OUAGADOUGOU, 28 déc. (IPS) – Les autorités du Burkina Faso ont décidé d'importer davantage de l'énergie électrique de la Côte d'Ivoire voisine, pour faire face à une demande croissante de courant électrique que ses installations nationales n'arrivent pas à satisfaire. Une ligne de haute tension transportant 225.000 volts va relier la ville de Ferkessédougou, dans le nord de la Côte d'Ivoire, à Ouagadougou d'ici à 2005.
Cette ligne permettra d'importer 90 mégawatts (MW) d'énergie électrique pour la capitale burkinabè dont les besoins sont estimés à 70 MW.
L'énergie produite actuellement à Ouagadougou varie entre 50 et 60 MW. Depuis 2001, la ville de Bobo-Dioulasso, la capitale économique du Burkina Faso, est entièrement desservie par l'énergie électrique venant de Côte d'Ivoire.
"Cette ligne vise à sécuriser l'alimentation de la ville de Ouagadougou pour un long terme", estime Narcisse Sawadogo, directeur des Etudes, de la planification et de l'équipement de la Société nationale burkinabè d'électricité (SONABEL). Selon la SONABEL, la demande en énergie électrique de Ouagadougou croît de 7 pour cent par an.
"Ce projet est d'une grande importance pour le Burkina Faso parce que vous savez qu'au niveau de Ouagadougou, depuis un certain temps, dès qu'on approche la saison chaude – entre avril et juin – c'est la croix et la bannière pour la clientèle, la SONABEL et le pays", explique Sawadogo à IPS.
Depuis plusieurs années, le Burkina Faso fait face régulièrement à des délestages en période chaude en raison du manque d'eau dans les barrages devant produire 34,64 pour cent des besoins d'énergie. Pays sahélien, le Burkina subit les contre-coups des aléas climatiques. Certaines régions reçoivent moins de 200 mm d'eau de pluie par an.
Le Burkina Faso a développé, en premier lieu, l'énergie d'origine thermique, avec des groupes diesels, en raison de sa position géographique, mais face aux coûts de production et aux prix de revient très élevés, le gouvernement a opté, ces dernières années, pour des négociations avec les pays limitrophes comme le Ghana et la Côte d'Ivoire en vue des interconnections des réseaux électriques.
"Au niveau des capacités thermiques, les infrastructures sont obsolètes et demandent beaucoup d'entretien", souligne Sawadogo. La SONABEL espère, par ailleurs, réduire le coût de production actuel très élevé en raison des fluctuations des cours des intrants sur le marché international. Le prix de revient du kilowatt/heure (KW/H) du courant électrique au Burkina reste l'un des plus élevés de la sous région. Depuis 1994, il tourne autour de 93 francs CFA (environ 14 cents US). Les 85 pour cent de l'énergie électrique produite au Burkina Faso sont d'origine thermique.
Selon la SONABEL, les combustibles et les lubrifiants représentent en moyenne 71 pour cent du coût de la production thermique, pour une valeur de 38 FCFA (environ 058 cents US) le KW/H, le prix du carburant subventionné.
"Notre souci, c'est d'abord de sécuriser l'alimentation de Ouagadougou, parce que sans électricité, pas de développement économique et social", indique Sawadogo.
L'importation de l'énergie à partir de la Côte d'Ivoire s'inscrit dans le cadre stratégique de la lutte contre la pauvreté. "L'électricité est un facteur porteur de développement. Pour le Burkina, le coût de cette denrée constitue un frein à son développement", estime Kader Cissé, ministre de l'Energie, des Mines et des Carrières.
Selon Cissé, l'interconnexion entre Ferkessédougou et Bobo-Dioulasso est un outil d'intérêt communautaire. Le taux de pénétration de l'électricité au Burkina est de 50 pour cent dans les huit principales ville du pays et se situe entre 15 et 20 pour cent dans la quarantaine d'autres cités desservies. Or selon le ministre, "le fort taux de croissance de la demande (7 pour cent par an) est un signe de regain de dynamisme économique".
Toues les zones rurales traversées par la ligne de haute tension, jusqu'à un rayon de 100 kilomètres, vont ainsi bénéficier de l'électricité, selon les autorités qui minimisent, par ailleurs, le "coût environnemental" de l'opération.
Selon des études de la SONABEL, "aucun parc n'est traversé, ni une forêt classée, si ce n'est un passage à la lisière de certaines forêts" en raison de la ligne électrique. Seule une centaine de cases traditionnelles devront être déplacées, affirme la SONABEL.
Les bailleurs de fonds, réunis récemment à Ouagadougou, ont accepté de financer le projet qui coûtera 56 milliards de FCFA (environ 86,153 millions de dollars US). Cependant, les partenaires, que sont la Banque mondiale, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), l'Agence française de développement (AFD) et l'Agence danoise de développement (DANIDA), ont réitéré au gouvernement leur souhait de voir le processus de privatisation de la SONABEL aller plus vite pour, disent-ils, la rendre plus efficace.
"Le processus de réforme institutionnelle de la SONABEL est déjà engagé et pourrait être prêt en 2004, mais le souci du gouvernement est d'aller lentement, mais sûrement dans le processus pour éviter de tomber dans les travers connus ailleurs", a indiqué à IPS le ministre des Finances et du Budget, Jean Baptiste Compaoré. Selon le ministre, la lenteur apparente, qui préoccupe tant les partenaires par rapport à ce dossier de privatisation, n'est donc qu'une "démarche de prudence". Les syndicats burkinabè s'étaient déjà élevés contre la privatisation des sociétés nationales d'électricité d'eau et de téléphone qu'ils considèrent comme un "bradage du patrimoine national".

