MBABANE, 5 août (IPS) – La crise économique au Swaziland a affecté sa capacité à fournir des soins de santé puisque le stock tampon de médicaments anti-rétroviraux (ARV) du pays ne couvre plus les trois mois d'approvisionnement préconisés.
Et les personnes vivant avec le VIH/SIDA sont extrêmement préoccupées par ce qui arrivera à leur traitement si le pays ne peut pas acheter des ARV.
Conduites par le 'Swaziland National Network of People Living with HIV/AIDS' (Réseau national des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Swaziland – SWANNEPHA), des organisations de la société civile sont descendues dans les rues le 21 juillet pour exiger que le gouvernement veille à ce qu'il existe suffisamment d'ARV dans le pays.
“Le ministère de la Santé ne dit pas clairement si les personnes sous traitement anti-rétroviral (TAR) sont assurées de la disponibilité des ARV”, a déclaré le vice-président du SWANNEPHA, Vusi Nxumalo, pendant qu’il remettait une pétition au directeur de la 'National Emergency Response Council on HIV/AIDS' (Conseil national pour les interventions d’urgence – NERCHA).
Le gouvernement swazi est confronté à une crise économique après que l’Union douanière d’Afrique australe a réduit ses recettes au Swaziland de 60 pour cent. Cet argent était utilisé pour financer 60 pour cent du budget du pays.
Des efforts pour obtenir des prêts internationaux s'avèrent futiles pour le gouvernement, qui serait en train de perdre 11,5 millions de dollars par mois à cause de la corruption. Les espoirs d'obtenir un prêt de 176 millions de dollars auprès de la Banque africaine de développement ont été vains puisque le gouvernement n’a pas respecté certaines des recommandations du Fonds monétaire international.
Le gouvernement n’a pas pu réduire les salaires des fonctionnaires de 4,5 pour cent puisque les syndicats se sont opposés à cette mesure, appelant à un changement de régime dans ce royaume qui est dirigé par le roi Mswati III et où les partis politiques ne peuvent pas disputer le pouvoir. La coupe des salaires permettrait au gouvernement d'économiser 35,2 millions de dollars annuellement et aiderait à réduire la masse salariale, qui représente 18 pour cent du produit intérieur brut – l’un des plus élevés dans la région.
La situation est si désespérée que le Swaziland a même approché le gouvernement sud-africain pour un prêt, mais il y a une forte opposition de la part du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) et du Parti communiste d’Afrique du Sud (SACP), qui forment une alliance tripartite avec le parti au pouvoir, le Congrès national africain.
Le COSATU et le SAPC appellent à des réformes politiques dans le régime du roi Mswati III avant que l'Afrique du Sud ne puisse envisager une aide financière quelconque. Mais, selon des informations de presse, la Banque centrale sud-africaine a annoncé, le 3 août, avoir accordé un prêt de 2,5 milliards de rands au Swaziland pour le sauver de la banqueroute.
Mais, plusieurs services publics sont en train d’être supprimés parce qu’il n'y a pas d'argent pour continuer à financer ces différents programmes, qui étaient essentiellement disponibles et gratuits pour le public. Il y a plus de 60.000 personnes vivant avec le VIH/SIDA sous TAR dans ce pays, qui a un taux de prévalence du VIH de 26 pour cent parmi les personnes âgées de 15 à 49 ans – le plus élevé au monde. Cette panique a été encore aggravée par le fait que le gouvernement n'est plus en mesure d'envoyer les malades du cancer en Afrique du Sud pour les services de chimiothérapie et de radiothérapie. Ces services ne sont pas disponibles au Swaziland et des malades locaux se sont rendus dans des cliniques privées en Afrique du Sud pour un traitement, grâce au 'Phalala Fund' (Fonds Phalala), une aide financière du gouvernement, qui est depuis épuisé.
En conséquence, les cancéreux qui ne peuvent pas payer pour ces services, qui coûtent jusqu'à 3.000 dollars par jour, meurent. Jusqu'à présent, huit cancéreux sont décédés.
“Si les cancéreux doivent payer leurs médicaments, qu’est-ce qui empêchera le gouvernement de soumettre les personnes sous ARV à la même situation?”, s’est demandé Nxumalo.
Selon Lomcebo Dlamini, la coordinatrice nationale de 'Women and Law in Southern Africa-Swaziland' (Femmes et droit en Afrique australe-Swaziland), bien que le manque d'ARV touche tout le monde, les femmes souffriront davantage parce qu'elles s’occupent des malades.
“Le manque de médicaments sera un autre fardeau pour les femmes, en particulier celles des zones rurales”, a souligné Dlamini. “Actuellement, nous sommes confrontés à une insécurité alimentaire et à une extrême pauvreté”.
Le SWANNEPHA est encore sous le choc après avoir découvert que certains de ses membres mangent la bouse de vache mélangée avec de l'eau avant de prendre leurs ARV. Des personnes vivant avec le VIH/SIDA à Lugongolweni, dans la région frappée par la sécheresse de Lubombo, sont enfermées dans la crise fiscale après que le gouvernement a suspendu la fourniture de rations alimentaires aux gens démunis.
Cela a obligé beaucoup de personnes pauvres à se coucher sans manger. Et celles qui sont sous ARV disent qu'elles ne peuvent pas prendre les médicaments le ventre vide et ont donc fait recours à la bouse de vache avant de prendre ces médicaments.
Emmanuel Ndlangamandla, le directeur de l'Assemblée de coordination des organisations non gouvernementales, a déclaré que c'est une mauvaise image pour le gouvernement que certaines personnes aient atteint un point où elles sont obligées de manger la bouse de vache.
“Cette crise signifie la mort pour les gens ordinaires”, a indiqué Ndlangamandla. “C'est dommage que toute crise humanitaire affecte plus les pauvres”.
Dlamini a affirmé que cette crise économique ne pouvait pas être considérée isolément, mais comme faisant partie du problème de la mauvaise gouvernance dans le pays.

