KINSHASA, 4 août (IPS) – Le choléra sévit dans sept provinces la République démocratique du Congo (RDC) dans lesquelles la maladie a fait quelque 300 morts en trois mois, sur plus de 4.800 cas enregistrés, selon le ministère de la Santé publique.
Le président de la Cellule de surveillance épidémiologique du ministère de la Santé publique, Dr Christian Beya Efini, a indiqué ce jeudi à IPS, que l’épidémie a fait 296 morts à la date du 3 août 2011, sur les 4.868 cas enregistrés dans les sept provinces. Les statistiques du 3 août indiquent que la province du Bandundu, dans le sud-ouest de la RDC, compte 87 décès; 14 à Kinshasa, la capitale congolaise; 78 dans la province de l’Equateur (nord-ouest); 105 dans la province Orientale (nord-est); sept morts dans le Sud-Kivu; trois dans le Nord-Kivu (l’est du pays); et deux morts au Katanga (sud-est). Jean Bahati Kasele, étudiant en médecine de l’Université de Kinshasa et habitant de Maluku, une des communes de la capitale touchée par le choléra, affirme à IPS: «La réapparition de cette maladie dénote de la négligence du gouvernement qui n’a fait aucune prévision sérieuse pour prévenir ou pour y faire face».
Un conseiller au cabinet du ministre de la Santé publique, qui a requis l’anonymat déclare à IPS que «le gouvernement a été plus ou moins surpris de cette résurgence du choléra pendant qu’il s’atèle à la vaccination pour d’autres types d’épidémies qui refont surface comme la polio, longtemps élaguée».
Victor Makweng Kaput, le ministre de la Santé, tout en soulignant que la RDC n'a pas assez de moyens pour se procurer des vaccins contre le choléra, invite ses compatriotes au respect des normes d'hygiène. Des médecins indiquent que l'absence d'eau potable figure également parmi les causes de cette épidémie.
«Une nouvelle fois, ce sont les partenaires au développement qui sont sollicités pour donner les moyens nécessaires», affirme Kasele dont le jeune frère fait partie des 59 cas de choléra sauvés dans la commune de Maluku, en juillet.
Selon Dieudonné Mwamba, membre de la cellule de crise qui traite des interventions disponibles, le gouvernement intervient à hauteur de trois millions de dollars US pour la prise en charge des malades. De leur côté, ajoute-t-il, les partenaires financiers et techniques comme l’UNICEF, Médecins sans frontières (MSF) Belgique, MSF France et l’OMS interviennent dans l’assainissement, l’appui à la prise en charge et dans les campagnes de sensibilisation de la population à travers le pays.
Mais, le ministre de la Santé reconnaît que «les interventions des partenaires ne pourront malheureusement pas combler tout le besoin en financement et en équipement nécessaire.
En effet, «le Fonds central pour les interventions d’urgence (réuni par les partenaires) n’a pu donner que quatre millions de dollars US, pour faire face à une situation qui, en réalité, en exige plus du double», affirme Dolly Bola, un épidémiologiste à Kinshasa, citant un communiqué du Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) daté du 27 juillet.
Guy Mulalu habitant de Kingasani, une des communes de Kinshasa témoigne: «Les services d’hygiène sont les premiers responsables de cette situation. Aucun contrôle et aucun suivi ne sont faits sur la situation des toilettes, des poubelles domestiques et publiques, les canaux de conduites d’eaux usagées à travers le pays».
«Les difficultés de fonctionnement des services d’hygiène sont évidentes. Il s’agit principalement de l’insuffisance des moyens financiers octroyés par le budget de l’Etat», indique Benjamin Mavar, médecin coordonnateur national de l’hygiène.
«Nous habitons près d’une vaste poubelle où toutes les mamans vendeuses du marché… viennent déverser les immondices. Les vendeurs du marché qui n’ont pas de toilettes viennent faire leurs besoins dans les avenues voisines. Les rues sont parsemées de saletés et d’odeurs d’urines», explique Mulalu à IPS.
«En plus de ces odeurs, de la propagation des poussières charriées par le vent, personne ne s’occupe à récupérer ces immondices qui constituent une petite colline d’environ 20 mètres de diamètre et huit mètres de hauteur», ajoute-t-il.
Pascal Mavungu, ingénieur agronome au ministère de l’Environnement, de la Conservation de la Nature et du Tourisme, suggère: «Il aurait été aisé d’installer ici un incinérateur comme celui qui été installé, avec l’aide du ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Elevage, à l’abattoir de Masina, à Kinshasa, en 2010, et profiter des immondices ainsi incinérées devenues fertilisants pour les champs».
La province du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, est aussi touchée, selon Albert Sadiki, médecin au centre hospitalier de Lulimba, qui indique à IPS que dans trois hôpitaux de sa zone plus d’une cinquantaine de cas de choléra ont été admis en quelques semaines. Des six malades de choléra en observation depuis le 27 juillet à Lulimba, trois sont morts, selon l’hôpital.
«La situation pourrait s’aggraver à cause de la pauvreté et l’impossibilité d’accéder aux soins à temps pour une partie de la population, favorisant ainsi des contaminations lorsque les malades séjournent dans des milieux non encore infectés, sachant la rapidité avec laquelle le choléra se propage», dit-il.
«Etant donné que la maladie se propage très rapidement, notamment par des voyageurs dont les commerçants ambulants venant des zones affectées, il est urgent d’étendre des mesures de prévention sur l’ensemble du pays. Aucune province, même celles qui ne sont pas encore affectées, ne devraient être épargnée», conseille Dr Bolamba Ghelogo, directeur du centre hospitalier de Maluku, à Kinshasa.

