MALAWI: Aucun filet de sécurité sociale pour les pauvres

BLANTYRE, 22 nov (IPS) – Dans le village de Mbedza, une communauté rurale reculée dans le sud du Malawi, Fedson Feston fait un doux sourire de bébé et balance ses minuscules bras vers le visage de sa mère. Agé de quatre mois, Fedson est trop petit pour savoir comment il a eu la chance d'être vivant.

Lorsque Manes, sa mère, est entrée en travail, elle et son mari étaient loin de l'hôpital le plus proche. Le couple a trouvé un buisson au bord de la route, et c'est là où Fedson et deux frères – des triplés, s'est-il avéré – sont nés.

L’un, un garçon nommé Ezera, est décédé dans un hôpital le lendemain. Peu après, Fedson et sa sœur, Mandaliza, sont sortis de l’hôpital.

Prématurés et encore faibles, ces nouveau-nés avaient besoin de soins spéciaux; Manes s’est rappelée ce que les médecins lui disaient. “Les enfants devaient être toujours bandés au ventre et placés dans un endroit chaud tout le temps”, a-t-elle dit.

Mais c’était l’hiver et cela s’est révélé difficile.

Ils sont une famille extrêmement pauvre, et le mari de Manes était toujours absent, à la recherche du travail. En outre, le couple avait cinq autres jeunes enfants à entretenir.

Cela n’a pas duré avant que Mandaliza ne meurt.

“La maison dans laquelle nous vivons est une maison de fortune et ne fournit pas assez de chaleur pour les enfants prématurés”, a indiqué Manes. “Je pense que cela a contribué à la perte de l'autre enfant”.

Après que Manes a survécu à leur naissance difficile, la plus petite apparence de quelqu’un de bien portant aurait pu sauver le deuxième enfant.

Quelques centaines du kwacha malawien (environ deux dollars) auraient pu permettre à la famille d’acheter des couvertures supplémentaires et du pétrole lampant, ou même un maigre montant d'assurance chômage aurait pu fournir à la famille une certaine sécurité financière. (Le mari de Manes était un travailleur saisonnier et au chômage lorsque les triplés sont nés).

Mais dans ce petit pays de la région d'Afrique australe, de tels filets de sécurité sociale n'existent pas généralement.

“Pour moi, c'est la raison pour laquelle des femmes comme moi souffrent et atteignent le point où nous [perdons] des enfants qui auraient pu vivre”, s’est plainte Manes.

Cette situation familiale n'est pas un cas isolé. Au Malawi, 74 pour cent de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour, et près d'un enfant sur 10 meurt avant son cinquième anniversaire.

Reflétant l’exclusion radicale d'importants segments de la population de la société en raison de la pauvreté et de l'inégalité, l'Indice Ibrahim de la gouvernance africaine 2010 a récemment remis au Malawi une note épouvantable de deux sur 10.

Il existe une législation visant à protéger les familles des moments difficiles, telle que la 'Employment Act' (Loi sur l'emploi) et le 'Pension Bill' (Projet de loi sur la retraite) récemment modifié.

Toutefois, selon un rapport publié en 2010 par le Bureau international du travail à Genève, 90 pour cent des Malawites – plus de 13 millions de personnes – travaillent hors de l'économie formelle.

Le ministre du Travail, Lucius Kanyumba, a affirmé que le gouvernement a tenté d'amener de telles personnes sous la protection de la loi. L'article 43 de la Loi sur l'emploi fait référence à des avantages sociaux pour les travailleurs saisonniers, a-t-il indiqué. Et un amendement de la loi en 2010 a réduit de 12 mois à trois mois la période d’attente pour le paiement des avantages sociaux pour les longs services rendus.

“C'est la campagne que le gouvernement mène afin de corriger les déséquilibres pour tous les travailleurs au Malawi”, a-t-il expliqué, “que ce soit dans les industries formelle ou informelle”.

Mais les preuves sur le terrain indiquent que ces efforts ne parviennent pas à atteindre les personnes les plus vulnérables qu'ils sont censés aider.

Jonathan Mbenje, 73 ans, est un gardien de nuit. “Pour moi, être en train de travailler à cet âge n'est pas un choix”, a-t-il dit. “Etre gardien, surtout à cet âge, c’est très dangereux”.

Mbenje a affirmé que lorsque son employeur et bien d'autres paient les indemnités de licenciement, les montants sont souvent bien en dessous de ce que la loi prévoit.

“La plupart du temps, ils vous donnent entre (120 et 240 dollars)”, a-t-il précisé, soulignant qu'il s'agit d'une indemnité de licenciement payée une seule fois. “Avec ce genre d'argent, vous ne pouvez pas survivre; d'où je continue de travailler à 73 ans”.

Enock Andaradi, 79 ans, a raconté une histoire similaire. Rencontré en train de fouiller un dépotoir à Blantyre, la ville la plus peuplée du Malawi, Andaradi a expliqué que bien qu'il ait été aussi une fois un agent de sécurité, il est aujourd’hui contraint de vivre des déchets des autres.

Il a dit qu'il n'avait jamais entendu parler d’un service social quelconque fournissant une assistance aux personnes âgées.

Chandiwira Chisi, coordonnateur de la campagne au Malawi pour 'Action Aid', une organisation non gouvernementale basée au Royaume Uni qui se concentre sur la réduction de la pauvreté, a estimé que de telles situations constituent les réalités d'une économie en développement.

“Ils (les travailleurs informels) sont exclus du système d’appui social”, a-t-il déclaré.