COTONOU, 22 mars (IPS) – Des magistrats et des médecins gynécologues du Bénin ont été formés à Cotonou, la capitale économique béninoise, sur l’interprétation judiciaire des preuves médico-légales dans les cas de violences faites aux femmes ainsi que sur l’examen et l’enquête relative aux cas de viol.
Cette formation s’est déroulée à l’occasion d’une conférence internationale organisée du 16 au 19 mars s’inscrivant dans la mise en œuvre de l’Initiative pour la justice et l’autonomisation des femmes. C’est un programme initié par le gouvernement américain dont le but est d’accorder plus de justice aux femmes et de leur permettre de se prendre en charge.
Les travaux se sont déroulés sous la supervision de l’ambassade des Etats-Unis au Bénin, avec la participation de l’ambassade de France et du ministère béninois de la Justice. L’organisation d’une telle conférence se justifie par le fait que les violences faites aux femmes constituent une réalité dans ce pays d’Afrique de l’ouest, selon les initiateurs. Jéronime Houngbo, directrice du projet 'Empower' initié par l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et mis en œuvre par 'Care International' en partenariat avec des institutions publiques et de la société civile béninoise, estime que le sujet des violences faites aux femmes est plus que d’actualité.
Selon une étude menée au début de 2008 par Care International, il existe au Bénin six types de violences basées sur le genre. Il s’agit des violences verbales et psychologiques admises par 86 pour cent des personnes interrogées; les violences physiques admises par 76 pour cent; la traite des femmes et des jeunes filles reconnue par 47 pour cent; les violences sexuelles admises par 44 pour cent; les pratiques traditionnelles néfastes reconnues par 43 pour cent; et les violences économiques.
Cette étude établit que les femmes victimes sont pour la plupart non instruites et se retrouvent en majorité en zone rurale, âgées de 21 ans et plus. Les filles quant à elle, sont pour la plupart issues de familles pauvres, non scolarisées ou déscolarisées et âgées de 10 à 14 ans.
Le Bénin est donc sérieusement touché par ce problème et les femmes adultes n’en sont pas les seules victimes. «Par rapport à notre expérience sur le terrain, les violences et le viol sont des faits quotidiens. Il y a des enfants de moins de trois ans qui sont violées par des personnes dont l’âge varie entre 40 et 50 ans», a déclaré Houngbo à IPS.
«Ce qui est en train d’être fait par le département américain de la Justice en partenariat avec les ministères béninois de la Justice, de la Défense et de l’Intérieur, tend à une meilleure investigation et de meilleures poursuites en ce qui concerne les cas de violences faites aux femmes», a-t-elle indiqué.
Il arrive très souvent que même dans les cas de dépôt de plainte, les preuves fournies par la plaignante soient jugées insuffisantes par les autorités de police, d’où la nécessité de présenter un dossier médical plus complet, a ajouté Houngbo.
Selon Dan Duddis, le facilitateur de la conférence et conseiller juridique à l’ambassade des Etats-Unis au Bénin, les officiers de la police judiciaire et les magistrats doivent, pour bien mener une enquête, avoir accès à tous les outils modernes et scientifiques pouvant leur permettre de résoudre les contentieux liés à ce type de violences. Durant la conférence, un médecin légiste a effectué une présentation sur la manière d’examiner et d’enquêter sur un cas de viol. Cette présentation destinée aux gynécologues tendait à leur apprendre à donner les informations nécessaires pour prouver un viol, afin que la police et la justice puissent engager des poursuites. «Nos lois n’ont pas suivi le développement de la société béninoise. Les dispositions existant en matière de répression de comportements intolérables sont contenues dans un code qui date de 1877», a expliqué Wabi Obadimedji, spécialiste antiviolence basée sur le genre au sein du projet 'Empower'.
«Il n’existe aucune loi sanctionnant des personnes ayant causé du tort à une femme. Les lois existantes répriment les personnes coupables de voies de faits sur un citoyen béninois tout simplement. C’est vrai qu’il y a des efforts, des lois sur le harcèlement, sur le déplacement des mineurs par exemple, mais on ne se focalise pas sur les femmes en particulier», a affirmé Obadimedji. Pour donner une idée de l’impact financier des violences faites aux femmes, Duddis a expliqué qu’aux Etats-Unis, le coût économique des violences conjugales s’élève à quelque six milliards de dollars par an, y compris la perte de productivité des femmes violentées et les soins médicaux nécessaires. L’interprétation des preuves médico-légales dans les cas de violences faites aux femmes ainsi que la création d’un corps de gynécologues spécialement formés pour l’examen et l’enquête sur des cas de viols, constituent le troisième volet de l’Initiative pour la justice et l’autonomisation des femmes. Les trois autres volets sont la sensibilisation de l’ensemble de la population béninoise aux droits des femmes; le soutien aux femmes victimes d’actes de violence définis par le projet 'Empower'; ainsi que la formation des gendarmes et policiers afin de les aider à faire face à ces cas de violence. Trois autres pays africains bénéficient de ce programme : le Kenya, la Zambie et l’Afrique du Sud.

