SANTE-KENYA: Des ruptures de médicaments menacent la santé publique

NAIROBI, 13 mars (IPS) – Lorsque des centres de santé publics sont souvent en rupture de médicaments à tel point qu’un travailleur communautaire est obligé d’acheter des médicaments de base comme des calmants en gros pour être utilisés par la communauté, alors il y a un problème.

Florence Machai, qui travaille avec des communautés à Lugale dans l’ouest du Kenya, est dans une telle situation. “Je stocke des ‘Panadols’ (des calmants) dans ma maison pour les gens parce que lorsqu’ils fréquentent le centre de santé local, ils retournent sans médicaments. Ils ne peuvent pas acheter ces calmants”, a-t-elle déclaré à un forum public tenu en février pour discuter d’une rupture persistante de médicaments que des centres de santé publics sont en train de connaître. Onyango Wambia, un agent de santé communautaire à Maseno, district de Kisumu dans l’ouest du Kenya, décrie le manque de médicaments dans des hôpitaux publics et le coût élevé des médicaments dans les centres de santé privés. “Là où je travaille, beaucoup de gens sont en train de mourir parce qu’ils ne peuvent pas supporter le coût élevé des médicaments dans les pharmacies privées”. Wambia, un diabétique, a lui-même recouru à une thérapie alternative où il mâche huit clous de girofle, du gingembre et de l’ail chaque jour pour baisser son niveau de sucre élevé. Il affirme qu’ils sont amers, mais bon marché. Une dose de médicaments pour le diabète est vendue dans des pharmacies privées à environ 24 dollars, considérablement élevé dans un pays où des statistiques gouvernementales indiquent que la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour. “Si les médicaments conventionnels étaient disponibles et abordables, je retournerais les prendre”, a ajouté Wambia. Bien que des autorités aient tenté de fournir un traitement gratuit et subventionné dans des centres de santé, des ruptures de stock fréquentes de médicaments ont caractérisé le secteur de la santé publique. Les plus touchés par cette crise sont les pauvres et les gens dans les zones rurales.

Veronica Kalunde, qui fournit des soins à domicile à des patients à Kibera, un quartier pauvre de Nairobi, la capitale kényane, indique que parce qu’il n’y a pas de médicaments dans les centres de santé publics, des familles se tournent vers le secteur privé où les prix sont considérablement élevés, les obligeant à prendre des doses incomplètes. “Des gens achètent de petites doses et abandonnent plus tard le traitement à mi-chemin. Ils sont embarrassés entre l’achat de la nourriture pour la famille et des médicaments, et plus tard, oublient le traitement”, a expliqué Kalunde. Cela est dangereux puisque les patients risquent de développer une résistance aux médicaments, selon des experts en santé comme Patrick Mubangizi, un pharmacien et coordonnateur régional pour l’Afrique de ‘Health Action International’ (HAI).

HAI, qui est un réseau mondial comprenant des ONG, des consommateurs, des universitaires et des fournisseurs de soins de santé, s’est associé à Oxfam et à ‘Kenya Treatment Access Movement’ (Mouvement pour l’accès au traitement du Kenya) pour mettre la pression sur le gouvernement en vue de mettre fin à la crise. La campagne “Stop Stock-Outs” (Arrêter les ruptures de stock) veut que les médicaments essentiels soient restaurés dans les rayons des hôpitaux en vue d’un accès facile à ceux qui en ont besoin. Les médicaments essentiels, tels que définis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sont des médicaments utilisés pour traiter des maladies courantes, y compris le paludisme, la pneumonie, la diarrhée, le VIH, la tuberculose, les diabètes et l’hypertension. L’OMS exige que ces médicaments soient disponibles dans tous les centres de santé publics.

Mais des enquêtes trimestrielles, organisées depuis 2003 par HAI et le ministère de la Santé pour établir la disponibilité et l’accès des médicaments dans les hôpitaux publics, indiquent que les centres de santé publics ruraux disposent comme d’habitude seulement de 50 pour cent des médicaments essentiels disponibles, alors que les centres de santé publics dans les zones urbaines sont légèrement mieux lotis avec 60 pour cent de disponibilité. En janvier, le pays a connu une rupture de BCG – un vaccin anti-tuberculose administré aux enfants avant qu’ils n’aient deux ans. Le pays avait été épuisé par ce qui a été qualifié d’un autre choc d’approvisionnement. En février, il y avait une grave rupture des médicaments anti-paludiques à l’Hôpital provincial de Nyanza dans la province de Nyanza, dans l’ouest du Kenya, avec des responsables de l’hôpital reconnaissant que ce problème avait persisté pendant des mois. Le paludisme est la cause principale de la mortalité et de la morbidité dans ce pays.

“Il est inexcusable que des Kenyans dépendant des centres de santé publics continuent de mourir et de souffrir de douleur et de traumatisme pour manque de médicaments essentiels pour traiter des conditions sanitaires courantes”, a déclaré Mubangizi. Le ministre de la Santé, Anyang' Nyong'o, a annoncé qu’il y avait des stocks insuffisants de médicaments anti-paludiques et anti-tuberculeux dans les centres de santé publics à travers le pays, indiquant que les stocks disponibles dureraient seulement sept mois. Cette rupture a été causée par des retards dans l’approvisionnement et la distribution des médicaments. L’Agence des approvisionnements médicaux du Kenya (KEMSA) joue ces rôles, mais son travail est handicapé par le ministère de la Santé, qui verse des fonds pour ces services. Ce ministère doit environ 21 millions de dollars à ceux qui fournissent des médicaments à KEMSA et par conséquent, ces fournisseurs ont refusé d’envoyer davantage de médicaments jusqu’à ce que leurs dettes soient réglées.

Le ministère de la Santé affirme que le problème est en train d’être réglé. Le secrétaire permanent, James ole Kiyiapi, a déclaré le 5 mars que des paiements aux fournisseurs avaient déjà commencé. Mais des craintes surgissent, selon lesquelles si la situation actuelle persiste, des rayons vides dans les pharmacies des hôpitaux publics continueront par être la norme. Ce n’est pas seulement le Kenya qui connaît des ruptures de stock de médicaments. Le Malawi est également dans la même situation, avec des centres de santé publics souvent en rupture de médicaments pour les infections opportunistes et le paludisme, selon Martha Bwathene de ‘Malawi Health Equity Network’ (Réseau pour l’équité en santé du Malawi).

La situation du Malawi est aggravée par le fait que 60 pour cent du budget pour la santé du pays sont financés par des donateurs. “Maintenant avec le craquement mondial du crédit, le secteur de la santé peut se voir allouer de moins en moins d’argent, ce qui signifie que les ruptures de stock peuvent se poursuivre pendant un long moment”, a souligné Bwathene au forum de Nairobi.