DAKAR, 20 jan (IPS) – Confrontée depuis quelques années à de fréquents délestages d'électricité, notamment dans les grands centres urbains, l'école sénégalaise découvre les vertus de l'énergie solaire, grâce à la mise en place d'un projet dénommé "énergie solaire à l'école".
Le projet, dont le financement est entièrement assuré par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), est d'un montant de 15 millions de francs CFA (environ 25.000 dollars US). Le projet "énergie solaire à l'école" s'engage à fournir de l'électricité à une douzaine d'établissements d'enseignement situés en milieu rural. L'objectif principal de ce projet est de "renforcer l'éducation par l'énergie solaire en milieu rural". Selon le ministre sénégalais de l'Education nationale, Moustapha Sourang, "une éducation de qualité ne peut se faire sans énergie". Le projet "énergie solaire" est la première opération du genre mise en œuvre au Sénégal dans le cadre de la coopération entre l'UNESCO et le gouvernement de ce pays d'Afrique de l'ouest dans le domaine des énergies renouvelables au niveau des écoles.
Avec l'échec de la privatisation de la Société nationale d'électricité du Sénégal (SENELEC), le pays faisait face à un déficit en électricité qu'il a réussi à combler depuis juillet dernier, avec l'apport journalier du courant du barrage de Manantali, estimé en moyenne à 60 mégawatts/heure (MWH). Le barrage de Manantali est situé sur le Bafing, l'affluent principal du fleuve Sénégal, à 90 kilomètres au sud-est de Bafoulabé (Mali). Le Sénégal est raccordé au barrage de Manantali depuis juillet 2002, qui appartient aux trois pays membres de l'Organisation de mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) : Mali, Mauritanie et Sénégal.
La SENELEC produit en moyenne 300 MWH, pour une demande énergétique estimée à 270 MWH. Mais, à cause des fréquents délestages en période de pointe, la SENELEC avait du mal à satisfaire la forte demande intérieure. Ainsi, comme tous les secteurs de l'économie nationale, l'école a aussi grandement souffert de cette situation.
La conseillère technique du ministre de l'Education nationale, chargée du solaire, Awa Ly Diallo, a déclaré à IPS qu'une réunion se tiendra prochainement pour désigner les établissements scolaires qui pourraient bénéficier du projet "énergie solaire". Selon Diallo, "le choix devrait néanmoins être fait sur la base de critères liés notamment à l'éloignement, à la densité de la population, à l'importance des écoles et des effectifs".
D'autres critères pourraient également s'ajouter à cette liste, a-t-elle indiqué.
Le lycée John Fitzgerald Kennedy de Dakar, un établissement d'enseignement secondaire, qui présente la particularité de n'abriter que des jeunes filles, a servi "d'école test" au lancement de ce projet considéré comme une "réelle alternative à l'absence d'électricité". En effet, la première unité photovoltaïque acquise dans le cadre du projet, vient d'être installée dans ce lycée dakarois. Grâce à cet outil qui a coûté environ 4 millions de FCFA (environ 6.667 dollars US), les pensionnaires du lycée Kennedy, tout comme le personnel d'encadrement, ont désormais résolu les problèmes d'alimentation en électricité, auxquels ils étaient confrontés antérieurement. "A chaque fois qu'il y avait un délestage d'électricité, les utilisateurs des ordinateurs étaient automatiquement déconnectés de l'Internet", explique Assane Lô, professeur de sciences et responsable technique de la salle informatique. "Tous ceux qui effectuaient un travail administratif ou de saisie informatique étaient ainsi bloqués", ajoute Lô. Maintenant, ce handicap est devenu un souvenir dans cet établissement scolaire qui compte deux salles informatiques avec une moyenne de 30 micro-ordinateurs. "Dès qu'il y a une coupure de courant, le solaire prend le relais sans que les ordinateurs ne soient affectés", ajoute Lô, soulignant que "cela constitue un avantage indéniable car l'utilisation du solaire permet aussi d'amoindrir le coût de la facture d'électricité de l'école". "L'énergie solaire nous sera très utile, surtout pour approfondir certaines notions étudiées en classe", explique Salimata NDiaye, élève de terminale qui rêve déjà de toutes les possibilités qui leur seront désormais offertes pour leur recherche documentaire. "Désormais, nous pourrons naviguer sans crainte d'être déconnectées par une quelconque coupure d'électricité", dit-elle. Une autre élève, Astou Diop qui est en seconde, "espère qu'il n'y aura plus de restrictions pour l'utilisation des ordinateurs puisque l'école n'aura pratiquement plus à payer beaucoup pour l'électricité".
L'arrivée de "l'énergie solaire" au lycée Kennedy fait aussi des heureux parmi le personnel administratif, notamment les secrétaires qui soulignent "qu'avec les délestages d'électricité, notre travail était constamment perturbé, car le courant sautait à des intervalles réguliers".
En plus, les ordinateurs branchés sur l'énergie solaire ne nécessitent pas d'onduleur avec l'existence des batteries dont chacune a une autonomie de quatre heures et qui jouent le rôle d'onduleurs.
La pérennisation de ce projet doit néanmoins aller de pair avec un suivi régulier et une maintenance de qualité des installations. A cet effet, le ministre de l'Education nationale a suggéré la création d'un module de formation à la maintenance des équipements solaires dans les établissements de formation professionnelle technique du pays.
Dans un pays comme le Sénégal où moins de 25 pour cent des ruraux ont accès à l'électricité, l'énergie solaire renouvelable peut constituer une alternative. Avec près de 3.000 heures d'ensoleillement par an, le Sénégal dispose d'un important atout avec l'utilisation de l'énergie solaire dans le système éducatif. La pose du panneau solaire peut aider à redonner un regain d'activités dans une école qui peut alors initier des cours d'alphabétisation nocturnes pour des adultes, et même d'autres activités ludiques ou éducatives. Le panneau solaire peut aussi permettre de se connecter à Internet et, par conséquent, de désenclaver les villages isolés en mettant en contact les enseignants qui y travaillent avec le reste du monde. Très souvent, ces "enseignants de brousse" rechignent à rejoindre leurs postes d'affectation dans les zones rurales, invoquant notamment l'absence d'électricité. Pour ces enseignants, une connexion à Internet constitue donc un luxe. Même pour être au courant de l'actualité internationale, les "enseignants de brousse" ont l'habitude d'utiliser une télévision branchée sur une batterie d'automobile.
Pourtant, la fourniture suffisante des régions de l'intérieur du pays en courant électrique fait parmi des priorités du gouvernement qui a mis en place, depuis deux ans, une Agence sénégalaise pour l'électrification rurale (ASER). Mais, cette agence tarde encore à connecter les villages du pays au réseau électrique.

