COTE D'IVOIRE: Les forces du marché règnent en maîtres absolus.

ABIDJA, 08 avril (IPS) – Les consommateurs ivoiriens ont été
touchés par
la montée infernale des prix des denrées alimentaires, mais ils ne
peuvent
pas faire grand chose car ce pays de l'Afrique de l'Ouest n'a
aucune loi qui
les protège contre les spéculateurs.

L'inflation serait due à l'augmentation des tarifs de transport et
la faible
pluviosité, mais quelles qu'en soient les causes, ces
augmentations ont
provoqué de graves préjudices aux familles pauvres des zones
urbaines, comme
le témoigne Marie-France Kouassi, fonctionnaire.
Kouassi est mariée et mère de quatre enfants. Le revenu familial
mensuel qui
équivaut à 220 dollars américains est déjà insignifiant. Avec les
récentes
augmentations des prix, il ne représente plus rien. Kouassi l'a
ressenti
lorsqu'elle s'est rendue au marché la semaine dernière.
En tête de sa liste figuraient les trois aliments de base :
l'igname, le riz
et le plantain. D'abord, elle trouve que le kilo d'igname est
passé de 100
CFA la semaine d'avant à 125 CFA. Elle a ensuite réalisé que le
riz le moins
cher est passé de 280 à 350 CFA le kilo. Mais le pire c'est que
350 CFA ne
suffisent plus pour acheter le kilo de bananes. Maintenant elle
doit
débourser 500 CFA pour la même quantité.
En réalité, les prix ont grimpé partout. Le kilo de poulet (2,300
CFA)
ajouté au prix des condiments(900 CFA) représentent maintenant
plus du quart
du revenu hebdomadaire de plusieurs travailleurs.
Le SMIG ivoirien s'élève environ à 45,000 F CFA (soit 75 dollars
américains). Cependant, un rapport de 1997 de la banque mondiale
intitulé
'la pauvreté en Côte d'Ivoire' estime que plusieurs travailleurs
du secteur
urbain en gagnent moins, notamment dans le secteur informel.
L'inflation annuelle est officiellement estimée à 30%, mais les
travailleurs
prétendent qu'elle aurait dépassé la barre des 60%, avec le prix
des denrées
alimentaires qui a grimpé à son plus haut niveau. Les commerçants
critiquent
l'augmentation du prix de transport. Les propriétaires de
véhicules
justifient cette hausse par l'augmentation progressive du prix du
carburant.
Les fermiers ont évoqué la faible pluviosité enregistrée l'année
dernière.
"Si, par exemple, l'igname est devenue chère aujourd'hui, cela ne
dépend
pas de nous", explique Kouadwo Koumalo, vendeur d'ignames. "
Maintenant,
nous payons 300,000 CFA pour transporter 10 tonnes d'ignames de
la ferme à
Abidjes d'ignames de la ferme à
Abidjan, contre 250,000 CFA l'année dernière, parce que les
conducteurs ont
laissé entendre que le prix du carburant a augmenté".
Kouadwo a aussi condamné les agents de police corrompus qui se
trouvent au
bord des autoroutes, car, selon lui, ils contribuent à la hausse
des prix.
"A chaque arrêt nous sommes obligés de verser 2,000 CFA à la
police, et par
exemple entre Bouna et Abidjan nous avons 10 postes de police".
Cependant, les observateurs attribuent plus cette tendance
inflationniste à
la libéralisation du marché intérieur, sous le programme
d'ajustement
structurel renforcée (PASR) en cours, et à la dévaluation, en
1994, de 50%
du franc CFA, la monnaie commune des anciennes colonies française
d'Afrique.
Le gouvernement soutient que le PASR commence à se concrétiser. Le
produit
intérieur brut (PIB) a augmenté de 7% en 1997 et compte maintenir
ce taux de
croissance cette année, selon le Premier Ministre Daniel Kablan
Duncan.
Mais sous le PASR on a également assisté à l'effondrement d'un
programme de
contrôle des prix qui a veillé à la stabilité des prix pendant une
longue
période. La disparition de cette institution a laissé les
consommateurs plus
vulnérables aux augmentations intervenues après la dévaluation.
Initialement, le gouvernement a tenté d'amortir les effets de la
dévaluation
en gelant les prix de 34 articles de consommation et en augmentant
les
salaires de 10%. Mais le blocage des prix était à court terme.
Face à la
hausse des importations et à la baisse du revenu, l'Etat a
abandonné ce
système, laissant les pauvres à la merci de la libéralisation de
l'économie.
"Chaque vendeur fixe ses prix selon sa convenance, mais personne
ne s'est
ouvertement opposé", a fait observer Cécile Aya, ménagère. "Nous
avons un
ministère du commerce, mais chaque fois que les commerçants
augmentent leurs
prix, il devient aussi silencieux que le cimetière".
Aya pense qu'on devrait agir maintenant avant que la situation ne
dégénère.
Dans d'autres pays, l'association des consommateurs joue ce genre
de rôle,
mais les défenseurs des droits du consommateur de la Cote d'Ivoire
disent
qu'ils ne peuvent intervenir parce qu'ils n'ont aucun aval légal.
"Depuis 1994, nous avons soumis une proposition à l'Assemblée
Nationale
pour qu'elle nous accorde un statut légal, mais jusqu'ici rien n'a
été
fait", explique Mel Théodore, président de l'association pour la
protection
des consommateurs de la Côte d'Ivoire. A moins que nous ayons un
tel aval
légal sinon nous ne pouvons prendre des mesures comme l'exigent
les
consommateurs".
De plus, aucune loi ne protège les consommateurs contre la
spéculation en
Côte d'Ivoire qui figure parmi les pays les plus pauvres du monde,
malgré la
politique de redressement économique entamée par le gouvernement.
D'après
une étude faite en 1994 par les chercheurs français, 95% de la
richesse
ivoirienne se concentre dans les mains d'une minorité inférieure à
3%.
Interrogé cette semaine sur la question des indices économiques du
pays,
Pierre Van Den Boogaerde, représentant du Fonds Monétaire
International à
Abidjan a déclaré : "au moment où les prévisions du PIB sont
réelles, les
*DESTSERVFRE
*CATAF IF
COTE D'IVOIRE : Les forces du marchE9 rE8gnent en maEEtres
absolus.
Par Melvis Dzisah
ABIDJAN, 08 avril (IPS)- Les consommateurs ivoiriens ont E9tE9
touchE9s par
la montE9e infernale des prix des denrE9es alimentaires, mais ils
ne
peuvent
pas faire grand chose car ce pays de l'Afrique de l'Ouest n'a
aucune
loi qui
les protE8ge contre les spE9culateurs.
L'inflation serait due E0 l'augmentation des tarifs de transport
et la
faible
pluviositE9, mais quelles qu'en soient les causes, ces
augmentations
ont
provoquE9 de graves prE9judices aux familles pauvres des zones
urbaines, comme
le tE9moigne Marie-France Kouassi, fonctionnaire.
Kouassi est mariE9e et mE8re de quatre enfants. Le revenu familial
mensuel qui
E9quivaut E0 220 dollars amE9ricains est dE9jE0 insignifiant. Avec
les rE9centes
augmentations des prix, il ne reprE9sente plus rien. Kouassi l'a
ressenti
lorsqu'elle s'est rendue au marchE9 la semaine derniE8re.
En tEAte de sa liste figuraient les trois aliments de base :
l'igname,
le riz
et le plantain. D'abord, elle trouve que le kilo d'igname est
passE9
de 100
CFA la semaine d'avant E0 125 CFA. Elle a ensuite rE9alisE9 que le
riz le moins
cher est passE9 de 280 E0 350 CFA le kilo. Mais le pire c'est que
350
CFA ne
suffisent plus pour acheter le kilo de bananes. Maintenant elle
doit
dE9bourser 500 CFA pour la mEAme quantitE9.
En rE9alitE9, les prix ont grimpE9 partout. Le kilo de poulet
(2,300
CFA)
ajoutE9 au prix des condiments(900 CFA) reprE9sentent maintenant
plus
du quart
du revenu hebdomadaire de plusieurs travailleurs.
Le SMIG ivoirien s'E9lE8ve environ E0 45,000 F CFA (soit 75
dollars
amE9ricains). Cependant, un rapport de 1997 de la banque mondiale
intitulE9
'la pauvretE9 en CF4te d'Ivoire' estime que plusieurs travailleurs
du
secteur
urbain en gagnent moins, notamment dans le secteur informel.
L'inflation annuelle est officiellement estimE9e E0 30%, mais les
travailleurs
prE9tendent qu'elle aurait dE9passE9 la barre des 60%, avec le
prix
des denrE9es
alimentaires qui a grimpE9 E0 son plus haut niveau. Les
commerE7ants
critiquent
l'augmentation du prix de transport. Les propriE9taires de
vE9hicules
justifient cette hausse par l'augmentation progressive du prix du
carburant.
Les fermiers ont E9voquE9 la faible pluviositE9 enregistrE9e
l'annE9e derniE8re.
"Si, par exemple, l'igname est devenue chE8re aujourd'hui, cela
ne
dE9pend
pas de nous", explique Kouadwo Koumalo, vendeur d'ignames. "
Maintenant,
nous payons 300,000 CFA pour transporter 10 tonnes d'ignames de
la
ferme E0
Abidjes d'ignames de la
ferme E0
Abidjan, contre 250,000 CFA l'annE9e derniE8re, parce que les
conducteurs ont
laissE9 entendre que le prix du carburant a augmentE9".
Kouadwo a aussi condamnE9 les agents de police corrompus qui se
trouvent au
bord des autoroutes, car, selon lui, ils contribuent E0 la hausse
des
prix.
"A chaque arrEAt nous sommes obligE9s de verser 2,000 CFA E0 la
police, et par
exemple entre Bouna et Abidjan nous avons 10 postes de police".
Cependant, les observateurs attribuent plus cette tendance
inflationniste E0
la libE9ralisation du marchE9 intE9rieur, sous le programme
d'ajustement
structurel renforcE9e (PASR) en cours, et E0 la dE9valuation, en
1994, de 50%
du franc CFA, la monnaie commune des anciennes colonies franE7aise
d'Afrique.
Le gouvernement soutient que le PASR commence E0 se concrE9tiser.
Le
produit
intE9rieur brut (PIB) a augmentE9 de 7% en 1997 et compte
maintenir
ce taux de
croissance cette annE9e, selon le Premier Ministre Daniel Kablan
Duncan.
Mais sous le PASR on a E9galement assistE9 E0 l'effondrement d'un
programme de
contrF4le des prix qui a veillE9 E0 la stabilitE9 des prix pendant
une longue
pE9riode. La disparition de cette institution a laissE9 les
consommateurs plus
vulnE9rables aux augmentations intervenues aprE8s la dE9valuation.
Initialement, le gouvernement a tentE9 d'amortir les effets de la
dE9valuation
en gelant les prix de 34 articles de consommation et en augmentant
les
salaires de 10%. Mais le blocage des prix E9tait E0 court terme.
Face
E0 la
hausse des importations et E0 la baisse du revenu, l'Etat a
abandonnE9 ce
systE8me, laissant les pauvres E0 la merci de la libE9ralisation
de
l'E9conomie.
"Chaque vendeur fixe ses prix selon sa convenance, mais personne
ne
s'est
ouvertement opposE9", a fait observer CE9cile Aya, mE9nagE8re.
"Nous avons un
ministE8re du commerce, mais chaque fois que les commerE7ants
augmentent leurs
prix, il devient aussi silencieux que le cimetiE8re".
Aya pense qu'on devrait agir maintenant avant que la situation ne
dE9gE9nE8re.
Dans d'autres pays, l'association des consommateurs joue ce genre
de
rF4le,
mais les dE9fenseurs des droits du consommateur de la Cote
d'Ivoire
disent
qu'ils ne peuvent intervenir parce qu'ils n'ont aucun aval lE9gal.
"Depuis 1994, nous avons soumis une proposition E0 l'AssemblE9e
Nationale
pour qu'elle nous accorde un statut lE9gal, mais jusqu'ici rien
n'a
E9tE9
fait", explique Mel ThE9odore, prE9sident de l'association pour
la
protection
des consommateurs de la CF4te d'Ivoire. A moins que nous ayons un
tel
aval
lE9gal sinon nous ne pouvons prendre des mesures comme l'exigent
les
consommateurs".
De plus, aucune loi ne protE8ge les consommateurs contre la
spE9culation en
CF4te d'Ivoire qui figure parmi les pays les plus pauvres du
monde,
malgrE9 la
politique de redressement E9conomique entamE9e par le
gouvernement.
D'aprE8s
une E9tude faite en 1994 par les chercheurs franE7ais, 95% de la
richesse
ivoirienne se concentre dans les mains d'une minoritE9 infE9rieure
E0 3%.
InterrogE9 cette semaine sur la question des indices E9conomiques
du
pays,
Pierre Van Den Boogaerde, reprE9sentant du Fonds MonE9taire
International E0
Abidjan a dE9clarE9 : "au moment oF9 les prE9visions du PIB sont
rE9elles, les