HARARE, 27 déc. (IPS) – Loveness Phelimon, 24 ans, a abandonné les classes aussitôt après avoir fini ses études primaires à Harare, la capitale du Zimbabwe.
"Mon père a choisi d'envoyer mon jeune frère à l'école, je n'ai donc pas eu l'occasion de continuer jusqu'en sixième, quoique j'eusse bien aimé le faire si on m'avait donné une chance", affirme Phelimon.
Comme plusieurs autres filles, Phelimon a dû ouvrir la voie pour son frère pour qu'il puisse rester à l'école.
Faith Kambarami, une spécialiste des sciences humaines, basée à Harare, impute la discrimination – à l'égard de la fille – à la culture traditionnelle du Zimbabwe.
"Notre culture supprime les droits des femmes et des filles. Tout le monde sait que la place de la fille ou de la femme, est à la maison et à la cuisine. Ceci est beaucoup plus évident dans les zones rurales que dans les villes où les parents commencent par prendre conscience de la nécessité d'envoyer leurs enfants à l'école", affirme Kambarami.
Des statistiques d'une école à Harare montrent que huit filles ont abandonné les classes en 2000, dix en 2001 et trois en 2002. A l'opposé, le taux d'abandon pour les garçons était seulement de un en 2000, et de deux en 2001. Aucun garçon n'a abandonné en 2002.
Le directeur adjoint de l'école, qui a requis l'anonymat, attribue l'abandon à une augmentation de la pauvreté et des orphelins du VIH/SIDA, dont le nombre s'élevait à environ 700.000. La tendance est plus prononcée dans des classes de niveau supérieur au cours primaire, souligne-t-il.
"Les parents n'ont pas les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école à cause du climat économique actuel", poursuit-il.
Près de 75 pour cent de la population du Zimbabwe, avec un taux d'inflation de 135 pour cent, vit en dessous du seuil de pauvreté qui est de un dollar US par jour.
"Un autre sujet de grande inquiétude reste le rythme auquel les jeunes filles sont en train de tomber enceintes", a ajouté le directeur adjoint.
"Ceci est dû à la pauvreté où les filles font tout pour de l'argent et ce faisant, tombent enceintes".
Au Zimbabwe, une fois qu'une fille tombe enceinte, son nom est immédiatement rayé du registre de l'école, bien qu'elle puisse se ré-inscrire dans toute école autre que celle où elle était tombée enceinte.
Phelimon, qui est maintenant mariée avec trois enfants, dit que le gouvernement devrait mettre en place plus de mesures pour s'assurer que la fille a la chance de compétir à l'école avec ses homologues de sexe masculin.
Le gouvernement zimbabwéen a adopté des mesures pour s'assurer que l'enfant fille a une chance égale dans l'éducation. Au nombre de ces démarches, figurent les mesures de discrimination positive, qui visent à doubler le nombre d'étudiantes entrant dans des institutions d'enseignement supérieur sélectionnées.
L'Université du Zimbabwe, par exemple, spécifie une limite pour les étudiantes filles intégrant l'institution. En 1995, la limite était de deux points académiques en dessous de ceux exigés pour les étudiants.
Selon Kambarami, ces efforts encouragent l'élévation des femmes et ont contribué à faire baisser le nombre d'abandons scolaires.
Le taux d'abandon pour les filles au Zimbabwe est de sept pour cent et la tendance est plus répandue dans les lycées.
"De tels programmes connus comme mesures de discrimination positive et Module d'assistance à l'éducation de base (BEAM) ont contribué à réduire le nombre de filles ayant abandonné les cours", fait remarquer Kambarani.
Le BEAM est un programme gouvernemental qui vise à aider les enfants, qui ont perdu soit un parent, soit les deux à cause du VIH/SIDA.
Le Zimbabwe, avec une population de 14,5 millions d'habitants, a un taux d'alphabétisation estimée à 80 pour cent, l'un des plus élevés en Afrique subsaharienne.

