ENVIRONNEMENT: Volonté politique – et argent – nécessaires pour gérer les catastrophes

DURBAN, Afrique du Sud, 2 déc (IPS) – La gestion de l'impact de la prolifération des catastrophes dues aux changements climatiques ne sera possible que si de tels efforts sont menés par des communautés locales, déclarent des organisations non gouvernementales œuvrant dans la lutte contre les changements climatiques.

“Nous ne pouvons pas avancer le prétexte de l'argent – ou de son absence – pour ne rien faire. Oui, les pays développés doivent prendre des engagements financiers, mais qu’en sera-t-il s’ils ne le font pas?”, demande Charles Hopkins de l'organisation caritative 'CARE International' en Ethiopie, une organisation humanitaire internationale.

Un accord sur les changements climatiques à Durban, en Afrique du Sud, pourrait encore être un rêve tiré par les cheveux, mais des catastrophes liées aux changements climatiques font déjà des victimes à travers le monde.

Selon un rapport publié par le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l'augmentation de certaines conditions météorologiques et climatiques extrêmes a déjà été observée et d'autres poussées sont prévues au cours du 21ème siècle.

Le Rapport spécial sur la gestion des risques d'événements extrêmes et de catastrophes pour faire progresser l’adaptation aux changements climatiques, évalue le rôle des changements climatiques dans la modification des caractéristiques des événements extrêmes. Il évalue l'expérience avec une gamme variée d'options utilisées par les institutions, les organisations et les communautés pour réduire l'exposition et la vulnérabilité, et améliorer la résistance aux extrêmes climatiques.

S'exprimant lors d'une conférence de presse au cours de la 17ème Conférence des parties des Nations Unies à Durban, le directeur exécutif du GIEC, Dr Kristie Ebi, a souligné que tandis que les pertes économiques totales dues aux catastrophes naturelles pourraient être élevées dans les pays développés, les pertes économiques exprimées par rapport au produit intérieur brut (PIB) pourraient être plus élevées dans les pays en développement.

Ebi affirme que le GIEC commencera bientôt à rencontrer les décideurs politiques et politiciens du monde entier pour les exhorter à prendre des mesures de réduction des catastrophes: “Nous sommes engagés à mener une sensibilisation sur ces événements au cours des prochains mois avec l'espoir que les politiciens et les décideurs politiques seront encouragés à faire progresser l'adaptation aux changements climatiques”.

Selon le rapport du GIEC, les décès dus aux catastrophes naturelles surviennent beaucoup plus dans les pays en développement. Les informations obtenues de 1970 à 2008 par des experts montrent que plus de 95 pour cent des décès dus aux catastrophes naturelles survenaient dans des pays en développement.

Cependant, la plupart des gouvernements n'ont pas mis en place des politiques de réduction des risques de catastrophe. Hopkins estime que les gouvernements, en particulier ceux d'Afrique, doivent prendre des mesures pour protéger les populations et leurs biens.

“Les gens doivent avoir la vraie information parce que les renseignements sur la réduction des catastrophes restent au sommet et les personnes touchées n’en obtiennent même pas souvent”, indique Hopkins.

Le professeur Richard Klein, du 'Stockholm Environment Institute' (Institut de Stockholm pour l'environnement) et un membre du groupe international d'experts, déclare que les gens ne sont pas en réalité obligés de compter sur des accords internationaux.

“Des actions locales développées par les populations ont besoin d’être soutenues, car elles sont les plus vulnérables et sont plus susceptibles de faire des efforts dans les mesures d'adaptation”, explique Klein.

Klein affirme que la gestion des risques marche mieux lorsqu’elle est adaptée aux circonstances locales.

Mais, Nurudeen Adebola Olanrewaju de 'Human and Environmental Development Agenda' (Agenda de développement humain et environnemental), un centre de développement de politiques basé au Nigeria, estime que bien que le rapport parle des situations que les populations vivent déjà, plus d’effort était nécessaire pour mener des actions.

“La gestion des risques nécessite des actions – allant de l'amélioration des infrastructures au renforcement des capacités individuelles et institutionnelles, afin de réduire les risques et de faire face aux catastrophes – qui requièrent de l'argent que les politiciens doivent mettre à disposition”, explique Olanrewaju.

Un rapport séparé publié par le 'African Climate Policy Centre' (Centre africain pour la politique sur le climat – ACPC), le bras technique du programme “Climat pour le développement du programme en Afrique”, basé à la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, indique que sur les 29,2 milliards de dollars promis depuis 2009, seulement entre 2,8 et sept milliards de dollars sont “nouveaux” (c'est-à-dire pas promis auparavant).

Le montant total des fonds qui sont à la fois “nouveaux et additionnels” (c’est-à-dire sur les budgets d'aide) serait moins de deux milliards de dollars. Bien que sur les 30 milliards de dollars promis, 97 pour cent aient été garantis, seulement 45 pour cent ont été “engagés”, 33 pour cent ont été “alloués” et seulement environ sept pour cent ont été “déboursés”.

Ce rapport publié le 30 novembre en marge des négociations sur le climat ici à Durban, indique qu'il y a beaucoup de leçons à tirer de l'actuel système de “financement pour un démarrage rapide”. Ce système, convenu lors de la conférence de Copenhague, était censé fournir 30 milliards de dollars en financement “nouveau et additionnel” aux pays en développement.

En lançant le rapport, Yacob Mulugetta, spécialiste principal de l'énergie et du climat à l’ACPC, a déclaré: “L'expérience, avec les promesses de 'démarrage rapide' et les discussions sur la garantie des 100 milliards de dollars, montre que l'adéquation et la prévisibilité du financement climatique peuvent demeurer très faibles si l'architecture future du financement climatique reflète la pratique actuelle”.