JOHANNESBURG, 16 août (IPS) – Les crispations que l'investissement international provoque dans la vie des citoyens des pays pauvres sont résumées dans l'irrésistible description faite par Arundathi Roy des ouvriers indiens peinant au cœur de la nuit pour poser, à la lueur d'une bougie, des câbles pour une société multinationale d'électricité.
La polémique de Roy contre l'illusion selon laquelle la mondialisation engendre le progrès – mieux résumée dans son brillant essai intitulé "Le coût de la vie"- animera probablement en grande partie le débat qui aura lieu au Sommet mondial sur un développement durable (SMDD) prévu ce mois à Johannesburg en Afrique du Sud.
Mais paradoxalement, la simple force et la précision de sa prose, une critique accablante des alliances infâmes entre des gouvernements et des multinationales dans les pays en développement, pourraient également avoir des effets involontaires. Cela pourrait aussi obscurcir la manière dont des milliers de personnes à travers l'Afrique australe ont, malgré les obstacles, réussi à faire marcher l'économie mondiale en leur faveur plutôt que contre elles.
Environ 6.000 personnes à l'extrême nord de la Zambie font vivre leurs familles et protègent certaines des forêts les plus anciennes du continent grâce à l'agriculture et avec des abeilles sauvages produisant une partie du miel le plus pur du monde pour Sainbury's, Waltrose et le Body Shop.
Au Mozambique, l'un des pays les plus pauvres du monde, des personnes vivant dans une forêt reculée appelée Djabula – la Forêt de la joie – essayent de protéger les bosquets sacrés où leurs ancêtres sont enterrés contre une armée de soldats démobilisés surnommés "les ninjas".
Les ninjas viennent la nuit couper des arbres vieux de 300 ans pour l'industrie charbonnière insatiable du pays.
Ils sont inspirés par un sculpteur de Maputo, la capitale du Mozambique, qui encourage les habitants des forêts comme Djabula à ramasser du bois de santal mort, au lieu de couper des arbres vivants, qu'il sculpte en objets d'art qui figurent dans Elle Decor et à New York International Gift Fair (Foire internationale de New York).
De l'autre côté du sous-continent, dans le désert de la Namibie, un groupe de jeunes guides a introduit un des trésors les plus anciens d'Afrique dans l'économie mondiale : il s'agit d'une collection de peintures rupestres vieilles de 3.000 ans et considérées comme les plus riches du monde.
Ils amènent des touristes étrangers et nationaux sur ces sites, et de cette manière, subviennent aux besoins de centaines de familles abandonnées par une mine d'étain qui a fermé il y a 30 ans.
Et dans le delta Okavango du Botswana, de petites communautés de populations rurales appauvries peuvent obtenir jusqu'à 300 dollars US par personne et par an – plus qu'ils n'auraient gagné dans l'économie formelle – en louant leur terre aux promoteurs de pavillons de safari "Big Five".
Des cas semblables, dispersés à travers le continent dans lequel se tiendra le Sommet mondial sur un développement durable, constituent un exemple classique de ce que Hernando de Soto qualifie dans son livre de "Mystères des capitaux".
Par ailleurs, l'Union pour la préservation du monde (UCN) envisage de mettre en lumière de telles entreprises à Johannesburg comme faisant partie de l'effort de la grande organisation de préservation d'alimenter un débat visant à réformer ainsi qu'à combattre la manière dont l'économie mondiale fonctionne.
"L'expression pauvreté internationale amène trop facilement à l'esprit des images de pauvres mendiants dormant sur les rebords de trottoir à Calcutta et d'enfants africains mourant de faim dans le sable. Je n'apprécie pas la caractérisation que font de tels entrepreneurs héroïques en guise de contribution à une solution au problème de pauvreté dans le monde", déclare de Soto.
"Ce n'est pas eux le problème. Ils constituent la solution. Au milieu de leurs propres voisinages et bidonvilles très pauvres, il y a – si ce ne sont pas des hectares de diamant – des milliards de dollars prêts à être utilisés, si seulement on peut éclaircir le mystère de la manière dont les avoirs sont transformés en capitaux productifs".
La branche sud-africaine de l'IUCN dirige une campagne importante au sommet pour mettre en lumière la manière dont des entreprises peuvent entrer en concurrence dans un système mondial en utilisant leur savoir-faire traditionnel et leur environnement naturel dans la simplicité et parfois avec douceur.
"Des entrepreneurs à travers le monde – exclus du courant dominant pour des raisons historiques, géographiques, culturelles ou économiques – ont pris sur eux de créer leurs propres moyens d'existence. A cette échelle mondiale, cette "autre marche bien", indique une brochure publiée à temps par l'IUCN et la Fondation WK Kellog pour le Sommet mondial de Johannesburg.
Alors que l'œuvre incisive de Roy, peut-être la plus célèbre et la plus persuasive des militants anti-mondialisation, se focalise sur les accords entre des gouvernements corrompus et des multinationales sans scrupules, les projets de l'IUCN démontrent la souplesse des gens ordinaires et la possibilité de travailler au sein d'un système pour combattre afin de faire profiter les pauvres.
"L'économie mondiale dans laquelle on espère que ces entreprises prospéreront, est caractérisée par des distorsions et des inégalités qui constituent une menace à leur potentiel commercial mondial malgré les chances qu'une économie mondiale prétend offrir", affirme Lutske Newton dans un communiqué publié par l'IUCN.
Alors qu'il importe de combattre l'économie mondiale et le régime commercial actuel, l'IUCN croit aussi qu'il est vital d'alimenter et de soutenir les entreprises indigènes comme celles qui opèrent déjà dans les marchés internationaux pour démystifier les images de l'Afrique comme un continent pauvre, improductif et invalide.
Il y a plusieurs façons d'y parvenir, affirme Newton. Mais le sommet apportera une contribution massive aux efforts des "entreprises héroïques" comme ceux qui sont exhibés par l'IUCN, s'il décide qu'une libéralisation ultérieure du commerce doit contribuer au développement durable, conduire à un meilleur accès des (populations des) pays en développement aux marchés internationaux, à la réduction ou à la suppression des subventions paralysant le commerce".

