DROITS-COTE D'IVOIRE: Des imams marchent à Abidjan après l'assassinat del'un d'entre eux

ABIDJAN, 15 jan. (IPS) – Une semaine avant la rencontre de Paris, en France, sur la recherche de la paix en Côte d'Ivoire déchirée par une guerre civile depuis le 19 septembre, les imams ont marché le 8 janvier à Abidjan contre les violences dont la communauté musulmane ivoirienne est victime dès le début de la crise.

La marche était consécutive à l'assassinat, deux jours auparavant, de l'un des leurs : l'imam Mahamoud Samassi de la mosquée de la cité Siad Promo, à la Rivierra M'Pouto du quartier résidentiel de Cocody, dans la capitale économique ivoirienne. L'imam Samassi, la cinquantaine, a été abattu le 6 janvier en pleine journée vers 13 heures GMT par quatre individus armés devant son domicile, qui ont ouvert le feu sur lui à bout portant. Des témoignages concordants indexent des éléments des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire comme auteurs du crime. "Ce sont des hommes en tenue militaire qui l'ont abattu", affirment de façon unanime les voisins de l'imam dans le quartier du Lycée technique à Cocody.

La police a ouvert une enquête pour déterminer le mobile du meurtre de l'imam Samassi qui est également professeur de mathématiques au Lycée moderne de Treichville, un quartier populaire d'Abidjan. Selon son entourage, l'imam Samassi "est connu pour son franc parler et ne portait pas de gant pendant ses sermons".

"Pour une fois, nous faisons entorse au devoir de silence qu'impose la mort d'un croyant. Celle de l'imam Mahmoud Samassi nous interpelle particulièrement, parce qu'elle confirme une réalité que vit notre communauté depuis de longues années", a déclaré l'imam I. Koudous, président du Conseil supérieur des imams de Côte d'ivoire (COSIM). "En particulier depuis octobre 2000, la communauté musulmane est l'objet de dures épreuves : exactions de toutes sortes, enlèvements, disparitions de fidèles, d'imams et maintenant assassinats", dit-il.

Selon le président du COSIM, "la mort violente de l'imam Mahmoud Samassi montre à quel point les guides religieux musulmans sont dans l'œil du cyclone". Il s'est indigné également "des perquisitions sans succès des mosquées d'Abidjan, San-Pedro, Divo, Gagnoa, ainsi que des domiciles de fidèles et d'imams".

"Désormais, l'étau se resserre davantage sur notre religion. Trop, c'est trop! L'Etat républicain a un devoir de protection de tous les citoyens, et singulièrement de tous les guides religieux, quelle que soit leur confession", a ajouté l'imam Koudous.

Le 18 octobre, deux personnes avaient trouvé la mort dans un cimetière musulman de Williamsville, une commune d'Abidjan, lorsque des hommes en treillis ont surgi et tiré des coups de feu dans une foule de gens venus enterrer une femme. Dans le même mois, plus de vingt fidèles musulmans avaient été également abattus devant leur mosquée à Daloa, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. Mais, dans les deux cas, comme dans d'autres, le ministère de la Défense a diffusé des communiqués, affirmant que ces exactions n'étaient pas toujours commises par des forces de sécurité publique. A Abidjan, des gens, autres que les musulmans, vivent avec la peur au ventre. Un escadron de la mort n'hésite plus à enlever des personnes de leurs domiciles, et dont les corps criblés de balles sont découverts très souvent dans les quartiers périphériques de la capitale économique. Les cas les plus marquants ont été ceux du Dr Dakoury Tabley, médecin et frère de Benoît Dakoury Tabley, délégué aux relations extérieures du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), premier mouvement rebelle ivoirien qui occupe le nord du pays. Ensuite, il y a eu les cas de Bernard Téhé, leader du Parti ivoirien pour la démocratie (PID) et de deux responsables de la jeunesse de l'Union pour la démocratie et la paix en Côte d'Ivoire (UDPCI) du général Robert Guéi, ancien président putschiste (décembre 1999-octobre 2000), tué lui aussi, dès les premières heures de crise, le 19 septembre 2002.

Par ailleurs, plusieurs charniers ont été découverts dans les zones de combat, notamment à Bouaké (centre du pays) et à Monokozohi, dans la région de Vavoua, et plus récemment à Man, dans l'ouest. Pendant ce temps, les nouveaux rebelles de l'ouest continuent de faire leur progression vers le sud. Le Mouvement populaire ivoirien du grand ouest (MPIGO) et le Mouvement pour la justice et la paix (MJP), apparus fin-novembre à Man et Danané (600 kilomètres à l'ouest d'Abidjan et à la frontière avec le Libéria), tentent d'occuper toute la région ouest de la Côte d'Ivoire.

Les rebelles de l'ouest affirment qu'ils sont à moins de 100 km de San-Pedro, second port du pays par où transite plus de la moitié du cacao ivoirien pour l'exportation. "Nous ne sommes pas concernés par le cessez-le-feu signé par nos amis du nord (MPCI) et le gouvernement. Notre objectif est unique : le départ de Laurent Gbagbo du pouvoir", ne cesse de marteler le sergent Félix Doh, chef des opérations du MPIGO. Les deux mouvements ont cependant signé un accord de cessation des hostilités avec le gouvernement ivoirien, lundi à Lomé, au Togo, sous les auspices de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO). L'armée régulière, qui est censée faire opposition à cette avancée des rebelles, a plutôt montré son incapacité à surmonter ses querelles internes.

Et dans leur édition du 7 janvier, les principaux journaux proches du pouvoir à Abidjan ont accusé le chef d'état major des armées, le général Mathias Doué, de vouloir renverser le régime. Le général Doué a réfuté ces allégations non fondées, indiquant qu'il n'est pas un traître.