POLITIQUE-ZIMBABWE: Des groupes demandent à l'Occident et au Commonwealthd'agir d'urgence

WASHINGTON, 31 jan (IPS) – Des groupes internationaux de défense des droits de l'Homme invitent les pays occidentaux et le Commonwealth à aller jusqu'au bout avec des sanctions sévères contre le gouvernement du président zimbabwéen Robert Mugabe s'il ne prend pas immédiatement des mesures pour garantir des élections libres et justes les 9 et 10 mars.

Dans une déclaration envoyée mardi au Groupe d'action ministériel du Commonwealth (CMAG) qui s'est réuni à Londres mercredi, Human Rights Watch (HRW) indique que l'adhésion du Zimbabwe au Commonwealth doit être suspendue au prochain sommet des chefs de gouvernement sauf si le gouvernement de Hararé annule les nouvelles restrictions sur l'activité politique et qu'il prend des mesures disciplinaires à l'encontre de la police qui a manqué d'agir contre la violence politique.

Amnesty International a aussi exigé mardi du Zimbabwe qu'il accepte le déploiement immédiat d'observateurs pour les prochaines élections présidentielles et a demandé au CMAG, de même qu'à l'Union européenne (UE) – qui a également exprimé une série d'exigences -, d'insister, dans leurs échanges avec Hararé, que le gouvernement permette la participation d'observateurs locaux du scrutin.

"Les observateurs internationaux et régionaux, même s'ils sont autorisés à entrer au Zimbabwe la semaine prochaine, travailleront mieux aux côtés des observateurs de la société civile locale qui sont expérimentés dans la détection de la fraude électorale", affirme Amnesty. "La promotion et la protection internationales des droits de l'Homme doivent constituer un partenariat entre la société civile zimbabwéenne et la communauté internationale".

Les deux appels viennent au milieu d'une préoccupation croissante ici à Washington et dans d'autres capitales occidentales et selon laquelle Mugabe, qui gouverne le Zimbabwe depuis l'indépendance en 1980, est décidé à se faire réélire par tous les moyens. Mugabe a fait le vœu d'une élection transparente.

Le Commonwealth et l'UE ont menacé d'imposer des sanctions au gouvernement s'il ne crée pas les conditions pour une élection libre et équitable, mais ces menaces semblent jusqu'ici avoir eu peu d'effet. La répression de l'opposition semble s'être accrue.

"Il y a trop d'aboiement et trop peu de morsure dans l'affaire du Zimbabwe", selon John Prendergast, co-directeur Afrique du Groupe international de crise (ICG) basé à Bruxelles.

"Si des mesures significatives ne sont pas prises maintenant, le pouvoir en place à Hararé continuera de croire qu'il peut agir en toute impunité", poursuit Prendergast qui a fait office de conseiller pour l'Afrique auprès du Conseil national de sécurité sous l'ancien président américain Bill Clinton.

Si Mugabe déclare sa victoire dans des élections estimées injustes par les Zimbabwéens et les observateurs internationaux, a averti l'ICG dans un rapport la semaine dernière, le résultat pourrait être une "déstabilisation massive qui affectera immanquablement toute l'Afrique australe".

Lundi, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont fixé au 3 février le dernier délai pour que Hararé accorde un accès total au Zimbabwe ou qu'il soit confronté à des sanctions dirigées contre 20 hauts responsables zimbabwéens dont Mugabe et sa famille. Parmi les sanctions, il y aura probablement une interdiction de voyage, un gel des avoirs et un embargo sur les armes.

Les Etats-Unis imposeront probablement les mêmes sanctions ou des sanctions très similaires, selon des responsables du département d'Etat qui indiquent que Washington – qui a dépêché un haut responsable à Hararé pour évaluer la situation au début de ce mois – est devenu de plus en plus exaspéré par ce qu'il considère comme l'intransigeance de Mugabe.

Londres et Washington sont tous deux en train d'œuvrer, ces dernières semaines, pour identifier les avoirs de Mugabe et de ses partisans les plus fidèles gardés hors du Zimbabwe, qui pourraient être gelés, selon les responsables américains.

En septembre dernier, le CMAG, qui contrôle les pratiques démocratiques des Etats membres du Commonwealth, a négocié un accord à Abuja, la capitale du Nigeria, avec le gouvernement de Hararé sur une série de mesures destinées à réduire les tensions et la violence politique dans la phase préparatoire des élections.

L'accord spécifiait que le gouvernement mettrait fin à la saisie et à l'occupation illégale des fermes et se conformerait à l'Etat de droit, en échange de quoi la Grande-Bretagne et d'autres "partenaires internationaux" se sont engagés à soutenir le processus de réforme agraire.

HRW a accusé le gouvernement d'avoir manqué d'aller jusqu'au bout de ses promesses. "Des milliers de Zimbabwéens, presque tous des militants présumés de l'opposition, des fermiers ou ouvriers agricoles, sont les victimes de la violence politique et liée à la réforme agraire depuis l'accord d'Abuja", a-t-il affirmé mardi.

A sa réunion mercredi dernier, le CMAG devrait réfléchir pour voir s'il fallait officiellement revoir la conformité du Zimbabwe aussi bien avec l'accord qu'avec les principes fondamentaux du Commonwealth.

Selon HRW, le CMAG doit poser à Hararé une série de conditions à remplir immédiatement s'il veut éviter une suspension à la prochaine réunion des chefs de gouvernement, prévue après les élections du Zimbabwe.

Parmi ces conditions, il doit y avoir le retrait ou l'abrogation des lois qui violent les droits constitutionnels ou limitent l'activité politique non-violente, la notification d'instructions claires à la police pour qu'elle arrête et poursuive en justice tous auteurs de violence, ainsi que des sanctions disciplinaires contre les policiers et les autres agents chargés de faire respecter la loi et qui manquent à leur devoir.

"La cessation immédiate de la violence, suivie de ce minimum de mesures, commencerait à restaurer un environnement dans lequel le débat politique peut avoir lieu librement", déclare HRW.

Amnesty a mis l'accent sur l'importance de s'assurer que tous les groupes indépendants locaux désireux d'observer les élections y sont autorisés. Elle a fait remarquer que les amendements au code électoral devenu loi le mois dernier créent le risque que les membres de la société civile zimbabwéenne avec qui Mugabe est d'accord soient les seuls à être autorisés à observer l'élection.

Les nouvelles lois permettent également que ce soit seulement des agents de l'administration sélectionnés qui contrôlent le décompte des voix. Ceci contraste avec les élections législatives de juin 2000 au cours desquelles les observateurs ont joué un rôle fondamental dans la détection des tentatives de fraudes électorales, selon Amnesty.

Le parti de l'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) a gagné plus du tiers des sièges au cours de ces élections, jetant les bases de l'épreuve de force de l'élection présidentielle entre Mugabe et le leader du MDC, Morgan Tsvangirai.

La semaine dernière, selon Amnesty, la police a arrêté environ 25 partisans du MDC à Bulawayo après que les militants du parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) a empêché leur meeting. Un deuxième meeting du MDC a été violemment réprimé dans une banlieue de Hararé par des militants de la ZANU-PF qui auraient été appuyés par la police anti-émeute, affirme Amnesty.