ENERGIE-NIGERIA: L'Explosion D'un Oléoduc Révèle L'ampleur De La Pauvreté

LAGO, 21 oct. (IPS) – Les corps carbonisés de plus de 500
personnes ayant
péri au cours d'une exploration pétrolière, suite à l'explosion
d'un oléoduc
le week-end dernier, révèlent l'ampleur de la pauvreté dans le
delta du
Niger, où la plupart du pétrole nigérian est produit.

"La tragédie montre comment les compagnies pétrolières et le
gouvernement
corrompu du Nigeria sont résolus à extraire autant d'argent que
possible de
l'industrie pétrolifère au détriment de la sécurité publique", a
dit cette
semaine Tony Juniper, directeur des Amis de la Terre de Londres,
selon une
grande station de radio européenne.
"Le fait que les gens tâtonnent dans les rues pour obtenir du
carburant
d'un oléoduc explosé montre comment les affreuses richesses
pétrolières du
Nigeria sont toujours contrôlées par un petit nombre de gens, au
lieu de
profiter à la majorité du peuple", a-t-il déclaré.
L'incident s'est produit dimanche dernier à Jesse, une communauté
agricole
pauvre située à 45 kilomètres de Warri où se trouve une raffinerie
qui
produit 125.000 barils de pétrole par jour et fournit du pétrole à
travers
l'oléoduc qui a explosé dans le village.
Les habitants du village, tout comme le reste des populations du
delta du
Niger, gagnent leur vie en cultivant de petites parcelles de terre
sur
lesquelles ils ont été confinés par les compagnies pétrolières
multinationales.
Les populations locales se sont plaintes du fait que le
gouvernement et les
compagnies pétrolières ont refusé d'investir les bénéfices de la
vente du
pétrole dans la communauté.
"Presque aucune compensation n'a été payée aux propriétaires du
sol sous
lequel le pétrole a été découvert et la compagnie pétrolière
faisait tout ce
qui lui plaisait au cours de l'exploration pétrolière", signale
Ledum Mitee
du Mouvement pour la survie du peuple Ogoni (MOSOP).
"Le résultat est que non seulement nos intérêts n'ont pas été
pris en
compte, mais la compagnie a continué à extraire du pétrole et du
gaz de
notre sol sans se soucier le moins du monde de notre
environnement, notre
sécurité et notre existence elle-même".
Mitee, le président intérimaire de MOSOP, explique que les marées
noires
sont dues à l'utilisation des équipements et d'une technologie
vétustes. Ces
équipements qui visent la maximisation des profits ont détruit les
fermes,
les ruisseaux et les petits cours d'eau. "L'un des accidents les
plus
visibles des marées noires a affecté les mangroves dans les
marais".
"La mangrove qui était une source de bois de chauffage et
l'habitat d'une
riche variété de fruits de mer tels que les huîtres, les crabes,
les moules,
n'a pas pu résister à la toxicité du pétrole, et est actuellement
remplacée
par des palmiers inutiles. Le pétrole brut a aussi empoisonné les
berges
boueuses qui abritaient autrefois des gobies, des bigorneaux, des
palourdes
et des crabes", indique-t-il dans un rapport qu'il a récemment
présenté à
un atelier à Harare, la capitale zimbabwéenne.
nséquence, Mitee souligne que les pécheurs Ogonis n'ont ni les
ressources ni l'expérience de la pêche en haute mer et même
lorsqu'ils ont
cette expérience, leurs produits sont trop chers pour concurrencer
avec les
poissons gelés importés qui inondent actuellement le marché et
représentent
une autre source de protéine, a expliqué Mitee.
Les gouvernements successifs du Nigeria ont énormément compté sur
les
recettes du secteur pétrolier, qui rapporte 10 milliards de
dollars
américains par an, et ont cherché à maintenir un contrôle étroit
sur
l'industrie à tous les niveaux.
Le dirigeant du MOSOP, Ken Saro-Wiwa, a défié le gouvernement et
la
compagnie pétrolière Shell, en leur demandant de nettoyer les
déchets
déversés sur le sol ogoni et d'accorder des compensations aux
Ogonis qui
comptent environ 500.000 personnes, alors que le Nigeria a une
population de
100 millions d'habitants. En 1994, Saro-Wiwa et huit autres
responsables
Ogonis ont été arrêtés pour avoir, paraît-il, incité leurs
supporters à
assassiner quatre chefs ogonis. Ils ont été reconnus coupables et
exécutés
en novembre 1995.
Le dirigeant militaire nigérian, le général Abdusalaami Abubakar,
a déclaré
mardi dernier que l'oléoduc qui a explosé dimanche dernier à Jesse
était un
acte de sabotage. Après avoir visité le site de l'explosion,
Abubakar a
déclaré qu'aucune compensation ne serait payée aux parents des
défunts, mais
il a promis que son gouvernement paierait les factures des
survivants dont
les brûlures sont entrain d'être soignées à l'hôpital.
Depuis près d'une décennie, les compagnies pétrolières
multinationales
opérant dans la zone ont dénoncé les attaques dont elles sont
victimes de la
part des communautés locales.
Shell soutient, par exemple, que plus de 28 pour cent des marées
noires
observées dans le delta du Niger où elle opère, sont dus au
sabotage. Des
trous sont pratiqués dans les oléoducs ou bien les stations sont
fermées de
force.
Le gouverneur militaire de la région du delta du Niger, Walter
Feghabo, est
d'accord. "Je conseillerai aux communautés vivant dans les zones
pétrolifères de cesser de commettre des actes de vandalisme contre
les
installations pétrolières", a-t-il assuré, après avoir inspecté
les lieux
de l'accident le week-end dernier.
La cause de l'incident n'a pas encore été établie. Il y a eu des
rapports
contradictoires sur la cause de l'incendie. Selon une certaine
version,
c'est une étincelle de cigarette qui a déclenché l'explosion de
l'oléoduc,
d'après une autre version, c'est le tuyau d'échappement d'une moto
qui a
provoqué l'incendie.
Les corps carbonisés ont été enterrés dans des fosses communes. Il
y avait
aussi une femme dont le bébé mort était toujours attaché à son dos
après
l'accident. Le lieu est rempli des restes de sceaux et de
conteneurs de
toutes formes utilisés pour obtenir du carburant destiné à la
vente.
Le Nigeria qui a été touché par une pénurie aiguë de pétrole, est
le 10ème
plus grand producteur de pétrole dans le monde et le plus
important
producteur de pétrole en Afrique subsaharienne. Il produit
actuellement 90
millions de tonnes de brut par an (soit deux millions de barils
par jour) et
vend la plupart de ce pétrole au marché internation