MELBOURNE, 16 mars (IPS) – Avec des centaines de sociétés minières australiennes impliquées actuellement dans l’extraction des ressources naturelles en Afrique, le gouvernement Rudd vise également à jouer un rôle plus grand dans les affaires du continent.
Dans un discours délivré au conseil exécutif de l’Union africaine (UA) en Ethiopie tôt cette année, le ministre des Affaires étrangère, Stephen Smith, a été direct en déclarant les intentions de l’Australie. “Je suis venu à Addis Abeba… pour vous transmettre personnellement l’engagement profond et la forte résolution du gouvernement australien d’améliorer les relations de l’Australie avec les Etats-nations et le continent africain”, a déclaré Smith aux ministres du conseil exécutif le 29 janvier. Il a ajouté que jusqu’ici, “l’Australie n’a pas donné à l’Afrique la priorité qu’elle requiert et mérite”.
David Lucas, basé à l’Université nationale de l’Australie et président de l’Association des études africaines d’Australasie et du Pacifique (ASAAP), affirme que l’Australie a en fait négligé l’Afrique dans le passé. “Sous le gouvernement [conservateur] précédent, je ne pense pas qu’ils aient été si enthousiastes au sujet de l’Afrique”, a confié Lucas à IPS.
La nouvelle importance placée sur le développement d’une relation plus profonde avec le continent, semble toutefois provenir directement de la croissance de l’investissement de l’Australie dans le secteur des ressources de l’Afrique subsaharienne au cours de la dernière décennie. La valeur de l’investissement actuel et potentiel des plus de 300 entreprises minières, pétrolières et gazières australiennes opérant là-bas – y compris BHP Billiton, la plus grande société minière du monde, qui est active en Angola, en Guinée, au Mozambique et en Afrique du Sud – est estimée à quelque 20 milliards de dollars US. Au total, la récente croissance commerciale de l’Australie avec l’Afrique – elle a augmenté de plus de dix pour cent en moyenne par an depuis 2003 – est deuxième seulement après les liens commerciaux avec l’Asie au cours de la même période.
Et afin d’accroître cette relation grandissante, l’Australie cherche à renforcer ses relations en matière de défense avec le continent. Il y a actuellement plus de 30 soldats de la Force de la défense australienne (ADF) au Soudan – huit soldats de la paix sont avec la Mission des Nations Unies et l’Union africaine au Darfour (MINUAD) et environ 25 membres de l’ADF travaillent comme des observateurs militaires et personnel d’appui logistique à la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) – et le gouvernement tient à en rajouter à cela. “Le gouvernement australien sent qu’il est temps de renforcer notre engagement avec l’Afrique et l’Union africaine dans les domaines de la paix et de la sécurité”, a indiqué le ministre de la Défense, Joel Fitzgibbon, au cours d’une visite en Afrique en février.
Fitzgibbon et le chef de l’ADF, Angus Houston, avaient des entretiens avec leurs homologues africains concernant de nouveaux arrangements, qui comprennent l’établissement d’un attaché de défense australien résident pour l’Afrique ainsi que des cours de formation disponibles ici pour quelques officiers désignés de l’UA.
Fitzgibbon a également déclaré qu’à la fin de 2009, “l’Australie co-organisera un symposium sur le maintien de la paix en Afrique avec l’Union africaine et les Nations Unies pour permettre un échange d’expérience et d’expertise”.
Par ailleurs, l’Australie doit augmenter son aide à l’Afrique, malgré le maintien d’une lourde inclinaison vers la région Asie-Pacifique. En 2006, l’Aide publique au développement (APD) bilatérale de l’Australie – une aide apportée aux pays en développement – au continent était seulement de quatre pour cent du total disponible.
Mais selon le gouvernement, ce qu’il appelle “assistance de développement” à l’Afrique a augmenté de 23 pour cent depuis que le Parti travailliste de l’Australie, dirigé par Kevin Rudd, a été élu en novembre 2007.
Un récent examen du programme d’aide de l’Australie par l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a indiqué que l’APD totale de l’Australie pour 2008-2009 s’élève à 3,7 milliards de dollars australiens (2,4 milliards de dollars US) ou à environ 0,32 pour cent du produit intérieur brut. Et avec l’Australie envisageant d’augmenter le pourcentage alloué à l’aide au cours des prochaines années, l’Afrique est appelée pour en bénéficier proportionnellement. “L’Afrique continuera par bénéficier de notre engagement à augmenter proportionnellement le programme d’aide de l’Australie de 0,5 pour cent du produit intérieur brut de l’Australie d’ici à 2015-2016”, a souligné Smith en janvier. Toutefois, Lucas avertit que toute négociation pour une aide accrue doit être modérée par la crise économique qui a englué le monde. “Parce que le gouvernement est engagé pour un objectif qui est lié à notre produit intérieur brut, si notre produit intérieur brut chute, alors la somme d’argent que nous affecterons à l’Afrique chutera aussi”, affirme le président de l’ASAAP. Quand même, ce n’est pas seulement la défense et l’aide – les avantages significatifs de “l’assistance de développement” sont critiqués par Dambisa Moyo, une économiste zambienne, dans son livre publié récemment : ‘Dead Aid’ (Aide morte) – à travers laquelle l’Australie cherche à développer des liens plus profonds avec l’Afrique. Le gouvernement veut également encourager la croissance des liens de population à population, notamment avec l’augmentation des nombres d’Africains migrant vers l’Australie. “Les liens solides de population à population, qui existent déjà… permettront de renforcer notre relation”, a déclaré Smith aux dirigeants de l’UA à la rencontre d’Addis Abeba.
Parmi les 150.000 personnes environ venant s’installer de façon permanente ici entre juillet 2007 et juin 2008, 10.600 sont venus d’Afrique subsaharienne – 8.300 autres personnes sont arrivées d’Afrique du nord et du Moyen-Orient, pour lesquels les chiffres du ministère de l’Immigration n’ont pas fait une distinction – représentant 7,1 pour cent de toutes les personnes installées de manière permanente. Alors que ces chiffres comprennent des Africains s’installant en Australie sous le programme humanitaire du pays – plus de 30.000 visas ont été délivrés aux Africains sous ce flot entre 2003 et 2007, et jusqu’en juin 2008, des nationaux du Soudan, du Libéria, de la République démocratique du Congo, du Burundi et de la Sierra Leone figuraient numériquement parmi les dix premiers bénéficiaires des visas humanitaires.
Il y a également près de 9.000 étudiants africains qui étudient ici.
Tredwell Lukondeh, le président du Conseil de la fédération des communautés africaines de l’Australie – la principale organisation nationale des Africains en Australie – affirme que les liens interpersonnels croissants entre les Africains et les Australiens font qu’il est impératif que les relations politiques soient également étroites. Mais il qualifie la récente approche de l’Australie vers l’Afrique de “peu enthousiaste”, illustrée par son absence relative de représentation diplomatique à travers le continent. “Par exemple, je suis venu personnellement de la Zambie où nous avions une mission [diplomatique] australienne pendant plusieurs années, mais qui a cessé de fonctionner il y a dix ou 15 ans. Et il n’y a pas une seule depuis, malgré le fait que cette zone comprend plusieurs pays dont les nationaux voyagent en Australie”, a souligné Lukondeh à IPS.

