NOUAKCHOTT, 27 oct (IPS) – Une feuille de route, avec des réformes constitutionnelles touchant les pouvoirs du Premier ministre, le code électoral, l’accès des femmes aux postes politiques, l'indépendance de la justice, la bonne gouvernance, a été adoptée au terme d’un dialogue entre le pouvoir et quatre partis d’opposition en Mauritanie.
Le document, qui prévoit d’élargir les pouvoirs du Premier ministre et le rendre responsable devant le parlement, comprend aussi l’accès de tous les partis politiques aux médias publics, la criminalisation de l'esclavage et des coups d’Etat, ainsi que la fin des candidatures indépendantes, sauf pour l’élection présidentielle. Les conclusions du dialogue annoncent également un combat contre le nomadisme politique en consacrant l’appartenance des mandats électifs aux partis politiques plutôt qu’aux individus. Une commission a été créée pour étudier sur les modalités d’application de ces réformes. Les quatre partis d’opposition ayant participé au dialogue sont l'Alliance populaire pour le progrès, de Messaoud Ould Bulkheïr; 'El Wiam' de Bodjeil Ould Houmeid; 'Wissal', d’Abdessalam Ould Horma; et 'Hamam', de Mohamed Ould Lekhal; aux côtés de l’Union pour la République (UPR), le parti au pouvoir. Mais, l’accord est boudé par les principales formations de l’opposition – le Rassemblement des forces démocratiques, d’Ahmed Ould Daddah; l’Union des forces du progrès, d’Ould Maouloud; et 'Tawassoul', de Jamil Mansour -, qui ont boycotté le dialogue dont les travaux ont duré un mois. Ils expliquent leur boycott par une «absence de garantie» pour l'application des réformes. Par contre, l’accord a suscité globalement un espoir chez des citoyens par rapport à la stabilité politique et au renforcement de la cohésion sociale. Sur la pertinence de ces réformes, les avis sont partagés. Le chef de l’Etat mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, y voit «une étape décisive dans le renforcement de la démocratie et du développement».
En revanche, le bâtonnier de l’ordre des avocats, Ahmed Salem Bouhoubeini, estime que «ces résultats sont maigres». Pour lui, «criminaliser les putschs n’a pas de sens, car si le coup est réussi, ses auteurs seront aux commandes et, dans le cas contraire, c’est évident qu’ils seront sous le coup du Code pénal». «Elargir les pouvoirs du Premier ministre et le rendre responsable devant le parlement» n’est, selon Bouhoubeini, qu’un moyen de déstabiliser le gouvernement dans ce pays où le clientélisme et le tribalisme influent sur la vie politique.
En outre, cet avocat perçoit l’interdiction des candidatures indépendantes aux autres élections (législatives, sénatoriales et municipales) comme une violation de la loi qui «reconnaît à toute personne le droit de se présenter comme elle veut» à tous les scrutins.
Sidi Saleh, un juriste indépendant, trouve que la valeur des réformes reste tributaire de la volonté du pouvoir de les appliquer.
Au nom des partis ayant boycotté le dialogue, Mamadou Ba, président du Parti pour la liberté, l’égalité et la justice, déclare que «l’introduction de la criminalisation de l'esclavage dans la constitution ne suffit pas pour camoufler l’incapacité du régime ou son refus d'appliquer les lois sanctionnant le crime odieux de l’esclavage et des pratiques qui menacent l'unité nationale». «Les autres amendements constitutionnels n'ont pas d'incidence sur les pouvoirs concentrés dans les mains du président de la République», dit-il, estimant qu’un dialogue sérieux doit déboucher sur des «mesures susceptibles de sortir la Mauritanie du cercle vicieux des régimes autocratiques». Ould Boulkheïr, président de l’Assemblée nationale et qui a coprésidé le dialogue, affirme que les résultats augurent d’un bel avenir pour le pays et dessinent «le beau visage d'une nouvelle Mauritanie démocratique».
Medina Oumar Dia, secrétaire fédérale de l’UPR, indique à IPS que les résultats du dialogue constituent un succès pour tout le peuple et pour la femme en particulier. Elle se félicite notamment des réformes censées faciliter l’accès des femmes aux fonctions politiques. De son côté, Zeinebou Taleb Moussa, présidente d’une ONG intervenant dans le domaine de la santé de la mère, note deux points positifs: l’ancrage de la pratique du dialogue et la revalorisation du quota réservé aux dames pour les postes électifs à travers une liste nationale de 20 femmes députées.
Lidjettou Diarra, présidente d’une ONG pour le bien-être familial, affirme que les femmes ont contribué à la réussite du dialogue par le biais d’un réseau de plaidoyer en faveur de leur implication dans la prise des décisions. «Les femmes vont mener une sensibilisation sur les candidatures féminines en milieu rural», déclare Diarra à IPS, admettant néanmoins que les chefs de tribus et le manque de moyens financiers pourraient hypothéquer cet objectif. Mariem Moud, une journaliste et militante féministe, souligne à IPS que le progrès en Mauritanie dépend du statut de la femme et qu’il est temps de bannir les mentalités rétrogrades reléguant la femme au second plan.
Des analystes estiment que ces réformes pourraient apaiser les tensions dans ce pays fragilisé par une crise politique née du coup d’Etat d’août 2008 qui avait porté au pouvoir le président actuel, même si leur application dépendra aussi en partie de l’attitude de l’aile dure de l’opposition qui n’a pas participé au dialogue.

