FINANCE-DEVELOPPEMENT: Les Activistes Critiquent Un Projet De Pacte D'investissement

PARIS, 20 oct. (IPS) – Les groupes opposés à un pacte mondial
d'investissement redoublent d'efforts pour empêcher que les
négociations
soient transférées de l'Organisation pour la coopération et le
développement
économique (OCDE) vers l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les détracteurs du projet d'accord multilatéral d'investissement
(AMI)
craignent que si les négociations sont transférées à l'OMC, les
pays en
développement ne soient pas en mesure de résister à la pression
exercée par
les nations riches pour leur faire accepter le pacte.
Ils estiment que le pacte accorderait aux multinationales des
privilèges
illimités et sans précédent au détriment de certains peuples et
nations et
ruinerait les économies de certaines de ces nations.
L'OCDE regroupe les nations les plus industrialisées. Elle tient
une réunion
cette semaine-ci à son siège à Paris pour discuter de l'AMI, six
mois après
que certaines négociations ont été suspendues pour permettre une
évaluation
et une consultation supplémentaire. Les USA sont opposés aux
efforts
d'allégement de l'AMI et ont suspendu effectivement leur
participation
jusqu'à ce que le projet de pacte soit renforcé.
L'OCDE décidera du sort de l'AMI qui devrait, selon elle, rétablir
la
confiance des investisseurs en établissant des règles claires et
transparentes.
"Nous sommes contre la présente discussion de l'AMI au niveau de
l'OCDE",
a protesté Martin Khor du Third World Network.
"Nous sommes davantage contre la discussion de l'AMI au niveau de
l'OMC. Il
y aura un semblant de négociations avec les pays en développement
qui
participeront à la discussion. Mais, l'expérience a montré que
l'OMC n'est
ni démocratique ni transparente".
Le Third World Network fait partie des délégations d'une quinzaine
de pays
qui se sont réunies à Paris depuis la semaine dernière pour
préparer une
campagne internationale destinée à faire pression sur les
gouvernements. Ces
délégations veulent empêcher le transfert des négociations de
l'OCDE à l'OMC
; elles veulent par la suite enterrer complètement ces
négociations.
Elles ont le concours des mouvements sociaux français des sans
abri et des
travailleurs immigrés sans papiers.
"Les mouvements sociaux français ont compris qu'au-delà de
l'exclusion et
de la marginalisation des gens en France, ils doivent chercher les
causes de
leur pauvreté. Des millions de gens sont affectés par des
politiques
néo-libérales", a déclaré Jean Claude Amara de l'ONG Droits
Devant !"
Conformément à l'AMI, les Etats et les gouvernements recevraient
l'interdiction de demander aux investisseurs internationaux ou aux
multinationales d'embaucher des travailleurs locaux, de créer des
sièges
dans leurs zones d'opération, de transférer la technologie et de
limiter le
rapatriement des capitaux et profits étrangers.
De l'avis des auteurs du projet, l'accord a pour objectif
d'assurer que les
investisseurs étrangers et les compagnies étrangères seront
traités de façon
juste par les gouvernements locaux.
Cependant, les opposants rétorquent que cela foulerai pieds la
souveraineté nationale car les compagnies étrangères n'auraient
pas
l'obligation de respecter les législations nationales. Les
problèmes sociaux
et environnementaux pourraient alors être aggravés.
Mark Valianatos du groupe écologique Les Amis de la terre (USA), a
expliqué
le conflit entre l'AMI et la protection de l'environnement.
L'accord
pourrait, selon lui, précipiter le taux déjà alarmant de la
déforestation et
la disparition du reste des forêts vierges du monde.
Pour protéger les forêts, il a fait savoir que les gouvernements
pourraient
trier les compagnies étrangères de bois et ne choisir que celles
qui ont la
capacité de faire des opérations durables.
Toutefois, ces tris seraient une violation des termes de l'AMI.
Les
gouvernements pourraient aussi exiger que le respect des lois
relatives à la
protection de l'environnement local soit observé ou qu'une partie
des
profits soit réinvestie dans la communauté locale. Mais, une telle
exigence
les exposerait aux accusations selon lesquelles ils mettent en
péril les
profits des compagnies étrangères.
Selon l'observatoire de la mondialisation, l'un des chefs de file
des
groupes d'opposition à l'AMI en France, l'accord ne concerne pas
seulement
la protection des investissements productifs dans le domaine de la
manufacture et des services.
Aujourd'hui, les investissements, notamment les flux financiers,
concernent
moins la création des richesses que leur appropriation par
certaines classes
sociales et certains pays.
Un certain nombre de participants à la réunion des groupes
d'opposition à
Paris, ont fait allusion à la crise asiatique actuelle qui a ruiné
les
économies de plusieurs nations en l'espace de quelques mois. Ils
soutiennent
que le tumulte prévalant en Russie et en Amérique latine ne fait
que
souligner les épreuves pouvant découler du néolibéralisme et de la
mondialisation. Ces épreuves seraient encore pires sous l'AMI.
En guise d'exemple, Khor, un délégué de la Malaisie, a expliqué
comment un
"mécanisme retors" a déclenché la crise asiatique. Il a expliqué
comment
un fonds de protection de quatre milliards de dollars, déposés par
des
millionnaires, a permis d'emprunter des bahts thaïlandais dans les
banques.
Les bahts (la monnaie thaïlandaise) ont été ensuite mis en vente
et rachetés
par la banque centrale thaïlandaise pour préserver le taux de
change.
L'achat et la vente du baht thaïlandais se sont poursuivis, les
réserves
étrangères de la banque centrale se sont épuisées et le baht a
perdu la
moitié de sa valeur avant le déclenchement de l'opération
spéculative.
Avant la dévaluation du baht, Khor a précisé que les investisseurs
devaient
20 milliards de dollars. Mais, après la dévaluation, ils ne
devaient plus
que 10 milliards de dollars.
"L'AMI stipule qu'il est impossible d'empêcher l'argent de sortir
d'un
pays. Alors, pourquoi le souhaiterions-nous" ? Il a expliqué que
la
Malaisie a pris certaines mesures pour empêcher que son argent
fasse l'objet
de la spéculation. Mais, toutes ces mesures deviendraient
illégales dans le
cadre de l'AMI.
"A l'OMC, quatre ou cinq pays prennent des décisions et amènent
d'autres
pays à leur obéir", a signalé Khor. Mais, la question n'est pas
simplement
de savoir là où l'AMI devrait être négocié.
"Lation n'est pas de savoir là où vous voulez que votre cancer se
loge, elle n'est pas de savoir si vous préférez l'avoir dans les
poumons,
l'estomac ou le cerveau. Si l'AMI est conclu, la vie de plusieurs
millions
de gens sera condamnée".