BURKINA FASO: Une condamnation de policiers pour l’exemple

OUAGADOUGOU, 26 août (IPS) – La condamnation de trois policiers pour la mort, dans des conditions troubles de l’élève Justin Zongo, devrait marquer d’une pierre angulaire la lutte contre l’impunité au Burkina Faso, et avoir un impact pédagogique, estiment les mouvements d’étudiants et les défenseurs des droits humains.

Après deux jours de procès à Ouagadougou, la capitale burkinabé, les assistants de police Belibi Nébié et Béma Fayama ont été condamnés mardi à 10 ans de prison ferme chacun, reconnus “coupables de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner”. Le troisième policier, un officier, Narcisse Roger Kaboré, a été condamné à huit ans pour complicité dans le même verdict.

“Le droit a été dit car on a désigné les coupables”, s’est réjouit Ambroise Farama, l’avocat de la famille de Justin Zongo. “L’objectif d’un tel procès, c’est de rappeler aux forces de l’ordre qu’on ne peut pas arrêter quelqu’un et le torturer”, a-t-il ajouté.

La mort de Justin Zongo, le 20 février 2011 à Koudougou (sud-ouest du pays), avait provoqué de violentes manifestations sur toute l’étendue du territoire, entraînant l’incendie d’édifices publics, la destruction de biens privés et la mort de six personnes dont un policier dans la région du centre-ouest.

Les autorités, qui avaient attribué sa mort à une méningite, s’étaient rétractées suite à la pression de la rue et des organisations de défense des droits de l’Homme pour ordonner ensuite une enquête qui avait conduit à l’inculpation des trois policiers pour coups et blessures ayant entraîné la mort de l’élève adolescent.

“L’essentiel est qu’on ait reconnu que Justin n’est pas mort d’une méningite ordinaire. Il fallait qu’on sache qu’une méningite peut être provoquée par un traumatisme”, déclare Kisito Dakuyo, responsable du Mouvement burkinabé des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP) de la province du Boulkiemdé (centre-ouest). “Grâce au procès, on a compris que les coups portés à Justin pouvaient entraîner cette méningite qui l’a emporté”, dit-il à IPS. Suite à ce procès, Dakuyo se met à rêver d’une justice pour les autres victimes de la crise: Justin et d’autres cas de crimes non élucidés comme celui du journaliste Norbert Zongo assassiné le 13 décembre 1998.

“Nous pensons que c’est un début de justice pour tous les autres dossiers qui attendent parce que notre peuple a soif de justice, et ce verdict donne de l’espoir pour les autres cas qui attendent”, souligne Dakuyo.

“Au delà de ce verdict, c’est l’aspect pédagogique qui nous intéresse et qui interpelle tous ceux qui caressent l’idée de pratiquer de tels actes sur les personnes humaines”, renchérit Chryzogome Zougmonré, le président du MBDHP.

“C’est avec satisfaction que nous avons pu observer la tenue de ce procès car c’est la première fois qu’un crime commis dans le monde scolaire est jugé. C’est un acquis majeur dans la lutte du peuple contre l’impunité”, a confié à IPS, Francis Nikièma, président de la section de Koudougou de l’Association nationale des étudiants du Burkina.

Mais, les avocats des trois policiers, qui ont trouvé la sanction lourde, ont annoncé qu’ils feraient appel de ce jugement alors que la famille de Justin Zongo a requis un franc symbolique en guise de dommages et intérêts. Zougmonré, qui a lancé depuis l’an dernier une campagne contre toutes les formes de torture sur le thème “la torture est un acte illégal, barbare et lâche”, fait un parallèle entre l’affaire Justin Zongo et celle de Arnaud Somé, 23 ans, dont le décès, dans des conditions suspectes, avait provoqué également des émeutes dans le sud-ouest du pays en 2010.

En juin 2011, deux autres policiers avaient été reconnus coupables de coups et blessures mortels et ont été condamnés à cinq ans de prison ferme pour leur implication dans la mort du jeune homme à Gaoua, dans le sud-ouest, en juillet 2010.

Somé est décédé après son interpellation par la police pour détention de cannabis. La population avait alors accusé la police de l’avoir torturé et avait violemment protesté en mettant le feu à la direction régionale de la police de Gaoua. Les émeutes avaient duré plusieurs jours. L’intervention de l’armée et de la gendarmerie avait permis le retour de l’ordre dans la ville. “Il y a une tendance favorable car nous avons constaté que depuis un certain temps dans certains lieux de détention préventive (commissariats et postes de garde), ce genre d’actes de la part de certains policiers sont courants. Il faut que cela cesse car dans un Etat de droit, on ne peut tolérer que de tels actes se tiennent quotidiennement vis-à-vis de citoyens burkinabé”, souligne Zougmonré.