AFRIQUE DE L'OUEST: Améliorer les stratégies sous-régionales contre l'excision

DAKAR, 18 oct (IPS) – En Afrique subsaharienne, environ trois millions de femmes et de filles subissent annuellement l'excision et les mutilations génitales, selon le bureau régional du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) à Dakar, la capitale sénégalaise.

Des organisations de défense des droits de la femme, qui s'inquiètent de la perpétuation de cette pratique, reconnaissent néanmoins que des efforts ont été faits par des gouvernements africains, notamment avec l'appui de l'UNICEF. Mais elles estiment qu'il faudrait diversifier les champs d'intervention pour prendre véritablement à bras le corps cette pratique qui viole les droits fondamentaux des filles et des femmes. Les mutilations génitales féminines (MGF), une pratique traditionnelle utilisée dans plusieurs pays du monde et jugée dangereuse pour la santé des femmes, ont enregistré un recul en Afrique. Au Sénégal, par exemple, plus de 60 pour cent des villages, qui ont déclaré publiquement avoir abandonné les MGF, l'ont fait effectivement, selon l'UNICEF et Tostan, une organisation non gouvernementale (ONG) américaine établie à Dakar. “De 1997 au 30 mars 2008, sur les 5.000 villages où se pratiquait l'excision, 3.170 communautés ont déclaré publiquement l'abandon de la pratique et des mariages précoces, soit près de 63,4 pour cent”, selon le ministère sénégalais de la Famille.

Toutefois, différents acteurs de la lutte contre les MGF, venus de plusieurs pays d'Afrique de l'ouest, ont fait un constat lors d'une rencontre cette semaine à Dakar : malgré les efforts accomplis dans la sous-région, l'excision se pratique encore. Il est donc important, selon les participants, de peaufiner des stratégies d'une lutte combinée, concentrée sur la conscientisation des masses. Mais ils reconnaissent que cette approche a suffisamment montré ses limites objectives. Les participants sont venus des pays suivants : Mauritanie, Guinée, Guinée-Bissau, Gambie, Mali, Niger et Sénégal. Les participants estiment qu'il est donc nécessaire d'ouvrir plusieurs fronts afin de parvenir à des résultats probants, puisque malgré les efforts, les statistiques de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) deviennent de plus en plus surprenantes. Selon les enquêtes de l'OMS, publiées en septembre dernier, pas moins de 140 millions de femmes et de filles, à travers le monde, ont subi l'excisi on et une mutilation génitale. Selon l'UNICEF, plus de 90 pour cent des femmes sont excisées en Guinée, au Niger et au Mali. La situation s'améliore en revanche dans certains pays comme le Burkina Faso, le Sénégal et le Bénin où la proportion de femmes mutilées est passée, en une dizaine d'années, de deux tiers à un peu moins de la moitié. La représentante de la Guinée, Amisétou Camara, a indiqué que malgré la sensibilisation et l'appui des ONG, les populations n'ont pas changé de comportement vis-à-vis des MGF. La pratique, dit-elle, continue de plus belle dans son pays. “Nous allons faire maintenant plus de suivi”.

Selon les participants, il est plus que jamais impératif de combattre la pauvreté des familles africaines pour bien mener la lutte contre les MGF. La pauvreté reste le point nodal du problème, car si on peut aider les exciseuses à sortir de la pauvreté, elles seront résolues à ranger ciseaux, lames, et couteaux. Tout en reconnaissant que c'est bien de les sensibiliser sur les dangers que comporte cette pratique et de vouloir changer leur mentalité sur une croyance sociale qui se perpétue de génération en génération, de famille en famille, ils estiment qu'il est indispensable que ces femmes parviennent à gagner leur vie autrement. La représentante de l'UNICEF à Dakar, Mariam Coulibaly, a affirmé que les réponses politiques et sociales apportées au Sénégal ont favorisé un développement rapide de l'offensive contre le fléau et justifient aujourd'hui l'espoir d'un abandon total de cette pratique dans ce pays.

Elle insiste sur “l'urgence de promouvoir des actions transfrontalières coordonnées en vue de permettre une mutualisation des approches et des expériences par pays. Ce qui permettra une accélération du mouvement d'abandon dans toute la sous-région”, ajoute-t-elle à IPS. Selon Soukhaina Amidou, la représentante du Niger, la souffrance silencieuse des femmes excisées est à la base de traumatismes à vie, d'hémorragies et d'autres fâcheuses conséquences qui ont conduit au fort taux de mortalité constatée chez les femmes victimes du fléau. Les gens continuent de pratiquer l'excision dans son pays avec le soutien des chefs religieux et traditionnels qui perpétuent la pratique, affirme-t-elle. “Au Bénin, au Togo et au Burkina Faso, les autorités ont instauré des peines de prison allant jusqu'à 15 ans contre les exciseuses, surtout lorsqu'il y a un décès, mais il faut aussi une action de suivi pour que les victimes ne souffrent pas intérieurement”, explique Amidou à IPS. Aicha Ka, une étudiante en sociologie à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, estime que l'éradication de l'excision doit commencer par un changement de mentalité et de comportement chez les exciseuses. Si certaines femmes dans les pays de la sous-région ne veulent pas abandonner cette pratique, c'est parce que c'est quelque chose de culturel pour elles et qu'il faut préserver, souligne-t-elle. “Les gens doivent aller dans les villages reculés pour faire comprendre les conséquences de la pratique et aider à changer la mentalité et le comportement de nos populations, c'est important”, ajoute Ka. Boubacar Traoré, le représentant du ministre de la Famille à la rencontre, a déclaré que le Sénégal s'est engagé résolument pour l'abandon de l'excision à travers différents volets. Dans un premier temps, il y a eu le vote de la loi de janvier 1999 “interdisant la pratique et exprimant ainsi la volonté de l'Etat d'améliorer la santé et le statut des femmes et des enfants”. Selon Traoré, Le gouvernement a élaboré un plan d'actions de lutte pour l'abandon de l'excision et des mutilations génitales féminines. Ce plan, a-t-il dit à IPS, a permis de développer des activités d'information, de sensibilisation, d'éducation et de plaidoyer en faveur de l'abandon de ces pratiques.