DEVELOPPEMENT: Les Nations Unies approuvent le nouveau plan de relance del'Afrique

NATIONS UNIES, 17 sept (IPS) – L'Assemblée générale des Nations Unies de 190 membres a officiellement approuvé lundi une nouvelle initiative pour reconstruire et relancer l'un des continents les plus touchés par la crise et les plus ravagés par la guerre : l'Afrique.

"Je suis heureux de me joindre à vous pour cette importante réunion consacrée à l'étude des voies et moyens par lesquels la communauté internationale peut soutenir le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD)", a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, à une réunion spéciale de l'Assemblée générale.

Plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement africains, arrivés à New York la semaine dernière pour l'ouverture de la 57ème session de l'Assemblée générale, ont pris la parole à la réunion d'une journée, spécifiquement consacrée à l'Afrique. Le président sud-africain Thabo Mbeki a indiqué qu'à travers le NEPAD, l'Afrique pourrait créer une nouvelle voie vers la prospérité.

"Ce qui avait entravé le développement de l'Afrique dans le passé était l'absence de ressources pour faciliter la réalisation de ses objectifs de développement", a affirmé Mbeki.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a souligné que le NEPAD reflétait la détermination du continent à lancer une nouvelle voie de développement dont les objectifs étaient conçus par les Africains.

"L'Afrique était de plus en plus marginalisée au sein de l'économie mondiale à cause de ses conflits, de l'extension et de l'aggravation de la pauvreté, du VIH/SIDA, du paludisme et de la tuberculose", a-t-il poursuivi.

"Il devient alors nécessaire de sortir des sentiers battus, et d'identifier une nouvelle approche, avec de nouveaux principes, bases et objectifs, et de nouvelles étapes de mise en œuvre".

Le NEPAD vise à obtenir 7,0 pour cent de croissance annuelle, pour que l'Afrique puisse atteindre l'un des objectifs fixés par le Sommet du millénaire des Nations Unies en 2000 : réduire de moitié le nombre de pauvres sur le continent d'ici à 2015.

Près de la moitié de la population africaine vit actuellement avec moins d'un dollar par jour. Et sur les 49 pays les moins avancés (PMA), décrits comme les plus pauvres parmi les pauvres du monde, 37 sont africains.

La croissance économique de l'Afrique est estimée à 3,4 pour cent cette année contre 4,3 pour cent en 2001 et 3,5 pour cent en 2000, selon un rapport de l'ONU publié en avril dernier.

Mais on pense généralement qu'on ne pourra atteindre 7,0 pour cent de croissance qu'à travers l'infusion de milliards de dollars dans l'aide au développement, l'accroissement de l'investissement étranger, l'augmentation des prix des matières premières, l'accès sans entrave au marché pour les produits africains et la réduction ou l'annulation des dettes extérieures.

Une résolution adoptée par l'assemblée lundi a accueilli favorablement le NEPAD "comme une initiative conduite, appropriée et gérée par l'Union africaine" et "un sérieux engagement pour répondre aux aspirations du continent". L'assemblée a également demandé que "le système des Nations Unies et la communauté internationale, en particulier les nations donatrices, aident à la mise en œuvre du NEPAD". L'initiative du NEPAD est venue de quatre pays africains – l'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Algérie et le Sénégal – qui ont joué un rôle prépondérant dans la conception du plan d'action.

Le plan, qui a reçu ses bénédictions officielles à une réunion au sommet de l'Union africaine, forte de 53 membres, à Durban, en Afrique du Sud en juillet dernier, a été approuvé par les dirigeants des huit pays les plus industrialisés (G-8) au Canada, en juin.

Les dirigeants africains estiment qu'il faut environ 64 milliards de dollars en aide et en investissements par an pour combattre la pauvreté et la maladie, mais également pour reconstruire le continent africain.

Mais les pays du G-8 – les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, le Canada, le Japon, l'Allemagne, l'Italie et la Russie – n'ont promis qu'environ huit milliards de dollars annuellement, à partir de 2006, pour aider à soutenir le développement économique de l'Afrique.

Le NEPAD a également été décrit comme "sérieusement imparfait" parce que dépendant de cette aide financière, dont la grande partie est assortie de conditions. On a demandé aux nations africaines de s'engager dans un large éventail de réformes économiques et politiques, au nombre desquelles la démocratie multipartite, des élections libres et équitables, le respect des droits de l'Homme, l'élimination de la corruption, la transparence et la responsabilité, l'accès au marché et des économies de libre échange.

Plusieurs organisations non gouvernementales, dont Action Aid et Oxfam, ont critiqué les donateurs occidentaux pour avoir offert "des cacahouètes" en récompense de ces engagements.

"Le NEPAD a joué un rôle décisif pour focaliser la discussion sur l'Afrique, mais au-delà, nous avons de sérieuses préoccupations, dont le fait que le NEPAD a été élaboré à huit clos et ne reflète pas les priorités du continent africain", a déclaré Amboka Wameyo de Action Aid basée à Londres. Le plus fort soutien occidental pour le NEPAD est venu du Premier ministre britannique Tony Blair et du Premier ministre canadien Jean Chrétien.

Chrétien a dit devant l'assemblée lundi que le Canada espère que le NEPAD sera la pièce centrale du programme de l'ONU. Le temps des bavardages est passé, a-t-il souligné, ajoutant que le Canada a déjà pris l'engagement de donner six milliards de dollars pour le développement de l'Afrique.

A partir de janvier 2003, le Canada pourrait supprimer également les tarifs sur les produits en provenance des nations en développement, a déclaré Chrétien.

Mais Blair a déjà exprimé sa déception par rapport au manque de soutien africain pour sa campagne contre le président zimbabwéen Robert Mugabe, qui a été accusé de saisir des terres appartenant aux Blancs, principalement des colons d'origine britannique, et de les donner aux paysans sans terre.

Blair a également accusé Mugabe d'avoir truqué les élections présidentielles et d'avoir suspendu l'Etat de droit – deux éléments qui vont contre les principes de base du NEPAD.

Au Sommet mondial sur le développement durable (SMDD) qui a récemment pris fin en Afrique du Sud, Mugabe s'en était violemment pris à Blair en accusant la Grande-Bretagne de poursuivre sa vieille politique coloniale.

"Blair, tu gardes ta Grande-Bretagne, et je garderai mon Zimbabwe", a déclaré Mugabe au milieu d'applaudissements nourris de certains délégués africains.

Le président nigérian Olusegun Obasanjo a déclaré devant l'Assemblée générale lundi qu'une action urgente était nécessaire pour redresser le développement inéquitable, y compris l'accroissement de l'Aide publique au développement (APD).

"L'Afrique cherche à s'élever elle-même à travers le NEPAD, et espère un plus grand soutien pour le NEPAD de la part de la communauté internationale", a-t-il souligné.

"Une assistance massive" était nécessaire pour combattre les fléaux du VIH/SIDA et d'autres maladies infectieuses sur le continent africain, a ajouté Obasanjo.