JOHANNESBURG, 26 avr (IPS) – Les partenaires au développement imposent généralement des conditions strictes aux pays bénéficiaires. Aujourd’hui, une approche Sud-Sud de financement différente prend forme à travers le Fonds Inde-Brésil-Afrique du Sud (IBSA) pour la réduction de la pauvreté et de la famine.
“Cela concerne les priorités du pays ou du gouvernement bénéficiaire de l’appui. Contrairement aux relations avec d’autres bailleurs, il ne s’agit pas d’imposer une conditionnalité”, déclare Fernando Sena de l’ambassade du Brésil en Afrique du Sud, dans un entretien avec IPS. Le forum de l’IBSA a commencé en 2003 en vue d’établir une coopération entre l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud. Les flux commerciaux entre les trois pays ont augmenté par la suite, atteignant la barre de 15 milliards de dollars en 2010 – en hausse par rapport aux 3,8 milliards de dollars en 2004. Les trois Etats membres ont créé le Fonds IBSA en 2004, chacun contribuant pour un million de dollars par an. Cet argent est mis de côté pour appuyer les projets de développement dans les pays à faible revenu. Comme le fonds ne dispose pas de son propre secrétariat, il a sollicité le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour gérer l’administration financière. Les projets phares du Fonds IBSA comprennent une campagne en Guinée-Bissau pour améliorer les pratiques agricoles et un projet en Haïti visant à réunir les membres des factions en conflit dans la zone de Carrefour-Feuilles, en proie à la violence, à travers un projet commun de collecte des déchets solides. L’appui du Fonds IBSA “n’est pas un prêt et nous n’attendons pas d’eux un remboursement”, explique Sena. En tant qu’économies émergentes ayant toujours leurs propres besoins de développement, les membres de l’IBSA sont déterminés à se démarquer autant que possible des relations traditionnelles entre donateur et bénéficiaire. “Nous parlons de trois pays en développement (formant l’IBSA). Nous avons également nos propres besoins mais ce qui nous motive, c’est de faire preuve de solidarité avec d’autres pays. L’idée est d’appuyer des projets viables, pouvant être reproduits, sur la base des capacités et des succès enregistrés dans les pays de l’IBSA. Les projets doivent être motivés par des besoins, de même qu’ils doivent appartenir aux communautés et gérés par elles”, dit-il. “Nous apportons chacun notre expérience en tant que pays en développement. Lorsque nous parlons de coopération dans un autre pays, nous n’essayons pas d’imposer nos points de vue. Il s’agit d’un dialogue. Nous ne tentons pas de lui dire ce qu’il faut faire. Nous ne sommes pas arrogants”, ajoute Sena. Dans un discours en mars 2011, l’envoyé spécial du Brésil en Afrique du Sud, Jose de Sá Pimentel, a déclaré que les raisons de la création de l’IBSA comprenaient un désir de fonctionner “indépendamment des préjugés des pays développés”. Il a également indiqué que “la guerre en Irak et l’effondrement économique de 2008 ont porté atteinte à l’ordre international et ont montré clairement qu’il faut de nouvelles règles et de nouveaux acteurs politiques si nous voulons que le système fonctionne correctement. Toutefois, jusqu’à présent, aucune réponse appropriée n’a été donnée par les pouvoirs et les organisations qui doivent montrer la voie”. “Les signes de quelque chose de nouveau sont indiscutables, mais des doutes subsistent concernant sa portée, sa profondeur et son orientation. Il y a un changement en cours dans l’équilibre économique, quoique lent, au profit des pays du Sud. Mais, les principaux acteurs semblent ne pas être à la place du conducteur”. Le Fonds IBSA offre une occasion d’exposer une approche viable de développement Sud-Sud, même si elle est limitée. Il fournit également une chance aux nouveaux acteurs de tester leurs capacités au “siège du conducteur” que De Sá Pimentel a mentionné. “Le Brésil est fortement motivé par les ressources et l’exploitation minière. L’Inde est très préoccupée de voir le développement en Afrique parce que c’est dans son intérêt de développer des marchés. Le rôle de l’Afrique du Sud est basé sur son influence sur le continent”, souligne Dr Petrus de Kock, chercheur principal dans le programme “Gestion des ressources de l’Afrique” à l’Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA), une organisation de recherche à Johannesburg. “C’est une indication intéressante qu’en 2008 seule l’Inde ait dépensé 547 millions de dollars dans les activités liées à l’aide, soit directement ou indirectement, dans le cadre de l’IBSA. En 2008, l’Inde a également étendu de 2,96 millions de dollars ses lignes de crédit, principalement à l’Afrique subsaharienne. Celles-ci ne sont pas seulement liées à l’IBSA, mais montrent que l’Inde devient un acteur important dans l’aide au développement”, affirme de Kock. Cependant, Dr Lyal White, directeur du Centre d’étude des marchés dynamiques (CDM) à l’Institut Gordon des sciences des affaires (GIBS) de l’Université de Pretoria, croit que le Brésil est l’acteur politique le plus fort au sein de l’IBSA. “Le Brésil a les plus grands intérêts”, estime White. “L’Inde tend à se concentrer sur un engagement unilatéral et l’Afrique du Sud fait partie de l’Afrique. Le Brésil utilise la plateforme de l’IBSA plus efficacement comme un forum politique et diplomatique”. Bien que les trois membres de l’IBSA puissent chacun avoir des priorités différentes, leur base commune en tant que des démocraties multiculturelles avec des économies émergentes, prévoit le potentiel pour un rôle futur plus fort sur l’échiquier mondial. “Les économies du Nord sont en crise perpétuelle. Le jury est toujours en délibération concernant la durabilité à long terme de leur redressement. Il y a une population vieillissante et en diminution en Europe, avec la conséquence que l’Etat doit les prendre en charge. Pour une image de la croissance future de l’économie mondiale, nous avons besoin de regarder pas plus loin que le monde de l’IBSA”, affirme De Kock.

