AGRICULTURE: L’Afrique doit s’inspirer de la Chine, selon IFPRI

BERLIN, 2 juin (IPS) – Le modèle d’agriculture appliqué par la République populaire de Chine au cours des 30 dernières années est un exemple que les pays les plus pauvres d’Afrique sub-saharienne devraient suivre dans leur quête de développement et de croissance et pour l’éradication de la pauvreté, selon les experts en agriculture.

Dr Shenggen Fan, directeur général de l’Institut international de recherche sur la politique alimentaire (IFPRI) et co-auteur de l'étude intitulée “Développement rural et agricole de la Chine: un enjeu pour l'Afrique”, a déclaré à IPS qu'on admet généralement l'importance de l'agriculture et du développement rural comme moteur de croissance en Afrique sub-saharienne.

Basé à Washington, l'IFPRI cherche des solutions à la faim et à la pauvreté et il est soutenu par les gouvernements, les fondations privées et les organisations internationales et régionales.

L’agriculture présente “un mécanisme viable de solution aux nouveaux défis pour la croissance et la sécurité alimentaire tels que la récession mondiale, l’instabilité des prix des produits alimentaires et le changement climatique”, dit-il.

L'étude est une analyse comparative du développement agricole en Chine et en Afrique sub-saharienne depuis 1980. Les chercheurs de l'IFPRI ont présenté l'étude lors d'une réunion récente du groupe d’étude du Comité d’aide au développement de la Chine à Bamako, au Mali, à laquelle ont participé des experts en économie, en agriculture et en politique de développement venus de toute l’Afrique, des Etats-Unis et de la Chine.

Le groupe d’étude du Comité d’aide au développement (CAD) de la Chine a été formé en 2009 par le Centre international pour la réduction de la pauvreté en Chine (IPRCC) et le CAD, comité de coordination de l'OCDE sur les questions relatives à la coopération avec les pays en développement. L'Organisation de coopération et de développement économique représente les 31 pays les plus industrialisés du monde.

“Comme les dirigeants nationaux et les donateurs sont à la recherche de nouvelles stratégies pour la croissance agricole en Afrique, il est nécessaire d'examiner les expériences des autres pays, comme la Chine, qui ont réussi dans le développement global propulsé par l’agriculture”, a ajouté Fan.

Selon les statistiques de la Banque mondiale, le rôle de l'agriculture en Afrique sub-saharienne a chuté de 19 pourcent du produit intérieur brut (PIB) en 1980 à 14 pourcent en 2008. Dans le même temps, il y a eu une expansion du secteur des services.

Toutefois, les statistiques officiels montrent que dans certains pays les plus pauvres du continent, comme la République centrafricaine, la Guinée-Bissau et le Libéria, l'agriculture continue de représenter plus de la moitié de la production globale. L'agriculture fournit aussi l’emploi à 86 pourcent de la main d’œuvre en Ethiopie, 82 pourcent à Madagascar, et 76 pourcent en Tanzanie.

Dans le document, Fan et ses amis co-auteurs, Bella Nestorova et Tolulope Olofinbiyi, tous deux analystes de recherche à l'IFPRI, ont rappelé que la période récente de grande croissance économique soutenue en Chine a commencé en 1980 “à partir d'un niveau de produit intérieur brut légèrement inférieur à celui de l'Afrique sub-saharienne “.

Mais en 1993, le PIB chinois par habitant a dépassé celui de l’Afrique. En moyenne, l'économie chinoise a connu une croissance de 10 pourcent par an entre 1980 et 2008, contre trois pourcent seulement en Afrique sub-saharienne dans la même période.

Pendant la même période, la croissance agricole de la Chine était également plus élevée et plus stable par rapport à celle de Afrique sub-saharienne. “Le PIB agricole en Chine était deux fois plus élevé que le chiffre correspondant en Afrique sub-saharienne en 1980 et plus de trois fois en 2008”, selon Fan.

Ces divergences, dans la croissance économique en général, et dans le développement agricole en particulier, ont conduit à différents modèles de réduction de la pauvreté dans les deux régions. Entre 1980 et 2005, le nombre de personnes pauvres a diminué de plus de quatre fois en Chine, passant de 835 millions à 208 millions.

“Par contre, en Afrique subsaharienne, la pauvreté est demeurée profondément enracinée”, a dit Fan. La proportion de la population vivant au-dessous d'un dollar par jour est pratiquement restée inchangée de 1981 (51 pourcent) à 2005 (50 pourcent). Dans la même période, le nombre de personnes pauvres a presque doublé, passant de 202 millions à 384 millions.

Les chercheurs ont constaté que la forte concentration initiale de la Chine sur la croissance agricole était indispensable à la réduction de la pauvreté dans ce pays. Ils estiment que la croissance agricole en Chine a contribué quatre fois plus à la réduction de la pauvreté que la croissance dans le secteur manufacturier et des services.

La première étape de la réforme agricole et rurale chinoise a porté sur la décollectivisation de l'agriculture, la décentralisation de la production rurale, l'introduction d'un système de responsabilité familiale pour assurer les droits fonciers, et la mise en branle d'une nouvelle politique de prix qui a entraîné l’augmentation des prix d’achat.

Ce système a aidé l'État à satisfaire la demande alimentaire croissante. Dans le même temps, le système a encouragé l'initiative privée et l'accumulation de la richesse.

Fan a expliqué que la réforme de la politique agricole chinoise “a été conduite par une forte volonté politique et [qu’elle] s'est fondée sur un processus progressif mais constant d'essais et d'erreurs”. Contrairement à l'Afrique, où la politique agricole était fondée sur des paradigmes étrangers, en Chine, elle était fondée “beaucoup plus sur des preuves que sur la théorie ou l’idéologie”, a-t-il ajouté.

Ces caractéristiques de la politique agricole chinoise depuis 1980 et d’autres caractéristiques pourraient être appliquées en Afrique sub-saharienne, a dit Fan. “Pour soutenir des niveaux élevés de croissance agricole en Afrique, les réformes doivent être conçues pour accroître la productivité en stimulant de petits exploitants, par exemple en sécurisant les droits fonciers et en renforçant les marchés des intrants et des extrants.

En outre, les investissements dans les infrastructures rurales, telles que les pistes rurales et l'irrigation, doivent être augmentés, et les investissements dans la recherche agricole doivent être non seulement augmentés, mais également adaptés aux conditions spécifiques de l'Afrique, comme l’agriculture pluviale prédominante.

En général, l’ensemble des investissements dans l'agriculture devrait au moins atteindre l'objectif de 10 pourcent des budgets publics nationaux.

Ces investissements doivent être accompagnés par “les politiques en faveur des pauvres”, a souligné Fan.

Les initiatives de politique en faveur des pauvres en Chine montrent que la détermination appropriée du domaine et des cibles des programmes est essentielle. Ces programmes devraient cibler les personnes vulnérables dans les zones rurales et urbaines, et ne devraient pas se focaliser strictement sur les régions pauvres désignées.