NAIROBI, 2 déc (IPS) – L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) ont lancé une nouvelle initiative, lundi, pour fournir des anti-rétroviraux à trois millions de personnes d'ici à la fin de 2005.
La campagne "3 sur cinq" a démarré à Nairobi, au Kenya, à l'occasion de la Journée mondiale du SIDA (1er décembre). Elle se focalisera sur cinq domaines, dont le rôle des dirigeants du monde entier dans la lutte contre le SIDA, et "le soutien national durable" à la thérapie.
Les trois catégories restantes traitent de la simplification de la fourniture des anti-rétroviraux (ARV), la garantie d'une fourniture fiable des médicaments et de l'équipement pour diagnostiquer le VIH – ainsi que l'identification rapide et l'application de "nouvelles connaissances" sur la pandémie.
"Le cadre d'action 3 sur 5 est un plan d'action élaboré par des nations, des institutions et tout le monde – y compris les personnes vivant avec le VIH/SIDA", a déclaré Jack Chow, directeur général adjoint à l'OMS pour le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme.
Selon des statistiques publiées par l'OMS et l'ONUSIDA, près de 40 millions de personnes sont actuellement infectées par le VIH – 95 pour cent d'entre elles sont dans les pays en développement. Les trois quarts environ de ces gens, 29 millions, vivent en Afrique subsaharienne.
Des statistiques supplémentaires montrent que cinq à six millions de séropositifs dans le monde en développement ont besoin des ARV. Mais, 400.000 seulement ont les moyens d'acheter les médicaments qui prolongent la vie. Sans la thérapie ARV, près de trois millions de gens dans le monde entier pourraient mourir de la pandémie cette année seule.
L'OMS a également publié son homologation, lundi, pour trois ARV génériques.
La production des médicaments génériques pour traiter le SIDA a provoqué une controverse au cours des années récentes, avec les firmes pharmaceutiques qui affirmaient que ces médicaments allaient réduire des profits découlant des originaux fabriqués sous brevet. Les producteurs de médicaments estiment que cette situation, à son tour, les empêcherait de continuer la recherche sur de nouveaux médicaments.
Toutefois, Kenneth Chebet – directeur du Programme national de contrôle sur les maladies sexuellement transmissibles et le SIDA au Kenya – a accueilli favorablement la décision de l'OMS. "Ces nouveaux produits constituent un avantage pour les pays, notamment les pays en développement qui sont les plus durement touchés par le VIH/SIDA. (Et) ils sont faciles à prendre", a-t-il souligné.
Selon Chebet, 10 pour cent des séropositifs kényans ont besoin en urgence du traitement ARV. Plus de deux millions de personnes sont infectées par le virus du SIDA dans ce pays est-africain, sur une population de 30 millions.
D'autres experts sanitaires présents au lancement du "3 sur 5" ont critiqué les firmes pharmaceutiques pour n'avoir pas développé des ARV pouvant être pris par des enfants, estimant que c'était essentiel si on veut que la pandémie soit complètement maîtrisée.
"Nous avons besoin de quelque chose pour les enfants, et c'est toujours un défi majeur pour les firmes pharmaceutiques", a indiqué, à IPS, Morten Rostrup, président de Médecins sans frontière – ajoutant que des réductions supplémentaires de prix des ARV devraient être une priorité.
Selon l'OMS, il y a eu une réduction importante des prix des ARV offerts aux pays en Afrique subsaharienne. Des médicaments qui coûtaient auparavant environ 10.000 dollars l'an peuvent maintenant être achetés pour seulement 300 dollars.
Rostrup estime cependant que le coût du traitement peut encore aller un peu plus bas : "Il est réaliste de faire baisser les coûts jusqu'à 50-70 dollars", a-t-il indiqué.
Les personnes vivant avec le VIH/SIDA soutiennent qu'il y a eu beaucoup de bavardages sur la réduction des prix des ARV – mais pas assez d'action.
"Ceux qui s'en soucient peuvent-ils cesser de parler et faire quelque chose?", a demandé Rowlands Lenya, directeur exécutif de l'Association des personnes vivant avec le SIDA au Kenya.
"Nous ne devrions pas juste faire semblant de nous intéresser aux personnes qui souffrent. Il est nécessaire que nous voyions les gouvernements, les agences internationales et les firmes pharmaceutiques coopérer pour donner les médicaments à ceux qui en ont besoin", a-t-il ajouté.
Le ministre de la Santé du Kenya, Charity Ngilu, déclare que son pays aspire à mettre sous traitement ARV 140.000 séropositifs d'ici à 2005.
Selon le ministère, le gouvernement fournit actuellement un traitement anti-rétroviral gratuit à 6.000 malades seulement sur les 270.000 Kényans qui sont dans le besoin urgent des médicaments.

