NATIONS UNIES, 3 juin (IPS) – Pendant que des diplomates s'apprêtaient à partir en Afrique où le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir cette semaine, des appels venant des activistes se multiplient pour des mesures internationales énergiques pour s'attaquer à la détérioration de la situation des droits de l'Homme dans plusieurs parties du continent.
"Des massacres, des viols, des enlèvements et des déplacements se poursuivent actuellement", a déclaré Georgette Gagnon, directrice pour l'Afrique de 'Human Rights Watch (HRW)', un groupe influent basé aux Etats-Unis qui suit la trace des violations des droits à travers le monde.
Bien qu'ils apprécient les efforts de construction de la paix de l'ONU, Gagnon et d'autres activistes, qui travaillent avec cette organisation internationale, croient profondément que dans les zones de guerre en Afrique, aucune initiative de paix ne peut produire des résultats durables à moins que le Conseil de sécurité intervienne pour protéger des civils. "Le périple du Conseil de sécurité l'emmène dans cinq nations dans lesquelles des millions de personnes souffrent des effets du conflit armé", a ajouté Gagnon dans une déclaration. "Le Conseil devrait aborder de front ces questions". Le conseil de 15 membres doit visiter le Soudan, le Tchad, la Côte d'Ivoire, la République démocratique du Congo et le Kenya du 1er au 10 juin. Au cours de leur voyage en Afrique, les membres du conseil discuteront d'un certain nombre de questions cruciales relatives à la paix, la sécurité et au développement auxquelles le continent est confronté. Un fonctionnaire de l'ONU a déclaré à IPS le 28 mai que le voyage du Conseil de sécurité en Afrique était "particulièrement significatif" parce qu'au Soudan, il y a de nouvelles hostilités entre le nord et le sud, et dans la région du Darfour, le déploiement des soldats de maintien de la paix de l'ONU continue de rencontrer des obstacles. "En Côte d'Ivoire, des élections approchent, et le processus de désarmement n'est pas terminé", a affirmé Yves Sorokobi, porte-parole du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. "La Somalie doit montrer son engagement dans le processus de réconciliation". En réponse à une question sur la situation dans la République démocratique du Congo (RDC), le porte-parole a ajouté que le conseil voulait s'assurer que les récents accords entre le gouvernement et les groupes armés tiendraient. Mais au-delà de tout, a-t-il dit, le conseil est préoccupé par la situation critique des millions de réfugiés et des personnes déplacées à l'intérieur du pays, qui sont devenus victimes des conflits armés en cours dans plusieurs pays. Bien que des activistes reconnaissent que dans les huit derniers mois, beaucoup de progrès ont été faits dans le sens de l'établissement de la paix dans l'est du Congo, ils disent que de sérieuses violations des droits humains continuent de se produire en RDC. Dans une lettre ouverte publiée le 28 mai, HRW a exhorté le Conseil de sécurité à prendre "des mesures concrètes" pour s'attaquer à la crise humanitaire et des droits de l'Homme dans l'est du Congo, et à demander à toutes les parties à l'accord de Goma d'honorer leurs engagements de respecter les droits humains.
L'organisme de surveillance des droits a également appelé le conseil à déplorer les attaques présumées de l'armée soudanaise et sa milice alliée contre des civils innocents dans l'ouest du Darfour, qui ont eu lieu il y a environ trois mois, et "des attaques aveugles et délibérées actuelles" contre des civils dans d'autres régions. HRW a dit qu'elle voulait que le Conseil de sécurité insiste pour que le gouvernement donne d'amples explications sur l'endroit où se trouvent plus de 100 personnes qui ont été gardées après une attaque rebelle contre la capitale, Khartoum, le 10 mai. Le groupe a également exigé la remise des deux suspects recherchés depuis plus d'un an par la Cour pénale internationale (CPI) basée à La Haye. "Le conseil devrait insister sur la responsabilité pour les crimes commis durant la campagne de la terre brûlée de Khartoum", a déclaré Richard Dicker, directeur du Programme de justice internationale de HRW.
Concernant la situation en Côte d'Ivoire, HRW a averti que les prochaines élections pourraient éclipser la question de l'impunité pour des violations des droits. Elle a exigé la publication immédiate d'un rapport soumis au Conseil de sécurité par le Bureau du haut commissaire aux droits de l'Homme, il y a environ trois ans et demi, en décembre 2004. "La justice ne peut pas être mise de côté", a souligné Dicker de HRW. "Mettre fin à l'impunité est capital aux perspectives de paix et de stabilité". En exprimant leurs inquiétudes au sujet de l'utilisation constante des enfants soldats, des activistes ont vivement recommandé au gouvernement tchadien d'interdire l'utilisation des enfants soldats et de poursuivre ceux qui commettent des crimes contre des enfants.
Quant à la Somalie, un autre point chaud, le groupe de défense des droits a suggéré que le conseil prenne des mesures pour mettre fin aux attaques contre des travailleurs humanitaires, au milieu des appels à la création d'une commission internationale pour faire une enquête sur des violations des droits humains. "La Somalie est l'une des tragédies les plus désespérées et les plus négligées du monde", a affirmé Gagnon. "Cependant, la réaction de la communauté internationale a été au mieux peu prévoyante. Le conseil devrait utiliser ce moment pour corriger cela". Gagnon semble également perturbée par les rapports indiquant qu'une autre vague de violences a été déclenchée par l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), un groupe rebelle qui a été en guerre contre le gouvernement ougandais au cours des 16 dernières années. Durant ce conflit, la LRA est devenue tristement célèbre pour avoir enlevé des enfants pour être utilisés comme des soldats ou des porteurs. L'organisation militante prétend défendre les droits du groupe ethnique Acholi, mais a été largement accusée par des groupes de défense des droits d'avoir tué des civils innocents, violé des femmes, pillé des magasins et brûlé des écoles. La LRA, selon 'Refugees International', un groupe de réflexion basé aux Etats-Unis, aurait kidnappé plus de 30.000 enfants depuis 1986. Certains de ses hauts responsables sont actuellement accusés de crimes contre l'humanité à la Cour pénale internationale. Gagnon et d'autres activistes des droits ont déclaré qu'ils voulaient que le Conseil de sécurité ordonne une enquête approfondie sur les attaques de la LRA contre des civils dans la République centrafricaine et le sud du Soudan.

