DEVELOPPEMENT: L’Inde et l’Afrique du Sud – des relations toujours plus renforcées

JOHANNESBURG, 20 avr (IPS) – Beaucoup a été dit concernant l’empreinte de la Chine en Afrique, mais qu’en est-il de l’Inde, sa concurrente au sein des marchés émergents?

En tant que quatrième plus grande économie mondiale, et avec une classe moyenne de plus de 400 millions d’habitants (supérieure à toute la population des Etats-Unis), l’Inde est un acteur de plus en plus important sur le plan mondial et, comme la Chine, elle a fermement l’Afrique dans son radar.

Bien que des entreprises indiennes aient une présence significative à travers une grande partie de l’Afrique orientale, en raison de la migration historique des travailleurs, le pays considère l’Afrique du Sud comme la porte d’entrée du continent en termes de gros investissements.

Avec l’Afrique du Sud qui fait partie du forum de dialogue entre l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud (IBSA) et adhère au groupe des économies émergentes, BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), des analystes croient qu’une coopération économique entre les deux pays se renforcera.

En visite à Mumbai (Bombay), en Inde, début avril, la vice-ministre sud-africaine du Commerce et de l’Industrie, Elizabeth Thabethe, a déclaré que le commerce bilatéral devrait atteindre 15 milliards de dollars d’ici à la fin de l’exercice budgétaire, en hausse par rapport à une estimation initiale de 10 milliards de dollars.

Tata, 'Reliance and Mahindra' et 'Mahindra' font partie des 96 entreprises indiennes qui investissent actuellement en Afrique du Sud. Plusieurs banques indiennes y font également leur entrée, avec la 'State Bank of India' (Banque d’Etat de l’Inde), la 'ICICI Bank' et la 'Bank of Baroda' déjà installées.

En Inde, pendant ce temps, 'SABMiller' d’Afrique du Sud est maintenant le deuxième plus grand producteur de bière dans le pays avec 38 pour cent des parts du marché; 'First Rand Group' a été la première banque africaine à obtenir une licence; les sociétés d’assurance sud-africaines telles que 'Old Mutual' et 'Sanlam' sont également en train de faire leur percée.

L’Afrique du Sud, qui a démontré ses capacités en génie civil au cours de la période précédant la Coupe du monde 2010, espère obtenir des contrats de construction lucratifs dans le cadre du plan quinquennal du gouvernement indien de dépenser 800 milliards de dollars sur la réalisation d’infrastructures. La société 'Airports Company South Africa' (ACSA) a déjà gagné l’appel d’offres pour la rénovation de l’Aéroport international Chattrapathi Shivaji à Bombay, et il y a des espoirs que d’autres marchés suivront.

Abdullah Verachia, directeur de 'Frontier Advisory', une société spécialisée en stratégie et en recherche, basée à Johannesburg, voit la coopération entre l’Inde et l’Afrique du Sud sur une trajectoire fermement ascendante.

“L’Inde considère l’Afrique du Sud comme une porte d’entrée dans le reste de l’Afrique”, a expliqué Verachia.

“Elle dispose de solides infrastructures, de structures gouvernementales stables, d’une architecture financière et de systèmes bancaires très forts ainsi qu’une bourse des valeurs mondialement reconnue”, a-t-il ajouté.

La relation entre l’Inde et l’Afrique du Sud, a indiqué Verachia, était basée sur un héritage partagé du colonialisme et la lutte, toujours fortement influencée par Mahatma Gandhi qui a passé plusieurs années de formation en Afrique du Sud, et sur les liens ultérieurs entre le parti au pouvoir en Afrique du Sud, le Congrès national africain, et le Parti du congrès de l’Inde.

“L’Afrique du Sud occupe une place spéciale dans les cœurs et l’esprit des Indiens”, a-t-il souligné.

Par ailleurs, “en renforçant les relations traditionnelles développées pendant la période coloniale, l’Inde est très bien placée pour tirer parti de ses liens politiques durables en vue d’un positionnement commercial sur le continent.

“Les multinationales émergentes de l’Inde sont accueillies dans les économies africaines et ne sont pas obligées de répondre d’un passé politique d’être une ancienne puissance coloniale”.

L’année dernière, la communauté indienne en Afrique du Sud a commémoré le 150ème anniversaire de l’arrivée des premiers ouvriers indiens en Afrique coloniale.

Aujourd’hui, il y a près de 1,3 million d’Indiens vivant en Afrique du Sud, la plupart étant de la quatrième ou de la cinquième génération, et Verachia croit que cette grande diaspora constitue une autre raison des investissements indiens dans le pays.

“Culturellement, les liens sont forts”, a-t-il expliqué. “Les films de Bollywood sont tournés au Cap et à Durban, et le tournoi de la première Ligue indienne de cricket, en Afrique du Sud l’année dernière, a réellement fait la promotion de l’Afrique du Sud en Inde”.

Bien que le marché sud-africain ait été favorisé par des multinationales plus grandes comme le constructeur automobile Tata, il y a maintenant l’arrivée d’une deuxième vague de petits investisseurs.

La plupart des investissements indiens en Afrique du Sud se font à travers le secteur privé, qui les distingue également de l’engagement de la Chine sur le continent, qui est essentiellement dirigé par l’Etat et, souvent, dans les cas de pays comme l’Angola, lié aux lignes de crédit gouvernementales.

L’approche du secteur privé de l’Inde, a suggéré Verachia, a adouci la critique du néo-colonialisme souvent faite à la Chine, avide de ressources, même si les besoins énergétiques de l’Inde constituaient également une raison majeure de son expansion économique en Afrique. Elizabeth Sidiropoulos, directrice de l’Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA), estime que le désir de l’Inde de “ne pas perdre du terrain” face à la Chine était un motif clé de ses priorités d’investissement plus centrées sur l’Afrique.

Dans un article publié le mois dernier par le groupe de réflexion 'Chatham House', basé à Londres, Sidiropoulos demande si l’Afrique du Sud et l’Inde pourraient être “des partenaires au développement en Afrique” et conclut que, bien qu’elles partagent des aspirations économiques similaires, il existe des différences clé dans leurs politiques et la manière dont elles se positionnent sur l’échiquier international.

L’engagement croissant des deux pays a été un produit des “changements de pouvoir au plan mondial” et les deux partageaient “le désir d’être vus en train de jouer un rôle positif de développement et d’assumer des responsabilités au niveau mondial”. L’Afrique du Sud est confrontée à un exercice constant “d’équilibrisme entre soutenir la solidarité africaine et se distinguer comme une puissance régionale et un marché émergent”, souligne Sidiropoulos, expliquant que le pays pense souvent qu’il doit prendre “la voie africaine” lorsqu’il agit sur le plan mondial. L’Inde n’a pas ce problème. Beaucoup suivront de près la manière dont leur relation évoluera, spécialement avec la Chine, le plus grand partenaire commercial bilatéral de l’Afrique du Sud, assises dans la même salle à la réunion de BRICS.