme Vinod.
En août, la société s'installera sur un site plus grand dans la province du KwaZulu-Natal, dans le sud-est, où elle augmentera sa main d'œuvre, qui passera de 100 à 450. Cette semaine, elle a également lancé une gamme de condoms sous la marque 'Choice', dont le gouvernement fera la promotion auprès des Sud-Africains âgés de 18 à 35 ans. S'exprimant au lancement lundi, la ministre de la Santé Manto Tshabalala- Msimang a indiqué que des études ont révélé que "les anciens préservatifs du gouvernement étaient bien moins attrayants ou confortables que ceux vendus en pharmacie".
"Les condoms ne devraient pas être seulement une nécessité, mais devraient être perçus comme sexy et une partie de l'amusement", a-t-elle ajouté..
Tshabalala-Msimang a déclaré que les Sud-Africains ne faisaient plus également confiance aux "anciens condoms du gouvernement".
"Il y a une perception publique répandue selon laquelle les condoms du gouvernement sont de qualité inférieure à ceux des marques commerciales que vous achetez dans les magasins ou pharmacies. Cette perception provenait du fait qu'avant 1998, il n'y avait en place aucun programme effectif d'assurance de qualité pour garantir une grande qualité", a-t-elle remarqué.
"Depuis lors, la qualité standard de nos condoms a été fixée par le Bureau sud-africain des normes (SABS)".
"Toutes les structures de production des condoms du gouvernement subissent un test de conformité, quelle que soit la firme qui (les) produit. Ceci est fait en accord avec l'Organisation mondiale de la santé et le Département national des normes de la santé – les plus rigoureux – et des spécifications fixées par la SABS", a expliqué Tshabalala-Msimang.
Elle a souligné que les condoms 'Choice' étaient en train d'être présentés aux Sud-Africains âgés de 18 à 35 ans à cause du fort taux d'infection du VIH dans ce groupe de la population. Et, le nom de la marque semble être une partie essentielle de ces efforts de promotion.
"Vivre au 21ème siècle a tout à voir avec des choix – choix de téléphones portables, choix d'une variété de télévisions et de stations de radio, choix de différents aliments de marque. Cela à rapport avec la découverte, l'expérimentation, le changement et le fait d'opérer des choix en connaissance de cause", a-t-elle observé.
Tshabalala-Msimang a exhorté les Sud-Africains à utiliser des condoms pour éviter les grossesses non désirées et comme protection contre les maladies sexuellement transmissibles, y compris le SIDA.
Quelque cinq millions de personnes, soit dix pour cent de la population sud-africaine, vivent avec le VIH/SIDA, selon la Campagne d'action pour le traitement (TAC) – un groupe de pression qui fait campagne pour la fourniture gratuite des médicaments anti-rétroviraux.
L'utilisation du condom augmente en Afrique du Sud. Alors que le gouvernement a distribué 276 millions de condoms en 2001 et en 2002, environ 303 millions ont été distribués – gratuitement – en 2003 et en 2004.
Kohrs Medical Supplies a également des vues sur des marchés plus lointains, en particulier ceux des 14 Etats qui constituent la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC).
Les condoms joueront un rôle important dans le ralentissement de l'avancée du SIDA au Zimbabwe, en Zambie, au Mozambique, au Lesotho, au Malawi et au Swaziland – où selon un rapport du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), un adulte sur quatre est infecté par le VIH.
Neuf Etats de la SADC ont des populations où plus de 10 pour cent des adultes âgés de 15 à 49 ans vivaient avec le VIH et le SIDA à la fin de 2002, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA).
L'horizon des jeunes est particulièrement brisé. Ils sont maintenant quatre millions d'enfants orphelins du SIDA dans la région de la SADC, la Zambie enregistrant le nombre d'orphelins le plus élevé au monde, selon l'UNICEF.
La pandémie se révèle être également dévastatrice ailleurs en Afrique.
L'ONUSIDA indique qu'en 2003, près de 28 millions de personnes (ou 70 pour cent) sur les quelque 40 millions de personnes infectées dans le monde par le VIH vivaient en Afrique subsaharienne.

