MOGADISCIO, 26 oct (IPS) – Lorsque des militants d’Al-Shabaab ont appelé la capitaine de l'équipe nationale féminine de basketball de Somalie, Suweys Ali Jama, et lui ont dit qu'elle avait deux options: être tuée ou arrêter de jouer au basketball, elle a décidé qu’aucune n’était vraiment du tout un choix.
“Je ne mourrai que lorsque ma vie s’arrêtera – personne ne peut me tuer sauf Allah. Je n'arrêterai jamais ma profession pendant que je suis encore vivante”, a déclaré Jama à IPS.
“Maintenant, je suis une joueuse, mais même si je prends ma retraite, j'espère être une entraîneuse – je n’arrêterai le basketball qu’à ma mort”, a indiqué Jama.
Ce groupe militaire qui a des liens avec Al-Qaeda contrôle de grandes parties de la Somalie et a occupé presque la moitié de la capitale du pays, Mogadiscio, jusqu'à son retrait inattendu le 6 août. Toutefois, la présence du groupe dans la ville reste puisque Al-Shabaab a revendiqué la responsabilité d'une attaque sur la capitale le 4 octobre, qui a tué au moins 70 personnes.
Aujourd’hui, Jama et les membres de son équipe ont reçu des menaces de mort de ce groupe militant islamique, qui voit la participation des femmes au sport comme “anti-islamique”.
En août 2006, la 'Somali Islamic Courts Union' (Union des tribunaux islamiques de Somalie – ICU), un groupe de tribunaux de la charia, avait émis une ordonnance interdisant aux femmes somaliennes de pratiquer le sport, qualifiant cela de “patrimoine des anciennes cultures chrétiennes”. A ce moment, l'ICU contrôlait Mogadiscio, mais a perdu le contrôle de la ville en décembre 2006.
Al-Shabaab, qui était l’aile armée de l'ICU, n'a pas changé sa position sur les femmes pratiquant le sport.
Aïcha Mohamed, la vice-capitaine de l'équipe nationale féminine de basketball, a indiqué que les militants l’ont aussi menacée.
“'Vous êtes doublement coupable. D'abord, vous êtes une femme et vous pratiquez le sport, ce que la règle islamique a interdit. Deuxièmement, vous représentez le club militaire qui constitue les marionnettes pour les infidèles. Alors, nous vous ciblons où que vous soyez', des islamistes m'ont prévenue pendant des appels téléphoniques. Mais je suis toujours accrochée à ma profession”, a déclaré Mohamed à IPS.
Mohamed est l'un des membres influents de l'équipe nationale qui appartiennent au club du sport militaire de la Somalie, la 'Horseed'. La mère de Mohamed est un ancien membre de l'équipe nationale féminine et elle pratique le sport depuis son enfance.
Le basketball est le deuxième sport le plus populaire en Somalie après le football et est, en dehors du handball, le seul autre sport que les femmes somaliennes pratiquent. Toutefois, les femmes gagnent de maigres salaires en tant que basketteuses professionnelles.
“Je suis un être humain et j’ai peur, mais je sais que seul Allah peut me tuer”, a indiqué Mohamed, 21 ans, reprenant les sentiments de Jama.
Alors, l'équipe s’entraîne pour les Jeux arabes prévus en décembre au Qatar, à l'intérieur des murs criblés de balles du terrain de basket de l’école de police de Somalie, sécurisée.
Un jour de ciel bleu clair au-dessus, les femmes, vêtues de survêtements et de T-shirts amples et portant des foulards, couraient d'un bout du terrain à un autre au milieu de centaines de policiers.
Quand elles ont fini, elles font la queue pour faire des lancers dans le panier de basket. Toutes les semaines, elles s’entraînent pendant deux heures par jour ici et ne se reposent que les jeudis et vendredis – le week-end musulman.
Dans la soirée, lorsque les femmes quittent la sécurité de la base d’entraînement, elles échangent leur tenue d’entraînement pour la robe et le voile traditionnels islamiques. Elles portent également le litham, un petit morceau de tissu pour se couvrir le visage.
La première équipe féminine nationale de basketball de la Somalie a été formée en 1970 et a participé aux compétitions africaines et régionales pendant des années bien qu'elle n'ait jamais remporté un tournoi, selon le président du Comité national olympique, Aden Hajji Yeberow.
Mais l'interdiction de 2006 sur les femmes pratiquant le sport a stoppé la croissance du basketball féminin dans cette nation d'Afrique orientale, a déclaré le sous-secrétaire général de la Fédération somalienne de basketball, Abdi Abdulle Ahmed.
“L'interdiction islamiste a amené certaines femmes (à quitter le sport), à cause de la peur”, a expliqué Ahmed à IPS.

