SÃO TOMÉ, 17 oct (IPS) – Le pouvoir vous isole — spécialement lorsque vous êtes l'une des deux seules femmes parmi 53 hommes à l'Assemblée nationale de São Tomé et Príncipe.
Le bâtiment blanc, grand et informe de l'assemblée dans la capitale de ce petit archipel de São Tomé et Príncipe (200.000 habitants), dans le Golfe de Guinée, à l'ouest du Gabon, a une nette sensation rétro des années 1960. Ce qui s'y passe, en termes d'équilibre de genre, est aussi rétrograde que son architecture en forme de boîte, ses contours nets et ses courbes et zigzags en béton. "Voici un anachronisme", affirme Albertino Bragança, un député. "Le machisme culturel qui prévaut dans notre société — selon lequel les femmes doivent s'occuper des enfants et de la maison — est le problème".
Bragança est président du Parti pour la convergence démocratique (PDC en portugais), membre d'une coalition au pouvoir avec le Mouvement pour la libéralisation de São Tomé et Príncipe-Parti social démocrate (MLSTP-PSD en portugais) et la Force pour le mouvement démocratique du changement (MDFM).
Lors des dernières élections législatives en mars 2006, cette coalition a gagné 43 des sièges de 55 sièges, y compris les deux seules femmes du parlement. Deux autres sont des suppléantes. L'Action démocratique indépendante (ADI) de l'opposition et le 'New Way Movement' (NR) détiennent les sièges restants, mais n'ont aucune femme députée. "C'est l'un de nos pires parlements en termes de représentation des femmes", déclare Christina Dias, une députée de la coalition au pouvoir, qui était ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Pêches jusqu'à une date récente. Le parlement précédent comptait cinq femmes. Ainsi Dias est en train de faire pression pour obtenir un quota obligatoire pour les femmes sur les listes des partis et Bragança la soutient. Il dit que le PDC envisage un quota volontaire de 30 pour cent pour les élections municipales en 2008 et les élections législatives en 2010. Bragança déplore que certains partis n'aient aucune femme candidate et d'autres les positionnent au bas de leurs listes, réduisant ainsi leurs chances d'être élues. La situation est meilleure au gouvernement, avec quatre femmes détenant les portefeuilles de la Planification et des Finances; de la Défense; du Travail, de la Solidarité et de la Famille; et de la Communication sociale, de la Jeunesse et des Sports, sur un total de 14 ministres. La politique au São Tomé suit le modèle décrit dans une étude de 2008 réalisée par L'Union interparlementaire (UIP) basée à Genève : des partis politiques opèrent comme "des entités fermées" et comme des réseaux de grands garçons qui rendent l'accès difficile aux femmes. "Nous avons vu à plusieurs reprises que les partis politiques ne prennent pas en compte la participation des femmes", affirme Manuela Ferreira, une députée suppléante du MDFM/PDC. "Ainsi nous avons peu d'opportunité pour améliorer notre système électoral". Ferreira, 45 ans, est docteur en médecine. A 12 ans, elle rejoint l'aile de la jeunesse de la lutte de libération, a étudié dans l'ancienne Union soviétique, et depuis lors, a combiné la politique, la médecine et la vie familiale. Des hommes indifférents Elles peuvent ne pas être nombreuses, mais les femmes députées de São Tomé font sentir leur présence. Maria das Neves Sousa est dans la politique depuis longtemps. Une économiste, avec deux filles à l'université, elle était Premier ministre entre 2002 et 2004 et a conduit le gouvernement à travers la récente crise la plus grave du pays, un coup d'Etat manqué en 2003 par un groupe de soldats saotoméens, d'anciens membres du 'Buffalo Battalion' mercenaire en Afrique du Sud sous l'apartheid. Plus tard, Neves a été limogée sur la base des accusations non fondées de dilapidation de l'aide japonaise, qu'elle soutient être un "complot politique" contre sa personne. Elle a refait son apparition au parlement, où elle préside la Commission des droits de l'Homme, de la citoyenneté et des questions de genre. A travers le monde, les femmes députées ont fait des efforts pour faire voter des lois sur la violence à l'encontre des femmes, indique l'étude de l'UIP. São Tomé n'est pas une exception. Pendant plusieurs années, Neves a milité à l'assemblé pour changer le code pénal, qui ne considérait pas la violence physique contre les femmes comme un crime. Elle y est parvenue en septembre. Son effort de lobbying est repris dans l'étude de l'UIP : "J'ai commencé à militer au parlement pour dire aux hommes que si elle (cette loi) n'est pas votée, cela signifie qu'ils ne font pas partie de la solution, mais plutôt du problème". Cette nouvelle loi punit des crimes de violence physique de huit à 16 ans d'emprisonnement. "Maintenant que nous avons la loi, nous voulons que la presse et la société civile se joignent à la lutte contre ce fléau, enraciné dans l'alcool, la jalousie et surtout la pauvreté", souligne-t-elle. Neves a déclaré à IPS qu'elle pouvait encore essayer de se présenter au poste de Premier ministre. Le Premier ministre est choisi par l'Assemblée nationale et confirmé par le président. Ses expériences au niveau du parti, du législatif et de l'exécutif lui ont enseigné une vérité tangible. "Lorsqu'il s'agit des questions de femmes, les hommes ne sont pas très intéressés. Ce sont les femmes qui prennent l'initiative et qui demandent le soutien des hommes", affirme-t-elle dans l'étude de l'UIP.
Si Neves devait redevenir Premier ministre, il faudrait espérer d'autres mesures pour promouvoir l'égalité de genre.

