ZIMBABWE: Les parents ne peuvent plus payer les enseignants

BULAWAYO, 21 nov (IPS) – Comme les inquiétudes montent au sujet de la qualité de l'éducation au Zimbabwe, les parents peuvent s'attendre à un prolongement indéfini de la subvention des salaires des enseignants, car le gouvernement à court d'argent a du mal à répondre à la grande masse salariale dans la fonction publique.

Des incitations des enseignants – un montant situé d'habitude entre deux et cinq dollars, qui est mensuellement payé par les parents d’élèves directement aux enseignants – ont été introduites il y a deux ans par le gouvernement pour compléter les salaires des enseignants.

Mais beaucoup de parents déclarent que la situation est devenue insupportable et qu'ils ne peuvent plus contribuer aux salaires des enseignants.

Le secteur de l'éducation au Zimbabwe est assailli par une myriade de problèmes. En plus de la faiblesse des salaires des enseignants, il y a également une pénurie d'enseignants puisque beaucoup ont quitté les écoles publiques en quête de meilleurs salaires dans le secteur de l'enseignement privé. En outre, des milliers d’universités non agréées et fantômes ont poussé à travers le pays.

Bien que le ministre de l'Education, David Coltart, ait qualifié les incitations “d’un mal nécessaire” pour que les enseignants continuent de travailler, des parents comme Davison Phiri estiment que cela “ne peut pas continuer sans fin”.

“Nous voulons que nos enfants aillent à l'école, mais c’est injuste qu’on attende de nous de (compléter les salaires des enseignants) – ce qui est en fait une obligation du gouvernement”, a affirmé Phiri.

“Si le gouvernement n'a pas d'argent, sans doute l'éducation est l'un de ces domaines qui doivent être priorisés avec le peu [qu’il] possède”, a-t-il indiqué.

Coltart a annoncé en septembre que ce projet d'incitation se poursuivrait en dépit des plaintes des syndicats d'enseignants et des parents au sujet du système qui rend l'éducation inaccessible aux pauvres.

Avec ces incitations, les enseignants peuvent gagner jusqu'à 500 dollars par mois, mais il y a des inquiétudes croissantes selon lesquelles ils ne s'acquittent pas pleinement de leurs tâches lorsque les apprenants n’arrivent pas à payer ces primes controversées.

La 'Zimbabwe Teachers Association' (Association des enseignants du Zimbabwe – ZIMTA), pro-gouvernementale, a déclaré que ces incitations doivent être abandonnées.

“Les enseignants se battent aujourd’hui avec les parents à cause de ces incitations”, a souligné le directeur général de la ZIMTA, Sifiso Ndlovu. “Cela ne peut pas être maintenu indéfiniment”.

Les parents paient des sommes d’argent variables conformément aux accords signés entre les parents d’élèves et l’association des enseignants. Les enseignants du primaire reçoivent environ deux dollars par mois par enfant, tandis que ceux du secondaire perçoivent jusqu’à cinq dollars par mois par enfant.

Les salaires des enseignants sont passés cette année de près de 150 dollars par mois à 220 dollars par mois. Mais cela est bien en dessous du seuil de pauvreté du pays de 500 dollars par mois, qui indique le coût de la vie de base pour une famille de cinq personnes.

Les recettes issues de la vente des diamants du pays ont été également englouties dans la question des salaires des enseignants.

Au début de cette année, le président Robert Mugabe a répondu à une menace de grève des syndicats des enseignants au sujet de la faiblesse des salaires en affirmant que le gouvernement avait réuni suffisamment d'argent de la vente de diamants pour satisfaire à ces revendications.

(Le Zimbabwe a repris la vente de ses diamants en août 2010 après l’interdiction des exportations en 2009 au milieu des allégations de violations des droits de l’Hommes dans les mines de Marange du pays.) Toutefois, le ministre des Finances, Tendai Biti, un membre du parti de l’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique, a contesté la déclaration de Mugabe. Ceci prépare le terrain pour une brouille publique de longue haleine parmi les partenaires du gouvernement d’union au sujet des salaires des enseignants.

Toutefois, le 'Progressive Teacher Union of Zimbabwe' (Syndicat des enseignants progressistes du Zimbabwe – PTUZ) insiste en disant que le gouvernement a réuni suffisamment d'argent de ses exportations de diamants pour payer plus d'enseignants.

“Le gouvernement a réuni assez d’argent (de la vente) des diamants et il doit nous donner une partie de cet argent”, a déclaré Tennyson Dube, un enseignant affilié au PTUZ.

“Si les ministres et les législateurs peuvent s'acheter des voitures de luxe, ils doivent aussi avoir assez pour les enseignants”, a indiqué Dube, se référant à la récente annonce indiquant que le ministère des Finances a approuvé un achat de véhicules pour cinq millions de dollars pour les législateurs.

Toutefois, le Fonds monétaire international a exprimé des inquiétudes indiquant que le Zimbabwe ne peut pas supporter une masse salariale énorme dans la fonction publique puisque cela ruinera effectivement tous les efforts vers la reconstruction économique.

En attendant, les parents qui le peuvent ont tourné le dos aux écoles publiques et ont choisi d'envoyer leurs enfants vers les écoles et universités privées et même non agréées.

“Nous sommes conscients que certaines de ces universités ne sont pas agréées, mais au moins ici les enseignants sont dévoués”, a déclaré Mavis Sibanda, dont l'enfant suit les cours dans une salle de loisirs municipale qui a été transformée en une école.

Toutefois, on ne sait pas pendant combien de temps les écoles et universités non agréées vont survivre. Cette année, le gouvernement a fermé des centaines de ces écoles, qui opéraient sans autorisation.

En attendant, l’organisation de défense des droits de l’Homme, 'Amnesty International' a publié un rapport au début du mois d’octobre indiquant que des centaines de milliers d'écoliers se remettent encore des effets de l'opération 'Restore Order' (Rétablir l’ordre) en 2005, une campagne du gouvernement qui a détruit de force les établissements informels et indirectement touché près de 2,4 millions de personnes.

“Les victimes (de l'opération 'Rétablir l'ordre') ont été poussées plus profondément dans la pauvreté alors que priver les gens de l'éducation fait que les jeunes n'ont aucune perspective réelle de sortir de la misère continue”, a déclaré Michelle Kagari, directrice adjointe du programme Afrique de 'Amnesty International'.