DROITS-NIGER: Le pays prend conscience des conséquences du mariage précoce

NIAMEY, 1 fév (IPS) – Une étude du Bureau régional du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) pour l'Afrique de l'ouest et du centre, révèle qu'en 2000 au Niger, 44 pour cent des femmes de 20 à 49 ans ont connu leur premier mariage avant l'âge de 15 ans.

Pour la même tranche d'âge, le rapport est de 34 pour cent au Tchad et 21 pour cent au Burkina Faso.

De même, l'Enquête démographique et de santé (EDS), conduite en 1998 au Niger, indique que 47 pour cent de femmes de 25 à 49 ans se sont mariées avant l'âge de 15 ans.

Le Niger enregistre le plus fort taux de mariage précoce en Afrique subsaharienne. Dans la tranche d'âge de 25 à 29 ans, 77 pour cent de femmes sont mariées avant 18 ans. Suivent le Mali et le Burkina Faso, avec respectivement 70 pour cent et 62 pour cent.

Le mariage précoce est défini comme l'union des enfants ou adolescents de moins de 18 ans, sur la base de la définition de l'enfant que donne l'article 1 de la Convention relative aux droits de l'enfant (CDE) des Nations unies.

Le mariage précoce a beaucoup de conséquences sur la santé des jeunes mères.

Selon le Dr Idi Nafiou, gynécologue-obstétricien à la Faculté des sciences de la santé de l'Université de Niamey, les filles mariées en bas âge sont exposées à la frigidité, à l'infertilité, au cancer du col de l'utérus, aux avortements à répétition. "A tous ces problèmes, il faut ajouter les difficultés liées à l'accouchement et leurs corollaires, à savoir les décès maternel et périnatal, le prolapsus ou descente d'organes, l'incontinence urinaire et la fistule", prévient-il. Pour Fatouma Sidi, directrice de la promotion de la femme, "les conséquences psychosociales du mariage précoce sont nombreuses". Selon elle, la fille n'est pas préparée à quitter chez elle pour rejoindre sa belle-famille où l'affection parentale peut lui manquer. "Dès lors, elle se trouve confrontée à un problème d'intégration sociale qui l'amène à adopter des comportements susceptibles de créer une situation de tension et de conflit avec son mari et ses beaux-parents", ajoute Sidi.

Les conséquences de cette situation sont les fugues, le divorce, le rejet et la prostitution de jeunes mariées.

Le mariage précoce a aussi des répercussions sur la scolarisation des jeunes filles. Il est l'une des causes fondamentales de la déperdition scolaire.

Avec 34,14 pour cent, le Niger est un pays qui a le plus faible taux global de scolarisation en Afrique, avec une proportion de filles de l'ordre de 39,35 pour cent. "Au fur et à mesure qu'on avance dans la hiérarchie scolaire, le pourcentage de filles diminue", indique Sadatou Boubacar, directrice de la scolarisation des filles au ministère de l'Education de Base. Selon elle, le Niger enregistre le plus fort taux de déperdition de filles à l'école : ce taux est de 50 pour cent à Niamey, la capitale. "Le mariage confère à la jeune fille un statut d'adulte auquel elle n'est pas préparée et l'empêche de poursuivre sa scolarité, d'autant plus qu'il y a des textes qui confortent malheureusement cette situation", affirme Boubacar.

Au terme d'une enquête dans six pays (Burkina, Niger, Tchad, Gambie, Libéria et Cameroun), il s'est avéré que "le Niger est le seul des pays à exclure définitivement du cycle scolaire secondaire toute fille enceinte", affirme Nafiou. Ce qui, selon lui, est contraire à la Convention de lutte contre toutes les formes de discrimination à l'égard de la femme (CEDEF). Contrairement au Niger, en Gambie, au Libéria et au Tchad, l'exclusion des filles en grossesse est temporaire jusqu'au moment où le constat est fait que l'adolescente peut reprendre ses études dans le même établissement après l'accouchement.

Cependant, souligne Boubacar, une décision du ministère de l'Education datant de février 1975 stipule que "Les jeunes filles inscrites en classe de 3è ou dans le 2è cycle du second degré pourront, en cas de grossesse, reprendre leurs études après la délivrance, si elles n'ont pas contracté mariage".

Malheureusement, déplore-t-elle, ce texte n'est pas appliqué dans les faits, car généralement, la jeune fille qui accouche, qu'elle soit mariée ou non, ne reprend pas ses études. "C'est pour ces raisons que le ministère de l'Education a demandé aux préfets de veiller à ce que les jeunes filles réintègrent leurs classes après accouchement".

Au nombre des solutions aux problèmes engendrés par le mariage précoce, la directrice des droits de l'Homme et de l'action sociale, Amina Abdourahman, préconise la fixation de l'âge du mariage à 18 ans, pour se conformer aux textes internationaux. Le Code civil nigérien dispose que "l'homme avant 18 ans révolus, la femme avant 15 ans révolus, ne peuvent contracter mariage". Selon elle, la fixation de l'âge du mariage des filles à 18 ans doit s'accompagner de sanctions pénales contre les auteurs et complices du mariage précoce, à savoir les parents et les époux des jeunes filles.

Pour Abdourahman, c'est une façon pour le Niger de respecter la CEDEF et la CDE, deux conventions qu'il a ratifiées en 1999.

Le mariage précoce au Niger, comme dans plusieurs africains, se fonde sur les coutumes et les traditions culturelles et religieuses. Le Niger est un pays musulman à 95 pour cent.

L'Association des chefs traditionnels du Niger, les organisations non gouvernementales (ONG), les autorités nigériennes et l'UNICEF se sont engagés à combattre la pratique du mariage précoce qui gagne de l'ampleur dans ce pays d'Afrique de l'ouest.

Cet engagement a été pris à l'issue d'un forum national sur ce sujet, organisé en janvier à Maradi, ville située à 750 kilomètres au nord-est de Niamey. Le secrétaire général de l'Association des chefs traditionnels estime que c'est par des campagnes intenses d'information et de sensibilisation des populations qu'on peut mettre fin au mariage précoce. "Notre association s'engage à sensibiliser les populations dont nous avons la charge sur les méfaits du mariage précoce et nous veillerons à l'application stricte des textes qui réglementent le mariage dans le respect des traditions et coutumes", affirme Amirou Garba Sidikou.