KENYA: Méthodes traditionnelles et modernes pour une météo réussie

NAIROBI, 8 mai (IPS) – A la suite des conditions climatiques sans cesse changeantes, une étude dans l'ouest du Kenya a découvert que la combinaison des méthodes traditionnelles de prévision du temps avec la nouvelle méthode de prévision météorologique constitue la meilleure façon d'obtenir des données météorologiques plus précises.

C’était l'une des conclusions d'un rapport présenté le 23 avril au Centre de recherches pour le développement international (CRDI) après deux années de recherche.

Ce projet, appelé 'Intégration des connaissances indigènes dans la gestion des risques climatiques pour appuyer l'adaptation communautaire' est dirigé par le Centre de prévision et des applications climatiques de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), avec l'appui du CRDI et du Programme d'adaptation aux changements climatiques en Afrique du Département pour le développement international.

L'étude implique des chercheurs, venus du Département de météorologie du Kenya, de l'Université de Nairobi, de l'Université de Maseno, et des météorologues traditionnels.

L’étude a noté que pendant que la science moderne fournit des prévisions climatiques saisonnières assez précises, beaucoup de communautés locales comptent encore sur les connaissances indigènes pour orienter leurs activités de plantation, de récolte et d’autres activités agricoles, afin de minimiser les risques climatiques.

“Toutefois, les communautés sont toujours vulnérables, malgré la disponibilité des connaissances indigènes et des prévisions scientifiques. Pour y remédier, le projet examine l'intégration des deux domaines de connaissance – le meilleur des deux mondes”, a déclaré Dr Gilbert Ouma, directeur du projet.

Selon l'étude, les changements climatiques peuvent affecter sérieusement les indicateurs des connaissances indigènes – un scénario qui se produit déjà. “Certaines espèces végétales importantes utilisées par les météorologues traditionnels sont déjà en train de disparaître à cause des conditions climatiques défavorables”, a expliqué Ouma, également professeur au Département de météorologie de l'Université de Nairobi.

Pendant deux ans, les météorologues scientifiques du Département de météorologie du Kenya ont fait leurs prévisions, en parallèle aux météorologues traditionnels.

Les rapports des deux côtés sont réunis pour être comparés, avant d'être combinés et publiés comme un seul bulletin météorologique. Ce dernier est ensuite traduit en Kinyore, la langue locale de la région, avant d’être diffusé par la radio communautaire, à travers les réunions du chef, et de bouche à oreille.

Auparavant, les prévisions produites par les météorologues étaient trop complexes et souvent difficiles à être utilisées par les agriculteurs. Et les prévisions produites par les météorologues traditionnels, quoique largement utilisées, n'avaient pas toujours été précises puisqu’elles n'avaient pas été en mesure d’expliquer la variabilité des conditions météorologiques dues aux changements climatiques.

Toutefois, ce nouveau mélange a bien atteint Lameck Okubo, un agriculteur horticole à Ebuhando, un petit village près des collines de Maseno. “Les informations diffusées qui viennent après chaque bulletin d’informations aident beaucoup. Nous avons des cultures comme les tomates pour lesquelles nous devons observer la météo avant de planter. Ces cultures ont toujours échoué chaque fois qu’il y a beaucoup de pluie, contrairement aux choux qui fleurissent avec les pluies”, a souligné Okubo.

Ses sentiments ont été partagés par Flora Jumba, une femme d'affaires qui vend des fruits au marché de Luanda. “Les prévisions nous aident à savoir ce à quoi s'attendre sur le marché dans un future proche. Cela est extrêmement important parce que certains fruits et légumes ont besoin de préparatifs adéquats en termes de stockage”, a-t-elle déclaré.

Mais à qui appartiennent les prévisions les plus précises? “Etonnamment, les résultats des deux côtés ont toujours été presque les mêmes”, a affirmé Ouma.

“La seule différence est que la météo scientifique couvre une zone plus large, et peut prédire des choses comme, entre autres, les cyclones, el-nino. Les météorologues traditionnels obtiennent seulement des prévisions précises pour une zone d'attention particulière, qui pourrait comprendre environ 10 villages”, a-t-il indiqué.

Le projet de recherche a été mené en collaboration avec la communauté nganyi dans l'ouest du Kenya, une région qui a la réputation de posséder un système traditionnel bien établi pour les prévisions météorologiques.

“Le plus grand obstacle est que les faiseurs de pluie traditionnels ne sont pas disposés à révéler exactement ce qu'ils observent dans la nature, parce qu'ils considèrent que c’est un secret touchant à leurs moyens de subsistance. Mais avec le renforcement de la confiance (entre les scientifiques et les faiseurs de pluie), ils ont commencé à s'ouvrir”, a déclaré Ouma.

Selon Ouma, la communauté nganyi a indiqué un arbre particulier localement appelé 'Shibelenge' comme étant l'indicateur le plus important pour la prévision des pluies à long terme. “Ils n'ont pas révélé exactement ce qu'ils observent sur l'arbre. Mais nous avons pris des échantillons de l'un des arbres qui aurait plus de 200 ans pour une analyse scientifique”, a-t-il confié.

Un entretien avec un 'faiseur de pluie' venu de l'ouest du Kenya a aussi révélé la façon dont le comportement des animaux a servi d’indicateur.

Selon Ndululu Otenyo, un faiseur de pluie de renom du village d’Ikhaba, dans l'ouest du Kenya, certains animaux comme les antilopes ne s’accouplent jamais quand il n'y a pas de pluie. “S'il y avait une sécheresse, et que vous voyiez tout à coup des antilopes s’accoupler; alors vous deviez vous attendre à de fortes pluies en moins d'une semaine. Dans le même temps, si vous voyez des abeilles migrer du nord vers le sud, alors vous devriez commencer à vous préparer à une sécheresse”, a expliqué Otenyo.

Pour une meilleure compréhension des connaissances indigènes de la météorologie, les chercheurs ont demandé une extension du projet afin de pouvoir analyser scientifiquement certains des indicateurs déjà révélés par les météorologues traditionnels.

“Il existe un plan d'extension du domaine d’action afin de lier les connaissances traditionnelles et scientifiques dans toutes les autres parties du pays, puis à d'autres pays dans la région”, a déclaré Ouma.

Les chercheurs sont également en train de développer un programme d'études sur les méthodes traditionnelles de prévision météorologique, qui sera enseigné comme un cours à l'Université des Grands Lacs de Kisumu.