RUSSIE: Chasser la Chine en Afrique

MOSCOU, 21 juin (IPS) – Un programme d'aide au développement de 500 millions de dollars pour l'Afrique marque une nouvelle démarche de la Russie pour rattraper l'expansion de la Chine en Afrique.

"Pendant la Guerre froide, les Etats-Unis et l'URSS (Union des Républiques socialistes soviétiques) rivalisaient pour gagner de l'influence en Afrique en donnant de l'aide au développement aux clients sympathiques du point de vue idéologique. Lorsque l'Union soviétique et son économie se sont effondrées en 1991, cette rivalité est venue à son terme", a déclaré à IPS, Tom Wheeler, chargé de recherche à l'Institut sud-africain des affaires internationales, depuis Braamfontein, en Afrique du Sud. "En tant que productrice de minéraux, de pétrole et de gaz, la Russie voit un moyen de renforcer son rôle dans un monde multipolaire en investissant dans les ressources minières de l'Afrique. Actuellement, la Russie cherche à réaliser en Afrique, à travers le capitalisme, ce que l'Union soviétique n'a pas pu réaliser à travers le communisme". La Russie devra rivaliser avec l'Europe, les Etats-Unis, l'Inde, la Chine, le Japon et la Corée du Sud pour obtenir les ressources de l'Afrique. Il reste à savoir à quelle distance ces nouveaux pas amèneront la Russie, en particulier, étant donné les avancées rapides de la Chine. La Russie et la Chine ont des intérêts géopolitiques inconciliables en Afrique. La Russie est riche en ressources, tandis que la Chine est relativement pauvre en ressources. "Mais tous les deux pays ont un agenda économique expansionniste et beaucoup de liquidités pour investir dans l'économie de l'Afrique", a expliqué à IPS, Bright Simons, directeur du développement à IMANI, un groupe de réflexion basé dans la capitale ghanéenne, Accra. Le Centre IMANI pour les études de politiques est une organisation à but non lucratif chargée d'éduquer le public sur les questions de politiques concernant les affaires, la gouvernance et la société civile. "Mais, l'influence de la Russie en Afrique n'est pas encore réellement prononcée après la Guerre froide", a affirmé Simons. "Les Etats africains pro-russes ne sont pas nombreux. Pis encore, le commerce de la Russie avec l'Afrique est insignifiant, ce qui rend son poids économique presque négligeable". Des pays africains pourraient ne pas être trop enthousiastes par rapport à l'alignement avec la Russie après que trois des concurrents de la Russie dans le 'BRIC framework' (Brésil, Inde, Chine et Russie) ont organisé des sommets de haut niveau avec l'Afrique en tant que bloc continental (très récemment, l'Inde), a dit Simons. "Mais si la Russie veut agrandir la portée de son engagement avec l'Afrique, elle devra accorder une attention plus particulière à rehausser et à marquer son image en Afrique", a déclaré Simons, qui a fait des recherches sur la coopération économique sino-africaine pendant plusieurs années. La Russie avance à grands pas dans cette direction. S'adressant à un grand regroupement de la communauté africaine la semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a dit que les entreprises russes sont en train de développer leurs activités sur le continent, et que les investissements russes en Afrique sont en train d'augmenter. "Un développement économique et social soutenu est en grande partie déterminé par le niveau de stabilité de la région. Nous saluons les efforts des Etats africains pour régler et prévenir des conflits. Pour notre part, nous sommes intéressés par le développement de la coopération, particulièrement dans la création d'un potentiel africain anti-crise", a indiqué Lavrov. Mikhail Afanasiev, ambassadeur de Russie en Ethiopie, qui a annoncé le programme d'aide au développement de 500 millions de dollars, a expliqué que la politique de son pays dans l'aide au développement internationale est d'abord de lutter contre la faim, la pauvreté, les maladies infectieuses dont le VIH/SIDA, et de s'attaquer à d'autres problèmes relatifs au développement sur le continent. Il a refusé de mentionner des domaines spécifiques, ni les pays qui bénéficieront directement de cette assistance. "L'aide aux pays africains sera accordée conformément aux recommandations des organisations de l'ONU, notamment la Commission économique pour l'Afrique (CEA), des organisations financières internationales, de même que sur des requêtes individuelles des pays africains eux-mêmes — sans aucune condition politique", a indiqué Afanasiev à IPS depuis la capitale éthiopienne, Addis-Abeba. "Les activités de la Russie dans le cadre de l'aide internationale au développement ne sont synonymes de rivalité avec aucun pays, notamment la Chine, et sont dictées par la nécessité d'aider à instaurer un ordre mondial démocratique, basé sur les principes d'égalité et de partenariat, de même que par des obligations assumées dans le cadre du Groupe des huit (G8, les huit pays les plus industrialisés)". Mais l'influence est longtemps intervenue dans les affaires d'aide. Avant la dissolution de l'Union soviétique, plusieurs pays africains étaient officiellement considérés comme "orientés vers le socialisme" — Algérie, Libye, Zimbabwe, Guinée-Bissau, Ethiopie, Madagascar, Bénin, Congo (Brazzaville), Angola, Mozambique, Tanzanie, Mali, Zambie et Cap-Vert. Par ailleurs, le Soudan, le Ghana, la Somalie et la Guinée étaient également considérés avant comme des pays socialistes. Mais cela ne fait pas d'eux maintenant des 'pro-russes'.

"Quelques pays africains manifestent un certain intérêt simplement parce qu'ils veulent renforcer les liens économiques avec la Russie en leur faveur", a déclaré à IPS, Dmitri Bondarenko, directeur adjoint de l'Institut des études africaines sous l'Académie des sciences de Russie. "Bien qu'il existe des perspectives claires pour la coopération économique entre la Russie et les pays africains, les progrès sont très lents".