SANTE-TOGO: La campagne de vaccination contre la rougeole sans les femmes aconnu un échec

LOME, 4 fév (IPS) – La campagne nationale de vaccination contre la rougeole, organisée au Togo en décembre et en janvier, a enregistré un échec, les organisations de femmes n'ayant pas été associées à l'opération.

Selon un employé du ministère de la Santé qui a requis l'anonymat, le pourcentage d'enfants vaccinés à l'occasion de la campagne tournerait autour de 47 pour cent, contre un objectif de 95 pour cent. L'opération visait à vacciner environ 2,5 millions enfants de neuf mois à 14 ans dans ce pays d'Afrique de l'ouest. L'opération a été marquée les premiers jours par une grande affluence, mais la suite n'a pas été satisfaisante. D'abord, la période choisie, qui coïncidait avec les fêtes de fin d'année, n'a pas favorisé la campagne de vaccination.

Ensuite, les organisateurs n'ont pas jugé bon d'associer les organisations non gouvernementales (ONG) de femmes. "Et pourtant, elles sont plus proches des femmes et des communautés de base", estime Kafui Kouwonou de l'ONG Femmes droit et développement en Afrique (WILDAF-Togo) basée à Lomé. "Elles peuvent contribuer efficacement à la réussite de cette campagne contre la rougeole". Les associations de femmes regrettent que les autorités sanitaires du Togo ne les aient pas associées à cette campagne de vaccination contre la rougeole.

"Les femmes écoutent bien mieux leurs sœurs que les hommes, c'est pourquoi on doit les mettre au devant de cette campagne pour sa réussite", ajoute Odette Akomatsri, sage-femme au Centre hospitalier universitaire de Lomé, la capitale togolaise.

"Pourquoi ne nous a-t-on pas averties un peu plus tôt avant cette opération?", interroge Ida Teko, une mère de famille.

Aïcha Toulassi, directrice du Centre médico-social de Noukafou, un quartier populaire de Lomé, reconnaît aussi le manque de sensibilisation autour de la campagne. "Elle pourrait être une réussite complète si les femmes, celles-là qui portent les enfants, y étaient plus impliquées". Malgré cela, les équipes de vaccinateurs envoyés dans sa zone, qui est la plus vaste de la capitale, ont bien travaillé, affirme Toulassi. "Nous avons travaillé avec les moyens de bord et nous avons pu avoir 41.053 enfants sur 53.966". Des équipes de vaccination ont été déployées dans les formations sanitaires pour vacciner les enfants qui habitent dans les rayons de cinq kilomètres.

D'autres équipes véhiculées ont opéré entre 10 et 15 km en zone urbaine. La grande partie des vaccinateurs est envoyée dans les villages et hameaux reculés..

Célestine Aïdam, secrétaire générale du Groupe de réflexion et d'action femme, démocratie et développement (GFED) basé à Lomé, estime que les organisateurs de la campagne n'ont pas fait le rapprochement entre la réussite de l'opération et l'association des ONG de promotion de la femme.

"Ils n'ont pas compris cette fois-ci, mais nous espérons qu'ils remédieront à cela la prochaine fois", ajoute-t-elle.

La rougeole est une maladie contagieuse qui affecte les enfants. "C'est une précieuse opportunité offerte pour protéger les enfants, mais pour qu'elle réussisse, il faut nécessairement impliquer les femmes", souligne Estelle Akuégnon, coordinatrice du Centre de recherche d'information et de formation de la femme (CRIFF) basé à Lomé.

La campagne devrait permettre de réduire de 90 pour cent la morbidité due à cette terrible maladie et de 95 pour cent le taux de mortalité chez les enfants qui en souffrent.

"Ainsi dans les quatre années à venir, nous mettrons nos enfants à l'abri de l'épidémie de rougeole", indique le Dr Agbi Tatagan, pédiatre. "Pour atteindre cet objectif, nous devrons vacciner au moins 95 pour cent de nos enfants".

"Il s'agit d'une campagne nationale et nous avons voulu ratisser large en prenant l'âge pédiatrique pour pouvoir donner la chance à tous ces enfants et réduire considérablement les porteurs du virus", déclare le ministre togolais de la Santé, Charles Kondi Agba.

Selon le Dr Koubagnine Takpa, coordinateur de la campagne nationale de vaccination contre la rougeole, lorsque les premiers signes de la maladie apparaissent chez un enfant, cela veut dire qu'il y a au moins 100 enfants autour de cet enfant qui sont déjà contaminés.

Les premiers signes de cette maladie sont des boutons et des plaques rougeâtres sur la peau des patients.

La rougeole est une maladie virale très contagieuse. Elle entraîne des complications graves et parfois la mort des enfants atteints. "Elle provoque des infections respiratoires, des diarrhées, une conjonctivite et des écoulements de nez, et la victime succombe par déshydratation", explique Kondi Agba. Le virus de la rougeole, comme tous les autres virus, est difficile à atteindre. Il s'y ajoute que dans les sociétés traditionnelles, le traitement de la rougeole est l'objet de quelques controverses et contradictions.

"L'enfant a des plaies sur le corps, mais on dit qu'il ne faut surtout pas le laver, l'enfant rougeoleux se déshydrate, mais on interdit de lui donner à boire et vous comprenez les suites fatales pour cet enfant", rapporte le ministre de la Santé. Cette maladie fait des ravages tout le long de l'année au Togo. En 2000, quelque 6.000 cas de rougeole avec une centaine de décès avaient été enregistrés dans les formations sanitaires du pays.

"Il y a une baisse du taux de couverture vaccinale qui, en 1990, était de 62 pour cent et qui est descendu à 43 pour cent en l'an 2000", souligne Takpa. "C'est ce qui fait que nous avons des épidémies chaque année au niveau de chaque district".