WINDHOEK, 7 oct (IPS) – Plus de 100 ans après la tentative d'extermination des hommes, femmes et enfants indigènes de la Namibie, 20 des 300 crânes qui avaient été volés pour des recherches raciales sont finalement retournés au pays depuis l'Allemagne.
“A cause de cette guerre, nous avons perdu notre voix en tant que peuple. Lorsque les élections arrivent, les Hereros ne sont plus assez (nombreux) pour faire une différence. C'est ce qu'ils ont fait”, déclare Florah Kaapaa Katjivikua, une jeune femme dans la vingtaine.
Habillée en tenue traditionnelle, avec le couvre-chef typique qui ressemble à des cornes de vaches, qui sont très importantes pour les Hereros, un groupe ethnique en Namibie, elle arpente le tarmac de l'aéroport international Hosea Kutako à Windhoek, la capitale namibienne.
A quelques centaines de mètres d'elle, les restes de ses ancêtres étaient déchargés d'un Airbus A340-300. C'était mardi matin (4 octobre). Derrière elle, plus de 4.000 Hereros et Namas chantaient des chansons de guerre, dansaient, ou tout simplement attendaient patiemment. Les hommes habillés en tenue militaire portaient des banderoles exigeant des réparations.
Les femmes protégeaient leurs yeux du soleil levant, la plupart d'entre elles étaient ici depuis deux heures du matin. Lorsque les caisses contenant les crânes ont été sorties de l'avion, tout à coup, des milliers de personnes ont pris d’assaut l'avion pour rendre leurs hommages.
Bien que ce pays d'Afrique du sud-ouest soit indépendant depuis 21 ans, pour beaucoup, le retour des crânes de leurs ancêtres de chez leurs occupants coloniaux était le jour où le pays a finalement fermé le chapitre colonial de son histoire.
Le 4 octobre 1904, il y a exactement 107 ans mardi, le commandant suprême allemand en Afrique du Sud-Ouest (le nom de la Namibie avant l’indépendance), le général Lothar von Trotha, avait donné son 'Ordre d'extermination' tristement célèbre demandant la destruction totale des Hereros suite à une insurrection contre les saisies des terres par l’Allemagne au début de cette année-là.
Les Hereros qui ont survécu à cette campagne militaire ont été conduits à 'Omaheke', une grande zone désertique frontalière du Botswana où beaucoup étaient morts de soif. Ils ont été abattus à vue ou ont croupi dans des camps de concentration avec des taux de mortalité de plus de 50 pour cent.
Les Namas, un groupe ethnique originaire du sud aride de la Namibie, ont été confrontés à un sort similaire après qu’ils se sont révoltés aussi. Les corps de certaines victimes ont été décapités et les crânes envoyés en Allemagne pour des expériences raciales.
Ce premier génocide des temps modernes a vu 15.000 Hereros sur environ 80.000 partir, avec 10.000 autres vivant dans la diaspora, au Botswana, jusqu'à ce jour. Près de la moitié des 20.000 Namas sont morts aussi. Ces communautés indigènes affirment que leurs décimation est à la base de leur position de marginalisés aujourd'hui.
L'occupation coloniale allemande se reflète encore dans la propriété foncière inégale en Namibie avec des fermiers blancs, dont beaucoup sont d'origine allemande, possédant la plupart des terres arables commerciales.
Après trois ans de négociations, une délégation namibienne a quitté lundi soir l'Allemagne avec 20 des 300 crânes environ conservés dans des universités et centres de recherche en Allemagne.
La remise à Berlin a été marquée par le départ de la ministre d'Etat allemande, Cornelia Pieper, dont le discours a été perturbé par des protestations. Jusqu'ici, l'Allemagne n'a pas présenté des excuses pour le massacre, et elle refuse de payer des réparations. La délégation namibienne a été irritée par son départ.
“Nous sommes ici pour recevoir les crânes de nos ancêtres”, a déclaré à IPS, Hengari Erenfried, pendant qu’il espérait entrevoir les restes précieux. “Ce sont nos grands-parents qui ont été sauvagement assassinés par les Allemands. Les Allemands doivent certainement payer”.
“Nous voulons qu'ils reconnaissent qu'ils ont tué nos gens”, a exigé Katjivikua. “Qu'ils ont profané leurs corps et coupé leurs têtes. Parmi ces crânes, figure un enfant de quatre ans. C'est si douloureux. Les Allemands doivent payer. Pourquoi peuvent-ils payer d’autres tribus qu'ils ont tuées, comme les Juifs? Parce qu'ils sont blancs?” Le lendemain, mercredi (5 octobre), lors d’une commémoration à 'Heroes Acre' près de Windhoek, les foules ont disparu. Quelques centaines d’hommes et de femmes hereros et namas ont été transportés dans des bus pour exprimer leur soutien, mais ils sont de loin dépassés en nombre par les dignitaires et leur entourage voyageant dans des voitures Mercedes noires brillantes et des véhicules sport utilitaires de grosse cylindrée.
Beaucoup de Namas et d’Hereros croient que le gouvernement majoritairement dominé par la tribu wambo ne se soucie pas de leur position de marginalisés.
Au total 18 caisses grises reposent solennellement sur une table, simplement marquées “Herero”. Dans une caisse en verre, deux crânes exposés constituent un rappel morbide de l'horreur d'il y a un siècle.
“Ces restes ont été pris en disgrâce après le génocide perpétré par les puissances coloniales comme la preuve de leur victoire et de leur supériorité”, a affirmé Zepeniah Kameeta, un évêque luthérien. “Avec ce rapatriement, le décor est planté pour que d'autres crânes retournent au pays”.
“Les Allemands n'ont pas seulement anéanti une population, mais ils ont aussi coupé les têtes de petits enfants et les ont envoyées en Allemagne pour des expériences. C'est une violation brutale de la décence commune et un affront à nos valeurs en tant qu'Africains”, a déclaré le président namibien, Hifikepunye Pohamba, dans son allocution.

