DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: La CEN-SAD se lance le défi de l'autosuffisance alimentaire

COTONOU, 20 juin (IPS) – Le dixième sommet de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD), tenu à Cotonou, au Bénin les 17 et 18 juin, vient de lancer une intense campagne pour augmenter la production et la productivité agricoles au sein de la communauté.

Au cours du sommet dont le thème était "Développement rural et sécurité alimentaire dans l'espace CEN-SAD", le colonel Muammar El Kadhafi, guide de la révolution libyenne et principal bailleur de la communauté, s'est engagé à promouvoir et soutenir la mécanisation de l'agriculture dans les Etats membres de la CEN-SAD. "Il y a des agriculteurs des pays de la CEN-SAD qui continuent encore de labourer avec des bœufs, des ânes, ou qui utilisent encore leurs mains pour cultiver leurs champs. Nous allons leur faire bénéficier d'une grande campagne de mécanisation de l'agriculture que nous lançons à Cotonou", a notamment déclaré Kadhafi. Kadhafi a annoncé à Cotonou qu'il mettra à la disposition des paysans de l'espace CEN-SAD "des moyens aériens et terrestres pour combattre l'invasion des criquets et d'autres périls nuisibles aux productions agricoles". Aussitôt dit, aussitôt fait, semble dire le ministre béninois de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche, Roger Dovonou. "Il y a déjà du concret. Les tracteurs promis par le colonel Kadhafi sont déjà là. Le Bénin a reçu dix tracteurs. Et il en a promis, pour le moment, 300 pour tous les pays membres de la CEN-SAD". Le Bénin bénéficie également d'un stock de maïs et de riz de la part de la Libye qui a promis de continuer à l'approvisionner, "mais je ne pourrai pas vous dire à l'heure actuelle dans quelle quantité", a indiqué Dovonou. Au-delà de la mécanisation de l'agriculture, ajoute Dovonou, des programmes ont été élaborés pour permettre aux pays de la CEN-SAD de pouvoir disposer de suffisamment de denrées grâce à la maîtrise de l'eau et à l'amélioration du réseau routier pour l'accessibilité des zones de production. Ces programmes sont élaborés pour la période 2008-2010 dans un premier temps, et ils seront étalés sur cinq ans. Le plus urgent, souligne pour sa part Jean Ping, président de l'Union africaine, qui a participé aux travaux du sommet de la CEN-SAD à Cotonou, c'est que l'Afrique augmente sa production alimentaire et sa productivité agricole. "Nous importons 40 pour cent du riz et 80 pour cent du blé que nous consommons. Donc, lorsqu'on spécule sur le prix du blé à Chicago et que les pays d'Asie décident de ne plus exporter leur riz, les prix montent forcément. La bonne mesure à long terme donc, c'est d'augmenter notre production et la productivité de nos pays". Pour ce faire, il faut mettre les engrais, les intrants et les engins à la disposition des producteurs africains. Certaines institutions internationales, poursuit-il, ont conseillé à un moment, aux pays africains, de ne plus se préoccuper de l'agriculture, et que s'ils ont besoin de produits alimentaires, il suffisait d'ouvrir les frontières. "Et bien, cela ne marche pas. On a beau ouvrir les frontières, baisser les taxes, les produits n'arrivent pas moins chers, les prix montent", souligne-t-il. Face à l'ampleur de la crise actuelle et à ses causes structurelles, "ma conviction", indique le président béninois, Boni Yayi, "est qu'il devient urgent d'engager une transition rapide vers des mécanismes de sécurité alimentaire de nature structurelle, et donc de traiter en priorité de la question du développement rural sur le long terme pour nous préserver des crises alimentaires endémiques". A cet effet, le sommet a envisagé la création d'un Observatoire de la sécurité alimentaire sur le modèle de ce qui se fait déjà en Tunisie et dont "l'objectif serait de suivre les ressources naturelles, la disponibilité des productions agricoles, la tendance des prix des céréales et les investissements en matière de promotion agricole en vue de prévenir les éventuelles crises", indique le rapport de travail du Conseil exécutif de la CEN-SAD. La CEN-SAD a été créée en 1998, à Tripoli, en Libye, à l'initiative du leader libyen, et regroupe à ce jour 25 Etats membres répartis en Afrique du nord, de l'ouest, de l'est et du centre. "Elle représente, avec ses 13,4 millions de kilomètres carrés, 45 pour cent de la superficie de l'Afrique, 411,2 millions d'habitants, soit 48,2 pour cent de la population de l'Afrique et 44 pour cent de son produit intérieur brut (PIB)", souligne un dossier de presse distribué aux journalistes. La communauté vise à établir une union économique basée sur l'investissement dans les domaines agricole, industriel, énergétique, social et culturel. A ce jour, la réalisation la plus concrète de la CEN-SAD est la création d'une banque commune, la Banque sahélo-saharienne pour l'investissement et le commerce (BSIC) au capital initial de 250 millions d'euros (environ 392 millions de dollars). Le dixième sommet de la CEN-SAD a également été l'occasion pour le colonel Kadhafi de marteler davantage ses convictions au sujet de la construction des Etats-Unis d'Afrique dont la CEN-SAD se veut le fer de lance. "Si nous avions réussi, depuis 1963 où nous avons créé l'Organisation de l'unité africaine (OUA), à constituer les Etats-Unis d'Afrique, l'Afrique serait aujourd'hui aussi forte que les Etats-Unis d'Amérique, l'Europe ou la Chine", a affirmé Kadhafi. A cet égard, le leader libyen a dénoncé les organisations régionales comme la Communauté des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) et d'autres, les accusant de n'avoir rien fait de concret depuis leur création. Kadhafi a notamment cité, à l'ouverture du sommet, l'exemple de la CEDEAO qui, selon lui, a été créée autour du Nigeria pour lui permettre de renforcer sa domination sur les petits Etats d'Afrique de l'ouest. Mais la délégation nigériane a répliqué, déclarant que le Nigeria peut vivre sans la Communauté des Etats sahélo-sahariens et que la CEN-SAD peut vivre aussi sans la CEDEAO. Le prochain sommet de la CEN-SAD aura lieu à Sharm El-Sheikh, en Egypte, en 2009.