NAIROBI, 20 mars (IPS) – L’Institut international de recherche sur le bétail (ILRI) basé à Nairobi, au Kenya, estime que 250 millions de personnes en Afrique – un quart de la population – dépendent du bétail pour leurs moyens d’existence; pourtant les gouvernements africains n’investissent presque rien pour appuyer ce secteur.
“Le bétail sur le continent est extrêmement important, notamment pour les pauvres et également pour l’agriculture à grande échelle. Malheureusement, il y a eu un investissement public limité dans l’agriculture. Elle a été considérée comme acquise, et par la suite l’investissement dans le bétail a été plutôt faible”, a déclaré Rhoda Peace Tumusiime, le commissaire de l’Union africaine (UA) pour l’agriculture et l’économie rurale.
Tumusiime s’exprimait au cours de la quatrième Assemblée générale ordinaire de ‘Alive’, un partenariat mondial d’organisations impliquées dans l’appui au développement du bétail en Afrique, tenue à Nairobi du 12 au 13 mars. “Il y a eu un investissement faible et en baisse dans le bétail – non seulement dans le bétail, mais également dans l’agriculture et le développement rural en général. Et pour réussir à sauvegarder un système de développement en Afrique, vous devez considérer l’agriculture. Elle doit être le moteur de la croissance et elle aura un effet de goûte à goûte sur le sous-secteur du bétail”, a confié à IPS dans un entretien, Dr François Le Gall, le directeur sortant du programme ‘Alive’. On estime que si l’investissement augmente dans l’agriculture en général, cela résultera en une allocation de fonds plus élevée au sous-secteur du bétail, ce qui permettra aux gouvernements de fournir des services améliorés aux éleveurs, en particulier dans les zones rurales où 70 pour cent de la population élèvent du bétail sur une petite échelle, selon l’ILRI. Au sommet de l’UA à Maputo, au Mozambique, en 2003, les dirigeants africains ont promis d’allouer 10 pour cent de leurs budgets nationaux à l’agriculture dans cinq ans, en reconnaissance du fait que 30 pour cent des Africains sont sous-alimentés de manière chronologique et que le continent est devenu un grand importateur de vivres. Des chefs d’Etat de l’UA se sont engagés à augmenter des budgets pour l’agriculture, y compris le bétail. Mais le continent est loin de réaliser cet objectif, a observé Tumusiime. Par exemple, l’allocation budgétaire du Kenya pour l’agriculture s’élève à 4,5 pour cent. “Je pense qu’il est extrêmement important de multiplier les efforts dans le développement du bétail parce que des preuves empiriques indiquent qu’au niveau du ménage, le bétail améliore les vies des pauvres, mieux que l’agriculture liée à la culture. Mais les deux sont extrêmement importants pour la croissance économique et la sécurité alimentaire”, a affirmé Tumusiime à IPS.
Le dynamisme du sous-secteur du bétail est indiscutable. Il représente plus de 50 pour cent du capital social agricole en Afrique subsaharienne et est un contributeur significatif au produit intérieur brut (PIB) agricole, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le bétail constitue également une source importante d’aliments, notamment les protéines, les minéraux, les vitamines ainsi que les micronutriments de haute qualité pour la majorité des gens en Afrique. On estime que la viande, le lait et l’œuf fournissent environ un cinquième de protéines dans des régimes africains, indique la FAO. Mais pour accroître la productivité du bétail et constater tout son potentiel comme un instrument de développement, il est crucial que les gouvernements offrent un appui aux éleveurs. Par exemple en établissant un bain parasiticide communal afin d’enlever les tiques des animaux, et en y postant un vétérinaire pour assister les éleveurs avec un traitement complémentaire afin de s’assurer que leurs animaux restent en bonne santé. “Cela réduit énormément le coût parce que engager les services d’un vétérinaire est très cher pour nombre de petits éleveurs et c’est pourquoi nombre d’entre eux perdent leurs animaux du fait de maladies traitables”, a souligné à IPS, dans un entretien téléphonique depuis Sirende, dans l’ouest du Kenya, Lucas Simiyu, un responsable de l’Association des éleveurs de bétail de Sirende.
Fournir des subventions aux petits éleveurs de bétail est aussi crucial afin de les aider à réduire les coûts de la production, puisque dans les mêmes conditions, des subventions aux producteurs de maïs au Malawi ont rapidement restauré la sécurité alimentaire.
Le gouvernement du Malawi a pris une décision hardie pour commencer par subventionner les engrais et les semences à haut rendement pour les petits fermiers en 2005. Le résultat – ce petit pays enclavé est passé de son statut de bénéficiaire chronique de l’aide alimentaire pour devenir un grand exportateur du maïs seulement en deux ans. Il est maintenant un donateur de vivres à d’autres nations africaines. “La sagesse conventionnelle a été que nous ne voulons pas de subventions; qui a été une sorte de religion des 10 ou 20 dernières années. Mais je pense que l’expérience du Malawi par rapport aux engrais est très controversée. Toutefois, en général, il semble exister un consensus selon lequel elle a aidé, dans le court terme, à les rendre compétitifs”, a déclaré à IPS, au cours de la rencontre, Carlos Sere, directeur général de l’ILRI. Selon Sere, cette histoire de réussite peut être accrue proportionnellement dans le sous-secteur du bétail. “Les petits fermiers peuvent être compétitifs, mais ils ont besoin du soutien du gouvernement. Les grandes entreprises peuvent le faire elles-mêmes; les petits fermiers ont besoin de l’environnement approprié des services publics, y compris des subventions. Ce sont des intrants pour assurer une productivité accrue”.
Mais cette question des subventions pour les fermiers africains a été épineuse, ce qui a été confrontée à une opposition des donateurs.
À part les subventions, une productivité accrue du bétail pourrait être également améliorée à travers des systèmes d’alerte anticipée à grande distance afin d’informer les fermiers d’une quelconque calamité imminente. De tels systèmes se sont révélés efficaces dans des pays comme l’Ouganda où des inondations fréquentes dans le nord ont dans le passé causé de graves pertes aux fermiers avec leur bétail qui était infecté par la ‘fascioliase’ (infection de la veine du foie), une maladie fatale du foie. Dans les régions de Karamoja et de Soroti – respectivement dans le nord et l’est de l’Ouganda – sujettes à des inondations, des responsables agricoles ont profité maintenant de l’avantage des alertes anticipées des institutions de recherche. “Nous avons appris une leçon. Au cours de chaque phase des inondations, nous avertissons les éleveurs qu’après les inondations, ils devraient immédiatement enlever les vers des animaux, et de cette façon, nous avons pu empêcher la ‘fascioliase’ d’apparaître”, a indiqué William Olaho Mukani, directeur des ressources animales au ministère de l’Agriculture et de l’Industrie animale en Ouganda. Mais la capacité d’agir est toujours limitée dans beaucoup de pays africains, où la bureaucratie au gouvernement fait obstacle à l’obtention des financements pour permettre de faire face aux menaces des catastrophes. “Fréquemment, elle rend l’alerte anticipée inutile parce qu’avant que les équipes de vaccination ne sortent par exemple, la maladie s’est déjà propagée et a tué des gens ou des animaux”, a affirmé Sere. Il a ajouté : “Nous devons penser à comment nous devons nous organiser dans les services vétérinaires d’une manière plus efficace, afin de disposer rapidement d’un corps expéditionnaire qui peut se déplacer, avoir des budgets prêts que le directeur des services vétérinaires peut utiliser pour des accès (de maladies) par exemple. Vous avez besoin d’une manière moins bureaucratique de faire face à ces urgences”. Sauf si ces détails fondamentaux sont réglés, assurer la productivité du secteur du bétail et de l’ensemble du secteur agricole en Afrique peut être une tâche décourageante.

