DAR-ES-SALAAM, 29 mars (IPS) – La Tanzanie figure à la troisième place des pays d’Afrique pour le nombre d’enfants malnutris, qui dépasse deux millions. Mais, des efforts sont accomplis pour combattre ce fléau et d’autres maladies dans la région de la Kagera, dans le nord-ouest du pays.
Un rapport commandé par la Banque mondiale et publié à la mi-mars à Dar-es-Salaam, indique que 120 enfants de moins de cinq ans meurent chaque jour de malnutrition en Tanzanie, soit un total de 43.000 décès par an. Selon le document, 2,4 millions d’enfants souffrent de malnutrition, faisant de la Tanzanie le troisième pays africain pour son nombre d’enfants malnutris, après l’Ethiopie et la République démocratique du Congo. Pourtant, des organisations non gouvernementales (ONG) sont mobilisées pour faire reculer la malnutrition et les autres maladies qui accablent les enfants. C’est le cas de l’ONG 'Partage Tanzania', fondée il y a 20 ans, dans la région de la Kagera, sur la partie ouest du lac Victoria, par Philippe Krynen, un ancien pilote français, qui se consacre à l’action humanitaire.
Mais quelques années avant, vers la fin 1988, Krynen rencontre un coopérant hollandais, Martin de Boer, qui l’alerte de la situation catastrophique de la Kagera. Krynen décide de se rendre dans la région et découvre des villages qui comptent chacun entre 12 et 20 pour cent d’orphelins : malnutrition, paludisme et immunodépression en sont les principales raisons. Krynen lance alors un programme en faveur des orphelins, le 'Victoria Programme' (VP). Vingt ans après, le VP est toujours bénéfique pour plus de 3.500 orphelins, répartis dans 21 villages de la Kagera. 'Partage Tanzania' opère depuis Bukoba, la capitale de la région Kagera. Rentré en France en 1989, Krynen reçoit des fonds de l’association “Partage avec les enfants du tiers-monde” pour son action, mais il a notamment lancé un appel et un programme à parrainage, toujours en vigueur aujourd’hui. Au plan médical, l’ONG réalise un travail de fond, avec un résultat remarquable: le taux de morbidité dans les villages couverts par l’ONG est 2,3 fois moins que dans le reste de la Tanzanie. Les enfants du VP sont moins touchés par la maladie et sont donc en meilleure santé. D’après les statistiques de l’ONG, si 171 enfants avaient été admis en salle d’urgence en 1997, seulement 17 l’ont été en 2008, soit 10 fois moins. Dans le même temps, le nombre de décès a été divisé par cinq.
Pour l’ONG, “la seule solution pour soigner est de mettre à proximité des enfants des services de santé, pour des tests médicaux réguliers”. Pour avoir construit des salles d’urgence plus près des enfants tanzaniens, l’organisation limite les risques de maladie, et réalise un suivi rigoureux. 'Partage Tanzania' propose des services variés pour ce suivi : les soins et moustiquaires imprégnées sont gratuits pour les enfants du VP, les salles d’urgence disposent de médicaments adéquats et en quantité suffisante; ou encore des laboratoires d’analyses avec microscopes ont été installés dans certaines des salles d’urgence des villages. De plus, l’ONG prend en charge les soins du parent responsable de l’enfant, grâce aux financements privés qu’elle reçoit des parrainages français (99 pour cent), puis et allemand et hollandais pour le reste. Avant qu’un enfant ne soit accepté dans le programme, une enquête dite de pauvreté est réalisée afin de connaître son milieu, les moyens dont il dispose et de savoir si quelqu’un peut s’en occuper ou pas. Les orphelins, parrainés par des sponsors européens, sont très suivis, a expliqué à IPS, Winifrida Rugaika, l’une des infirmières du programme. “Chaque enfant doit se présenter tous les trois mois à la salle d’urgence de son village pour une visite médicale. Avec son livret de soin, on sait de quoi il a été malade, et quand. Tous les six mois environ, on prend des nouvelles de l’enfant à l’école, on regarde ses résultats”.
La prévention porte également ses fruits. “Les enfants savent à présent reconnaître les symptômes de certaines maladies. Ils viennent spontanément vers nous quand ils se sentent mal”, ajoute-t-elle.
Quant à l’éducation sexuelle qui commence peu après la puberté, le principe est la responsabilisation. “Nous leur disons de se respecter soi-même et de ne pas jouer avec leur santé, ni avec celle de leur partenaire. Nous leur rappelons les fondamentaux lors de chaque visite médicale”, indique Rugaika. Les orphelins, eux, remercient et gratifient 'Partage Tanzania' pour l’aide qui leur est apportée. Doris Deogratias, 23 ans, est née dans un village du Victoria Programme et souffre d’une maladie sanguine héréditaire, la drépanocytose. Elle ne sait pas si elle serait encore en vie aujourd’hui sans l’ONG. “Je sais prévenir une crise. Comment aurais-je pu le savoir sans Partage?”, s’interroge-t-elle. Pour leur part, les autorités et les institutions saluent le travail de 'Partage Tanzania'. Ainsi, après le passage de l’un de ses experts dans la Kagera, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) mentionne le nom de Partage en 2001 dans sa revue 'Population and Development' pour son action et ses efforts d’aide aux orphelins. Dans une récente lettre adressée à l’ONG, le ministère tanzanien du Développement des Communautés, déclare apprécier les efforts réalisés par 'Partage Tanzania', et soutient ses actions en faveur des enfants de Tanzanie. Selon Krynen, son manager, 'Partage Tanzania' a accompagné quelque 16.000 orphelins depuis le début des années 1990, dont la plupart sont aujourd’hui insérés dans la société tanzanienne.

