FREETOWN, 28 sep (IPS) – Une grève formelle des enseignants a été évitée et les écoliers en Sierra Leone ont repris les cours le 20 septembre, près d'une semaine après que le semestre devait commencer officiellement.
Au sommet d'une colline au centre de Freetown, la capitale sierra léonaise, l'école primaire D.T. Akibo Betts est restée vide – ses classes renfermant seulement quelques bancs en bois au début du semestre le 14 septembre. Mais les élèves sont retournés à l'école le 20 septembre après que le gouvernement et les enseignants ont passé tout l'été à tirailler sur la promesse d’un paquet de réformes des salaires, qui selon le syndicat des enseignants, tarde à venir.
Cet ensemble de réformes – financé par la Banque mondiale, l’Union européenne et le gouvernement – devrait augmenter les salaires du secteur public de 50 à 100 pour cent sur cinq ans.
Des enseignants s’étaient attroupés au dehors sous la pluie et étaient d’un optimisme prudent par rapport à l’augmentation.
“Beaucoup d'enseignants n'ont pas été payés depuis trois ans – cela nécessite une résolution d'abord”, déclare un enseignant, qui a requis l’anonymat. “La question est de savoir quand le paquet sera livré?”, demande un autre.
“Le gouvernement a promis des améliorations de nos conditions de travail – y compris les salaires – d’ici à la fin du mois”, indique Davidson Kuyadeh du 'Sierra Leone Teachers Union' (Syndicat des enseignants de la Sierra Leone). “Nous sommes confiants, mais nous avons besoin d’actions concrètes et nous surveillerons la situation de près”, dit-il.
Des gens croient qu’un plafond de la masse salariale par le Fonds monétaire international (FMI) – qui maintient les salaires bas et empêche un nouveau recrutement – bloque le paquet promis.
Cependant, le gouvernement et le FMI maintiennent catégoriquement qu'il n'existe pas un tel plafond.
“Comment le FMI peut-il dicter ce que nous dépensons sur les enseignants?”, a demandé un haut responsable du ministère de l'Education, de la Science et la Technologie (MEST). Bien qu'une autre source ait admis que le MEST traite avec le ministère des Finances, qui inscrit au budget les salaires du secteur public après des réunions du FMI.
Mais cela n'est pas rare, selon le projet 'Right to Education' (Droit à l'éducation), une coalition d'organisations non gouvernementales (ONG). Ils disent que le plafonnement des salaires par le FMI ne laisse aucune place aux exceptions, même pour des pays comme la Sierra Leone, qui ont besoin d'une marge de manœuvre pour faire des dépenses après des chocs comme la guerre. La guerre civile de 11 ans en Sierra Leone a pris fin en 2002.
Une génération d'enfants n’a pas été à l’école – en particulier parce que beaucoup ont vraiment combattu dans la guerre. Lorsque la guerre a pris fin, 65 pour cent des écoles ont été détruites et des enseignants avaient quitté le pays en masse.
La gratuité de l'éducation a été introduite progressivement en 2001 et 2005 – plus qu’en doublant le nombre d'écoliers. La reconstruction post-conflit a augmenté le nombre d'écoles, de 1.800 à environ 7.000. Et le taux des enfants qui sont au primaire est aujourd’hui de 69 pour cent avec un taux d'achèvement des études de 73 pour cent. Bien que ce soient des progrès impressionnants, cela n’est pas à la hauteur de l'éducation universelle de qualité, comme le reconnaissent le gouvernement et des agences.
En attendant, avec la hausse des prix et une suppression des indemnités aux enseignants des zones rurales, les salaires réels ont baissé, et la motivation des enseignants ainsi que la satisfaction au travail sont faibles.
De nouveaux enseignants diplômés rejoignent les salles de classe, mais pas le registre des salaires – ce qui crée des 'volontaires'. Certains complètent ou gagnent leur revenu en vendant des aliments et du matériel éducatif aux enfants, compromettant la gratuité de l'éducation.
Joseph Cobinah de 'Education For All' (Education pour tous) dit qu'un plafond sape la qualité, entravant la réalisation de l'Objectif du millénaire pour le développement (ODM) pour l'éducation. Les OMD sont huit objectifs assortis de délai abordant la pauvreté et ses différentes dimensions que les Etats membres des Nations Unies ont fixés en 2000.
“Des enseignants peuvent être recrutés uniquement pour remplacer ceux qui partent – un nouveau recrutement n'est pas autorisé. Mais, il y a une grande pénurie de personnel”, souligne-t-il.
Toutefois, le représentant résident du FMI en Sierra Leone, Francis Kumah, a déclaré qu’en tant qu’une institution de macroéconomistes, le FMI a peu à dire sur les crédits budgétaires alloués aux ministères.
“Historiquement, le FMI avait un plafond salarial, mais cela a changé. La répartition de la masse salariale est l'affaire du gouvernement, ainsi que le nombre d'enseignants. Nous avons des vues claires sur ce qui est possible en fonction des recettes, de l'inflation et des dépenses. Nous voulons des augmentations durables dans les dépenses sociales – nous appuyons le paquet de réformes salariales de plusieurs années”.
Mais, un récent rapport d'Oxfam International envoyé au FMI a révélé que bien qu'il n'existe aucun plafond formel de l’institution, il y avait “dans les coulisses une pression” pour limiter les dépenses salariales du public.
“Dans la vie, il existe des plafonds pour presque tout – une 'décision sur la répartition'. Aucun gouvernement ne peut tout dépenser sur les salaires – il y a des routes, des hôpitaux et des écoles, etc.”, déclare Kumah.
'Action Aid', une ONG internationale, a fait pression contre ce qu'elle appelle une contradiction dans l'éducation – avec le gouvernement et des ONG qui s'efforcent d'améliorer la qualité bien qu’elle soit entravée par la politique budgétaire du FMI. “La macroéconomie du FMI est préjudiciable au niveau microéconomique; elle détermine le recrutement des enseignants, en dépit de l'augmentation des inscriptions. Nos enseignants partent – 80 à 90 pour cent des enseignants en Gambie proviennent de Sierra Leone”, indique Thomas Johnny de 'Action Aid'.

