POLITIQUE-AFRIQUE DU SUD: Le financement de la campagne sous le feu desprojecteurs

JOHANNESBURG, 13 avr (IPS) – La question du financement des partis a déclenché la controverse en Afrique du Sud récemment, alors que le pays se préparait pour sa troisième élection démocratique.

Dès que vous mentionnez les débats sur le financement des partis, l'image qui pourrait venir premièrement à l'esprit, est celle des Républicains et des Démocrates aux Etats-Unis, échangeant des allégations sur la fiabilité des groupes d'intérêt spéciaux.

En fait, les gens ont paru surpris le mois dernier lorsque les anciens adversaires de la période d'apartheid – Nelson Mandela et FW de Klerk – se sont associés obséquieusement, pour rechercher des fonds de campagne pour leurs partis respectifs.

Mandela, qui a dirigé l'Afrique du Sud entre 1994 et 1999, est une figure vénérée dans le Congrès national africain (ANC) au pouvoir. De Klerk, le dernier président du pays sous l'apartheid, a dirigé le Parti national – le prédécesseur du Nouveau parti national.

Les deux hommes d'Etat ont fait leur apparition conjointe dans le centre commercial de Johannesburg, où ils ont ciblé, entre autres, l'important homme d'affaires noir Tokyo Sexwale.

L'ancien premier responsable de la province de Gauteng, où est située Johannesburg, a fait un don aux deux partis – un geste qui peut sembler ironique à certains. Sexwale est également un ancien activiste anti-apartheid qui a été emprisonné par le parti de Klerk et a été envoyé à Robben Island en même temps que Mandela. Les deux ont été libérés plus tard par de Klerk en prélude à la première élection démocratique en 1994.

"Comment allons nous faire campagne si nous n'avons pas d'argent? Nous avons besoin d'argent pour des articles de campagne comme les posters et pour faire passer des spots publicitaires à la radio et à la télévision", a déclaré de Klerk à la conférence de presse de l'Association des correspondants étrangers (FCA), le 15 mars, un jour seulement avant de rejoindre Mandela sur le chemin de la collecte de fonds.

Le gouvernement d'Afrique du Sud a commencé par financer les partis politiques en 1998 par l'intermédiaire de la Commission électorale indépendante (IEC). Mais les ressources de l'Etat se sont révélées insuffisantes, poussant les partis à solliciter des fonds supplémentaires auprès des entreprises et des sources privées.

"Le financement public pour les partis politiques requiert le déblocage de fortes sommes d'argent du trésor public", affirme Khabele Matlosa de l'Institut électoral d'Afrique australe (EISA), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Johannesburg.

Une autorité en matière de questions électorales, Matlosa a préparé un nouveau livre, 'La politique des ressources de l'Etat : le financement des partis en Afrique du Sud', qui a été lancé à Johannesburg le jeudi (8 avril). Il a été financé par la Fondation Konrad Adenauer, d'Allemagne.

Pendant la première année de financement public des partis (1998/1999), l'IEC a donné environ 8,2 millions de dollars. En 2002/2003, ce chiffre était passé à 10,6 millions de dollars.

Mais, l'ANC aurait dépensé environ 16 millions de dollars pour sa campagne de 1999, tandis que le principal groupe d'opposition – l'Alliance démocratique – a distribué environ 3,2 millions de dollars (selon des chiffres compilés par l'Institut pour la démocratie en Afrique du Sud, Idasa – une ONG).

Tout compte fait, quelque 78,2 millions de dollars ont été dépensés par les 20 partis politiques représentés au parlement, en 1999.

"La grande disparité entre le financement public et les frais de campagne indiquent que tous les partis chercheront les faveurs de la communauté industrielle et des citoyens en vue de mobiliser des fonds pour des campagnes médiatiques de plusieurs millions de rands, laissant suffisamment d'espace pour rehausser leur influence", affirme Idasa.

Aussi bien l'Idasa que l'EISA font actuellement pression pour que la législation réglemente les financements privés des partis politiques en Afrique du Sud.

Au sein de la Communauté de développement d'Afrique australe de 14 membres, qui tente d'harmoniser les lois électorales de la région, seules la Zambie et l'Ile Maurice n'ont aucune obligation constitutionnelle de fournir un soutien financier aux partis.

"Certains gouvernements dans la région apportent un financement à tous les partis politiques, y compris l'opposition. D'autres ne s'en occupent pas du tout", a indiqué, à IPS jeudi, Claude Kabemba, un chercheur de l'EISA.

En Angola, l'opposition est handicapée par l'inflation et une pénurie de financements publics.

"Nous avons eu 13 millions d'euro (15,7 millions de dollars) à la fin de l'année et nous les avons convertis en Kwanza. Malheureusement, le kwanza se déprécie chaque jour.

En fin de compte, notre quota est épuisé par l'inflation" a dit, à IPS, Isaias Samakuva, président de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), pendant qu'il séjournait en Afrique du Sud le mois dernier.

L'UNITA estime qu'elle a besoin d'environ 230 millions de dollars pour faire une véritable campagne. "Nous avons besoin d'argent pour le transport, pour les posters. Les gens se plaignent de ne même pas avoir la photo du président de l'UNITA", a observé Samakuva, souriant.

Selon l'EISA, aucune date n'a encore été fixée pour les élections présidentielles, parlementaires ou locales en Angola, qui est sortie d'une guerre civile de 26 ans, en 2002.

"C'est dans l'intérêt de tous les gouvernements d'avoir une opposition forte. Le gouvernement a besoin d'une opposition vibrante pour renforcer la démocratie", a ajouté Matlosa.

Il croit également que les préoccupations sur le financement des partis par les privés ne devraient pas éclipser la question de la manière dont l'argent public peut être manipulé par des partis au pouvoir.

"Des expériences montrent que la limite entre le parti au pouvoir et le gouvernement est floue. Le parti au pouvoir est avantagé par rapport aux partis d'opposition dans l'accès au financement public, servant ainsi les intérêts du parti et non celui du gouvernement", a déclaré Matlosa.

" Le terrain de jeu devient alors inégal lorsque le parti au pouvoir manipule les fonds publics à son propre avantage".