GHANA: Difficile d’empêcher l’importation des médicaments contrefaits

ACCRA, 3 sep (IPS) – Des médicaments contrefaits ont inondé le marché au Ghana et ont même trouvé leur place dans des hôpitaux publics puisque l’organe de régulation des médicaments du pays a du mal à contrôler l'importation de ces produits.

Le président de la 'Pharmaceutical Society of Ghana' (Association des pharmaciens du Ghana), Alex Dodoo, a déclaré que la 'Food and Drugs Board' (Commission de contrôle des aliments et médicaments – FDB) n'est pas un organe de régulation rigoureux quand il s'agit du contrôle et de la gestion des médicaments au Ghana.

Dodoo a affirmé que les médicaments contrefaits ont trouvé leur place dans des hôpitaux publics puisqu’il y a eu des cas où des malades mis sous des antibiotiques efficaces ne se sentaient pas bien jusqu'à ce qu’on ait remarqué une modification dans la marque du médicament administré. Cette situation a clairement montré que le traitement de première ligne utilisé avait été constitué de médicaments contrefaits.

Il indique que cela s'est passé parce que des bandes qui font entrer clandestinement des médicaments contrefaits dans le pays ont même pu infiltrer la chaîne d'approvisionnement des hôpitaux.

Toutefois, Dodoo affirme qu'il ne dispose pas de statistiques sur le nombre de fois que cela s'est produit.

“Malheureusement, aucune enquête n’est menée pour savoir ce qui s'est passé afin qu'on ait un tableau clair de l'ampleur des dégâts que les médicaments contrefaits causent sur les patients dans le système de fourniture des soins de santé”, a-t-il ajouté.

“L'importation de médicaments n’est autorisée que par l'aéroport international Kotoka à Accra et le port de Tema, près d'Accra, pour s'assurer que seuls les médicaments de qualité entrent dans le pays”, a déclaré Martha Gyansa-Lutterodt, directrice des services pharmaceutiques au ministère de la Santé, à propos des lois sur l'importation des médicaments.

“Mais nous avons constaté que beaucoup de médicaments contrefaits, spécialement en provenance du Nigeria, ont trouvé leur place dans le pays en raison de la nature poreuse de nos frontières terrestres”, a admis Gyansa-Lutterodt.

La situation devient grave puisque la FDB a été contrainte, au cours des deux dernières années, d'intensifier les descentes dans les pharmacies pour éliminer la vente des médicaments contrefaits.

Le 'Pharmacy Board' (l’Ordre des pharmaciens) du pays garantit également que seules les pharmacies agréées vendent de médicaments. Cependant, il y a eu des cas où des pharmacies agréées et non agréées à la fois ont été surprises en train de vendre des médicaments contrefaits.

L'année dernière, quand Issac Akologo souffrait de paludisme, on lui a prescrit le Fansidar (un traitement de première ligne contre la maladie). Il l'a acheté dans une pharmacie à Bolgatanga dans la 'Upper East Region' au Ghana, mais après avoir pris toute la dose, Akologo ne se sentait toujours pas bien. Il est retourné dans son centre de santé et on lui a prescrit un autre traitement.

“Ce n'était qu’au moment où j'ai lu dans les journaux que la FDB avait arrêté le propriétaire de la pharmacie… que je me suis rendu compte que le Fansidar que j'ai acheté pourrait avoir été contrefait”, a confié Akologo à IPS. La FDB a confirmé que la pharmacie en question a vendu des comprimés de Fansidar contrefaits.

Il est reconnu que la vente de médicaments contrefaits est très répandue dans les pharmacies à travers le pays et certains ont même trouvé leur place sur les étals des marchés locaux.

Mais il est difficile pour les consommateurs de faire la différence entre une chose contrefaite et la vraie.

Un pharmacien d'hôpital a déclaré à IPS que le conditionnement des médicaments contrefaits a été savamment copié et qu'il était difficile d'identifier un faux.

Toutefois, Gyansa-Lutterodt a indiqué que le ministère de la Santé ne disposait pas de données sur la portée de la vente et de l'utilisation des médicaments contrefaits dans le pays. Il utilise une étude réalisée par l’Organisation mondiale de la santé pour estimer que 30 pour cent des médicaments sur le marché au Ghana sont contrefaits.

Elle a affirmé que le ministère était conscient du problème et que des procédures étaient en place pour s'assurer que “des médicaments contrefaits n’entrent pas dans le système public, parce que nous voulons que l'accès du public aux médicaments ne soit pas souillé”.

Le système, a souligné Gyansa-Lutterodt, consistait à acheter à partir de sources agréées uniquement, suivant strictement les procédures qui, selon elle, ne sont pas nouvelles. Mais elle n’a pas précisé pourquoi ce processus d'achat n'était pas suivi dans le passé.

Charles Allotey du 'Health Access Network' (Réseau pour un accès à la santé), une organisation non gouvernementale qui cherche à s'assurer que le public bénéficie des soins de santé et des médicaments appropriés à un coût abordable, affirme que le ministère a eu des difficultés à détecter les médicaments contrefaits.

“C'est un problème technique qui est difficile à détecter et ce serait cruel de dire que le ministère n'avait fait aucun travail sur cette question. Il n’y a de suspicion que lorsqu’un médicament particulier est utilisé et ne produit aucun résultat, et cela doit être prouvé par analyse”.

Gyansa-Lutterodt craignait que l'utilisation des médicaments contrefaits ait de graves répercussions sur la santé des gens, puisque beaucoup croient qu'ils sont en train de prendre les vrais médicaments pour traiter leurs maladies.

Thomas Amedzro, chef du poste de surveillance des médicaments sur les marchés pour la FDB, est d'accord avec Gyansa-Lutterodt que la vente et l'utilisation de faux médicaments affectent gravement la santé des Ghanéens.