LIBERIA: Un ancien chef de guerre soutient Johnson-Sirleaf pour un second mandat

MONROVIA, 19 oct (IPS) – L'ancien chef de guerre, Prince Johnson, qui a terminé troisième au premier tour des élections présidentielles au Libéria, a déclaré son soutien pour la réélection de la présidente Ellen Johnson-Sirleaf, qui a été co-lauréate du Prix Nobel de la paix, seulement quelques jours avant le scrutin.

Les résultats de la 'National Elections Commission' (Commission électorale nationale – NEC), représentant 96,7 pour cent du suffrage total exprimé au premier tour le 11 octobre, donnent Johnson avec 11,8 pour cent à l'échelle nationale. Johnson-Sirleaf est en tête avec 44 pour cent – elle avait besoin de plus de 50 pour cent pour éviter un second tour. Le candidat de l'opposition, Winston Tubman du 'Congress for Democratic Change' (Congrès pour le changement démocratique – CDC), est deuxième avec 32,2 pour cent. Cependant, ces résultats ne sont pas définitifs.

Johnson, le plus célèbre pour avoir supervisé la torture et l'exécution du président Samuel Doe en 1990, a déclaré dans un entretien accordé lundi à une station de radio communautaire, dans son comté natal de Nimba, qu'il soutiendrait Johnson-Sirleaf.

Johnson-Sirleaf, 72 ans, disputera le second tour, prévu le 8 novembre, avec Tubman.

Il reste à voir quel impact le soutien de Johnson aura à Nimba, le deuxième comté le plus peuplé de cette nation d’Afrique de l’ouest. Le 'Unity Party' (Parti de l'unité) de Johnson-Sirleaf a gagné 25,5 pour cent des voix à Nimba au premier tour, tandis que Tubman n’a obtenu que 2,8 pour cent.

Lundi (17 octobre), Johnson a affirmé qu'il croit que ses partisans attendaient qu’il leur dise pour qui voter, se référant à lui-même à plusieurs reprises comme étant un “faiseur de roi”.

La déclaration de son soutien vient au milieu d’une critique de la part de l'opposition sur la manière dont le dépouillement a été fait. Samedi (15 octobre), neuf partis de l'opposition – y compris le CDC et le 'National Union for Democratic Progress' (Union nationale pour le progrès démocratique) de Johnson – avaient dit qu'ils se retireraient des élections en réponse à une “fraude massive” et avaient menacé de ne pas accepter le résultat.

“Nous demandons à tous nos représentants à la NEC de se retirer immédiatement”, avaient déclaré les parties dans un communiqué. “Si le processus se poursuit, nous n'accepterons pas les résultats”.

Depuis lors, Tubman a affirmé qu’il participerait au second tour.

Johnson a indiqué lundi qu’il était convaincu qu’il y avait eu des irrégularités très répandues.

“Il a eu fraude”, a-t-il dit. “Il y a eu trucage. Plusieurs bulletins ont été falsifiés. Nous avons plusieurs feuilles de dépouillement en notre possession qui indiquent clairement que quelque chose a mal tourné”.

La NEC a nié les allégations de fraude, et beaucoup d'observateurs internationaux ont salué le processus de vote.

Le Centre Carter, basé à Atlanta, aux Etats-Unis, a qualifié le scrutin de “pacifique, ordonné, et remarquablement transparent”, dans un communiqué publié le 13 octobre.

“Bien que le processus de compilation des résultats définitifs soit en cours et que les résultats préliminaires n'aient pas été proclamés, le processus électoral à ce jour est un signe positif de l'engagement des Libériens pour le développement démocratique”, indiquait le communiqué.

Le Centre Carter a cité “un certain nombre d’irrégularités procédurales mineures”, mais a déclaré qu'aucune d’elles ne saperait l'intégrité du scrutin. “Les irrégularités observées comprenaient des lieux de vote où le secret du scrutin n'a pas été strictement respecté, des procédures de marquage à l'encre qui n’ont pas fonctionné, et des bulletins de vote mal pliés”, soulignait le communiqué.

Malgré ses inquiétudes exprimées au sujet du processus, Johnson a déclaré que toute violence qui en découlerait serait déplacée.

“Quel que soit ce qui n’aurait pas fonctionné, cela ne doit en aucun cas autoriser aucun d’entre nous d'être si fâché au point de provoquer toute forme d'action qui déstabiliserait la paix dans le pays”, a-t-il déclaré.

Johnson-Sirleaf a prononcé un discours lundi, condamnant les actes criminels mineurs signalés depuis le démarrage du scrutin, notamment la mise à feu samedi matin d'un bureau appartenant à son Parti de l'unité.

Le procureur général de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo, qui était en Côte d'Ivoire voisine pendant le wee-kend, dans le cadre d'une enquête sur les violences post-électorales qui ont suivi le scrutin contesté dans ce pays l'année dernière, avait adressé un avertissement à l’endroit de la classe politique libérienne.

“Mon bureau suit de près les développements liés aux élections, notamment dans des pays voisins comme le Libéria, qui pourraient influencer la stabilisation dans toute la région d’Afrique de l’ouest”, a-t-il déclaré. “Nous porterons une attention particulière aux actions et déclarations de la classe politique, et particulièrement aux candidats à la présidentielle, y compris après les élections. Le recours à la violence ne sera pas toléré”.

Examinant les facteurs qu'il considérait dans sa décision de soutien, Johnson a également soulevé la possibilité de poursuites des crimes de guerre – mais il faisait allusion à ceux couvrant les 14 ans de guerre civile au Libéria, qui a pris fin en 2003 après avoir fait plus de 250.000 morts.

La Commission vérité et réconciliation du Libéria a recommandé en 2009 que le pays crée un tribunal pour juger les crimes de guerre et a cité Johnson parmi ceux qui devraient être poursuivis.

Cette commission a inclus Johnson et Johnson-Sirleaf sur une liste de personnes qui devraient être interdites de politique pendant 30 ans en raison de leurs liens présumés avec des factions belligérantes. Les recommandations de la commission n'ont pas été mises en œuvre, et les interdictions politiques ont été jugées inconstitutionnelles par la Cour suprême du pays.