POLITIQUE: L’ONU demande "une zone verte" en Somalie déchirée par des conflits

NATIONS UNIES, 31 juil (IPS) – La Somalie, un pays perpétuellement enclin à des violences, considéré comme l’un des Etats ayant échoué au monde, pourrait suivre le chemin de l’Irak.

Ahmedou Ould-Abdallah, le représentant spécial de l’ONU pour la Somalie, a proposé la création d’une “zone verte” dans la capitale Mogadiscio, calquée sur le modèle du cocon de sécurité des Etats-Unis, hautement protégé à Bagdad, la capitale irakienne. “Il est temps que les Nations Unies retournent à Mogadiscio”, a-t-il déclaré aux journalistes mercredi.

Déplorant l’inaction du Conseil de sécurité, il a cité le philosophe britannique Edmund Burke, qui a une fois remarqué : “Tout ce qui est nécessaire pour le triomphe du mal est que les bons hommes ne fassent rien”.

Ce pays de la Corne de l’Afrique a été déchiré par des conflits continus au cours des 20 dernières années. L’actuel Gouvernement fédéral de transition (TGF), qui est assiégé, est fortement soutenu par la communauté internationale, y compris les Nations Unies, l’Organisation de la conférence islamique, l’Union africaine, la Ligue des Etats arabes, l’Union européenne et l’Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD). Pourtant, les Nations Unies ont montré de la réticence à l’envoi d’une force de maintien de la paix en Somalie ou à la mise en place d’une forte présence dans un pays ruiné par des violences continuelles.

En janvier 2007, les Nations Unies ont dévoilé un plan d’urgence pour un projet d’une puissante force de maintien de la paix de 20.000 soldats en Somalie. Mais il n’a jamais vu le jour, d’abord pour des raisons politiques et sécuritaires. Cette organisation mondiale et ses agences d’aide opèrent essentiellement à partir de Nairobi, la capitale du Kenya.

Ould-Abdallah a dit mercredi au Conseil de sécurité qu’il était temps que les Nations Unies montrent qu’elles sont sérieuses au sujet de la situation critique de cette nation africaine en se déplaçant physiquement dans ce pays assiégé.

“Notre présence temporaire à Nairobi a beaucoup duré. Nous pouvons seulement œuvrer efficacement pour la paix avec les Somaliens et régler les besoins humanitaires pressants si nous sommes proches des victimes de la famine, des violences et des différents abus”, a-t-il indiqué. L’envoyé spécial de l’ONU a affirmé que les agences des Nations Unies, les organisations humanitaires et la communauté diplomatique – la plupart d’entre eux situés en dehors de la Somalie – devraient venir à Mogadiscio. L’établissement d’une “zone verte”, a-t-il affirmé, facilitera ce processus. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a déclaré en décembre dernier qu’il avait quasiment abandonné tout espoir d’envoyer une force de maintien de la paix en Somalie. “Le danger de l’anarchie en Somalie est clair et présent. Ainsi que la nécessité d’agir”, a-t-il souligné. “J’ai discuté avec les dirigeants de 50 pays et trois organisations internationales sur l’organisation d’une force multinationale. Aucune nation ne s’est proposée pour prendre le devant, bien que certaines aient accepté de fournir des troupes”, a-t-il ajouté. Depuis lors, la situation n’a connu aucun changement significatif, parce qu’une force régionale de maintien de la paix, la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), se bat pour augmenter les troupes et le matériel.

Cette force de toute l’Afrique, créée en janvier 2007, dispose d’une capacité autorisée de 8.000 soldats. Mais seulement 54 pour cent, soit 4.300 hommes, sont actuellement déployés. Ces troupes viennent essentiellement de l’Ouganda, du Burundi, du Ghana et du Nigeria, avec des promesses de la Sierra Leone et du Malawi.

La force AMISOM devrait être remplacée par la force multinationale de l’ONU proposée. Mais en l’absence d’une force de l’ONU, Ban a demandé aux Etats membres de renforcer l’AMISOM par des troupes, des fonds et du matériel supplémentaires. La réponse a été décevante. Dans un rapport adressé mercredi au Conseil de sécurité, le secrétaire général indique qu’il y a un “besoin urgent de troupes supplémentaires pour l’AMISOM afin d’atteindre sa capacité autorisée, notamment dans l’avancée de la poursuite des attaques contre le gouvernement par des insurgés”.

Le rapport indique également que l’un des premiers groupes des insurgés, Al-Shabaab, a confirmé la présence de combattants étrangers dans ses rangs et a déclaré ouvertement qu’il travaillait avec al Qaeda, un groupe terroriste international, à Mogadiscio pour renverser le gouvernement du président Sheikh Sharif Sheik Ahmed. “J'ai une bonne raison de croire qu'il existe des combattants étrangers – et ils sont mieux organisés et mieux disciplinés”, a confié Ould-Abdallah aux journalistes.

Le rapport du secrétaire général de l’ONU dit que bon nombre des combattants seraient venus du Pakistan et d’Afghanistan. “Ils ont été observés portant des cagoules, dirigeant des opérations offensives contre les forces gouvernementales à Mogadiscio et dans des régions voisines”, indique-t-il. Ould-Abdallah a reconnu que la Somalie est un “cas difficile”. Mais des défis existent toujours et ne devraient pas être une raison pour l’inaction. “La communauté internationale ne devrait jamais abandonner ses obligations envers le peuple (de la Somalie)”, a-t-il déclaré.