MIDRAND, Afrique du Sud, 20 oct (IPS) – Les investissements directs étrangers en Afrique, au cours de la dernière décennie, ont contribué à une croissance économique sensible pour le continent, mais ils ne se sont pas traduits en développement pour sa population, déclarent des dirigeants panafricains.
Les membres du Parlement panafricain (PAP) – l'organe législatif de l'Union africaine (UA) – ont exprimé un bruyant mécontentement par rapport à cette croissance de l'Afrique après un exposé sur l'état de l'union le 4 octobre, la deuxième journée du démarrage des débats du PAP. Le parlement s’est réuni du 3 au 14 octobre, à Midrand, en Afrique du Sud, pour la cinquième Session ordinaire de la deuxième législature.
Ibrahim Mayaki, secrétaire exécutif du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique, un cadre stratégique pour le développement du continent, a présenté le discours sur l'état de l'UA au nom du président de la Commission de l'UA, Jean Ping. Ping était l'un des nombreux dignitaires attendus qui n'ont pas pu participer aux débats.
Lisant le discours de Ping, Mayaki a indiqué que les politiques économiques, qui ont été introduites sur le continent au cours des 10 dernières années, ont abouti à une amélioration de la macroéconomie.
“Cela a facilité l'attraction des investissements directs étrangers et l'Afrique est aujourd'hui une destination de choix. Le maintien de cette croissance a été la conséquence de la mise en œuvre des moyens efficaces de gouvernance et des processus de démocratisation intense”, a déclaré Mayaki.
Toutefois, tous les parlementaires n’ont pas été d'accord avec cela. Loide Kasingo, de la Namibie, a estimé que bien que l'économie puisse être améliorée, elle n'était pas toujours dans l'intérêt de la population.
“Quand il y a investissement, cela ne signifie pas nécessairement l'emploi. Il doit y avoir un changement dans l'ordre économique mondial, où l'Afrique passe de l’état d’exportatrice de produits primaires à l'industrialisation”, a-t-elle souligné.
Mayaki a affirmé que la crise financière internationale a été marquée par une économie virtuelle qui a fonctionné au détriment d'une économie réelle.
“L'Afrique est un continent qui a la plus forte densité de ressources naturelles et de jeunes. Cela rend notre continent idéal pour le développement d'une vraie économie, loin des bouleversements d'une économie virtuelle. La crise peut être une opportunité pour nous et nous devons la voir sous cet angle”.
Il a ajouté que pour que l'Afrique gère ses ressources et développe un capital humain, il doit y avoir des systèmes de gouvernance appropriés fondés sur la transparence et la reddition de comptes.
“Dans 20 ans à compter de maintenant, l'Afrique pèsera lourdement sur la scène internationale. Le PIB (produit intérieur brut) par habitant en Afrique est plus élevé qu’en Inde”.
Mayaki a demandé aux parlementaires d'exhorter leurs gouvernements nationaux à renforcer le financement public dans les secteurs agricoles.
“Le Niger extrait l'uranium depuis 40 ans et est le deuxième – ou troisième – plus grand producteur de l'uranium. Ils continuent de souffrir de l'insécurité alimentaire; l'exploitation minière n'a rien fait pour atténuer la situation agricole”, a-t-il expliqué.
Mayaki, qui a été Premier ministre du Niger de novembre 1997 à janvier 2000, a également exhorté les gouvernements à avoir des politiques publiques plus inclusives.
“Les taux de croissance en Afrique ne sont pas inclusifs. Nous produisons la richesse, mais nous ne la redistribuons pas, d’où les taux d'inégalité. Ceci est une conséquence des politiques publiques, qui ne sont pas assez inclusives”, a-t-il indiqué.
Se référant à l'intervention militaire de l'Organisation du traité Atlantique Nord en Libye contre Mouammar Kadhafi, pour opérer un changement de régime, Kasingo a prévenu contre l'ingérence étrangère en Afrique. Elle a appelé à une meilleure application de la Charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance, et au renforcement des capacités du PAP pour devenir un organe pleinement législatif.
Kasingo n'était pas la seule voix à s'opposer à l'intervention militaire étrangère directe dans cet Etat d’Afrique du nord. Le représentant du PAP pour le Burkina Faso, Marie-Blandine Ouédraogo Sawadogo, a déclaré qu'il était impératif que les dirigeants africains s’unissent sur les questions de conflit les plus pressantes du continent.
“Il y a maintenant un besoin plus grand de rassembler notre énergie intérieure pour concrétiser pleinement les efforts de consolidation de l'unité de notre continent. Nos valeurs communes – une seule Afrique, une seule voix; cela aurait empêché ce qui s’est passé en Libye”, a affirmé Sawadogo.

