AFRIQUE DE L’OUEST: Des actions communes pour sécuriser la frontière ivoirienne

ABIDJAN, 29 sep (IPS) – Les armées de Guinée, du Libéria et de Sierra Leone intensifient, depuis plus d’une semaine, des patrouilles à leurs frontières à l’ouest de la Côte d’Ivoire, où des soldats ivoiriens sont également déployés pour tenter de sécuriser une ligne longue de plus de 1.000 kilomètres.

Cette action commune, dans une zone jugée poreuse au flux de mercenaires, de miliciens et d’armes légères, est menée du côté ivoirien et libérien, avec l’appui des soldats français de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, de la Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et de la Mission de l’ONU au Libéria (MINUL). Sans fournir de chiffres exacts, l’ONUCI avance avoir renforcé ses patrouilles terrestres et aériennes – en moyenne 1.200 par semaine – avec les autres composantes armées participant à cette action commune de surveillance de la frontière.

Selon les forces des Nations Unies et de Licorne, cette opération vise notamment à assurer la sécurité dans cette zone avant les nouvelles échéances électorales au Libéria (présidentielle en octobre 2011) et en Côte d’Ivoire (municipales et législatives en décembre). La frontière ivoiro-libérienne est confrontée depuis un moment à des attaques répétées de personnes en armes. La dernière remonte à la nuit du 15 au 16 septembre 2011, dans les localités de Zriglo et de Nigré où 23 personnes ont trouvé la mort, selon l’état-major de l’armée ivoirienne. Ces attaques ont été attribuées par les autorités ivoiriennes et l’organisation internationale de défense des droits de l’Homme, 'Human Right Watch' (HRW) à des hommes armés, partisans présumés du président déchu en avril 2011, Laurent Gbagbo. Au lendemain de ces attaques, Paul Koffi Koffi, le ministre ivoirien délégué à la Défense, a affirmé à un point de presse, qu’il s’agissait de mercenaires ayant soutenu l’ancien régime, qui étaient à l’origine du drame.

De son côté, HRW a indiqué dans un communiqué daté du 21 septembre: “Des hommes armés, présumés partisans de l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, ont attaqué pour la deuxième fois, en deux mois, une zone proche de la frontière libérienne, tuant hommes, femmes et enfants”. L’ONG a ajouté que “ces groupes armés semblent déterminés à semer le chaos et la destruction dans des communautés qui ont déjà beaucoup souffert de la crise meurtrière qu’a connue la Côte d’Ivoire après les élections”.

“Nous avons envoyé un détachement (1.000 hommes environ de l’armée ivoirienne) dans la zone et l'ONUCI a ajouté des patrouilles pour mettre fin à ces attaques. Il y a donc des patrouilles mixtes menées en permanence le long de la frontière, qui effectuent des ratissages”, a déclaré le ministre délégué à la Défense, le 25 septembre. Koffi Koffi estime que cette action, soutenue par les patrouilles de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone, devrait permettre de mettre la pression et de prendre en tenailles les bandes armées qui sévissent dans la zone. “Nous avons demandé aux forces de procéder à l’arrestation de toute personne en détention illégale d’armes”, ajoute-t-il. Au Libéria, la MINUL affirme qu’elle a renforcé ses patrouilles des gardes frontières déployés depuis maintenant un mois dans la zone, selon un communiqué publié le 21 septembre par l’ONUCI. L’organisation souligne, dans le même communiqué, qu’elle travaille en coordination avec la MINUL et les services de sécurité du Libéria et de la Côte d’Ivoire. Par ailleurs, George Bardue, porte-parole de la police du Libéria, a déclaré le 26 septembre, à la radio internationale 'Vox of Africa', captée à Abidjan, que les services de sécurité libériens ont déployé une force mixte (police, pompiers, agents d’immigration, enquêteurs criminels et agence anti-drogue) pour assurer la sécurité dans le pays en vue de l’élection présidentielle du 11 octobre. Mais, il a ajouté que cette force mixte surveille également les frontières du pays, en particulier celle avec la Côte d’Ivoire afin de prévenir toutes violences postélectorales. «Nos hommes ont été formés pour la mission et elle va être menée avec le plus grand professionnalisme. Nous avons mis en place un code de conduite entre les services de sécurité et les partis politiques pour éviter que la situation déborde», a affirmé Bardue.

“La situation à la frontière ivoiro-libérienne donne beaucoup d’inquiétudes”, déclare Armand Obou Kessié, un ancien gendarme ivoirien et expert en sécurité à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. La plus violente manifestation de la récente crise postélectorale en Côte d’Ivoire, a été ressentie dans cette région où la tension continue, indique-t-il à IPS. “Il est important que soit mise en place une force de sécurisation composée de tous les pays qui partagent la frontière-ouest avec la Côte d’Ivoire”, propose Kessié. “Cette force devra avoir la capacité de travailler au-delà de la limite de chaque frontière. S’il ne s’agit que de mener des patrouilles de part et d’autre, il y a des risques que les résultats ne soient pas très fameux”. René Hokou Légré, président de la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme, basée à Abidjan, ne partage pas entièrement cet avis. “Le problème qui se pose à l’ouest ne se résoudra pas définitivement avec la force. Certes, il faut renforcer le dispositif de sécurité, mais il y a surtout la nécessité de ramener la confiance entre les populations et les armées qui s’y trouvent”, dit-il à IPS. Pour Légré, il faudrait procéder à un renouvellement des troupes dans l’ouest et leur confier une mission de restauration de la sécurité et de la confiance. Ce qui permettra aux populations de collaborer plus facilement avec les forces et de traquer les mercenaires présumés. Pour sa part, Fabrice Boni, un autre expert ivoirien en sécurité, basé à Abidjan, estime que toutes ces idées doivent faire partie d’un plan général de sécurité transfrontalière à élaborer par tous les membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) après les élections prévues bientôt dans les deux pays. “La porosité de la frontière ivoiro-libérienne et le flux des mercenaires dans cette zone remontent à deux décennies et au début de la guerre au Libéria. S’il doit y avoir stabilité, il faudrait que les deux pays concernés retrouvent simultanément la quiétude”, indique Boni. “Si l’un des deux processus électoraux déraille, il est évident qu’on ira à la case départ avec une instabilité continue à la frontière des deux pays”, ajoute-t-il.