COTE D'IVOIRE-DROITS DE L'HOMME: Vers une loi contre les mutilations feminines.

ABIDJA, 21 avril (IPS) – Les deputes ivoiriens ont reconnu la
necessite
de mettre en place une legislation contre la pratique des
mutilations
sexuelles. Les associations de femmes crient deja victoire.

Au cours d'un seminaire – atelier consacre a la sensibilisation
des
deputes en vue d'une future loi contre les mutilations sexuelles,
les
representants des ivoiriens ont emis le souhait d'adopter une loi
contre le
phenomene qui prend de plus en plus de l'ampleur dans les m?urs du
pays.
"Degout et horreur. C'est ce que je retiens des informations que
j'ai
recues a ce seminaire", affirme Paulin Gode, depute d'une petite
circonscription electorale du centre-ouest de la Cote d'Ivoire.
Le seminaire organise a Abidjan du 18 au 20 mars dernier par le
ministere
ivoirien de la famille et de la promotion de la femme, en
collaboration
avec le PNUD a permis aux deputes de d'apprendre aupres des
medecins, des
juristes et des associations des femmes, les consequences de
cette pratique
chez les femmes.
" La femme mutilee subie des hemorragies graves, une douleur
importante,
une retention des urines qui est une cause d'infection du sang,
sans
compter les risques de contamination par le VIH-sida",
expliquait le
professeur Marcellin Bohoussou a son auditoire parlementaire.
" La femme mutilee connait une infection de l'uterus et, des
kystes se
developpant, peuvent boucher son orifice vaginal. L'expulsion
chez une
telle femme en situation d'accouchement se prolonge et le bebe,
etouffe,
fini par mourir. La femme trouve souvent la mort si elle force la
poussee",
poursuit le professeur encourage par l'air choque de ces
auditeurs.
Selon le docteur Blanche Tati Pango, pedologue et specialiste en
questions
de mutilations sexuelles, 40 a 60% des filles sont menacees de
mutilations
genitales en Cote d'Ivoire. La pedologue attribue a l'existence
de cette
pratique trois grandes explications.
" Au plan social, la mutilation genitale permet a la jeune fille,
chez
certains peuples, d'acquerir son statut de femme. Au plan
culturel, cette
pratique entre dans le cadre d'une tradition a laquelle ses
adeptes sont
attaches. Les autres causes sont d'ordre esthetique et
mystique", soutient
Blanche Tati Pango.
On observe trois formes de mutilations genitales en Cote
d'Ivoire. La
premiere forme, la plus repandue (60% des cas selon le Pr.
Bohoussou),
consiste en l'excision du clitoris, plus une partie des petites
levres du
vagin. La deuxieme forme, la circoncision ou sunna (24%), est
l'ablation
du clitoris de la jeune fille. Enfin, la derniere forme (10%),
consiste en
derniere forme (10%), consiste en
l'excision du clitoris et de la totalite des petites levres.
" Des formes combinatoires existent a partir des methodes de
mutilations
genitales feminines ainsi decrites", affirme le Pr.Bohoussou.
Par ailleurs, toutes les etudes consacrees a la question montrent
que ce
sont les regions Nord de la Cote d'Ivoire, fortement islamisees
ou de
l'Ouest ivoirien (partiellement islamisees) qui sont les plus
touchees. Mais
pour l'Imam El Hadj Cisse Djiguiba, influente personnalite
musulmane en
Cote d'Ivoire, " l'islam ne cautionne pas l'excision
contrairement a ce
que l'on pense.
"Les mythes et les tabous de cette pratique existaient deja
avant le
Prophete… Ce sont les hommes qui les ont inities pour controler
leurs
epouses", affirme l'imam.
Malgre l'ampleur du phenomene, aucune loi n'existe pour
reprimer les
auteurs de mutilations genitales feminines. Selon Mme Offoumou
Kaudjis,
avocate a la Cour, le code penal ivoirien se contente de reprimer
plutot les
scarifications, les dents taillees ou limees, les violences et
voies de
faits sur les mineurs et les malades mentaux, la castration et la
sterilisation qui ne sont que les consequences de la
mutilation. Or,
soutient Offoumou, ce qu'il faut reprimander " ce n'est pas la
consequence
d'une infraction mais l'infraction elle-meme".
Bien que prudents, les deputes ivoiriens semblent prets a repondre
a cet appel.
"Voter la loi contre les mutilations est peut-etre urgent, mais
son
application devra commencer moins par les sanctions que par les
campagnes
de sensibilisation", indique Auguste Miremont, ancien ministre
ivoirien,
deputee de Bin Houye (Ouest de la Cote 'Ivoire).
"L'excision est profondement encree dans les m?urs. Les
exciseuses sont de
veritables pretresses regroupees au sein des societes secretes.
Dans ces
cas, il sera difficile de faire cesser ces pratiques a partir des
seuls
textes de loi. Il faut une campagne hardie d'information,
d'education et de
communication (IEC)", affirme Paul Bohe Monsio, deepute de
Duekoue
dans l'ouest du pays.
Quoiqu'il en soit, les associations de defense des droits de la
femmes se
frottent les mains.
" Nous avons ete enfin entendues. Car, depuis plus de trois ans,
nous avons
parcouru de nombreuses regions pour sensibiliser tout le monde sur
ces
pratiques barbares et nefastes", a declare Constance Yahi,
president de
l'Association ivoirienne pour la defense des Droits de la femme
(AIDF).
Dans les prochains jours, le ministere ivoirien de la famille et
de la
promotion de la femme deposera devant le Parlement, son projet de
loi
contre les mutilations sexuelles.
Selon un rapport de Amnesty international, certains pays africains
comme le
Ghana, le Burkina Faso, l'Egypte, la Guinee equatoriale et la
Centrafrique
ont deja pris des dispositions legales contre les mutilations
genitales
feminines. La Cote d'Ivoire pourra bientot faire partie de la
liste.